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Éditorial du no 57

Nous ne serons pas le déversoir des pétrolières

Le Collectif de la revue À bâbord !

Destiné à acheminer chaque jour plus d’un million de barils de pétrole des sables bitumineux à travers six provinces canadiennes, le projet d’oléoduc Énergie Est de la compagnie TransCanada est un contresens historique.

D’un point de vue environnemental, il va à l’encontre de toutes les analyses. La plus récente, produite par le Groupe d’experts inter­gouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et présentée début novembre, est venue confirmer, s’il en était encore besoin, l’importance des activités humaines dans la hausse des émissions de gaz à effet de serre (GES), en particulier en raison de l’exploitation des énergies fossiles.

S’il devait voir le jour, le projet Énergie Est pourrait générer plus de 30 millions de tonnes de GES par année. Soit 40 % des émissions totales du Québec ou encore l’équivalent de 7 millions de voitures neuves sur les routes du Canada ! Alors que de nombreux pays ont entrepris de réduire leurs émissions et ont confirmé leur engagement dans la perspective de la Conférence Paris Climat 2015, le Canada, lui, refuse d’agir. Pis encore, il intensifie son exploitation du pétrole le plus sale qui soit.

Au Québec, Énergie Est inquiète par l’impact qu’il aurait sur le Saint-Laurent. À Cacouna, les bélugas, déjà très fragilisés, subiraient de plein fouet la construction puis l’exploitation du terminal pétrolier que TransCanada destine à ses exportations. Quant à l’explosion du trafic pétrolier sur le fleuve – on parle de quelque 175 superpétroliers chaque année – elle laisse présager des risques écologiques incommensurables. Fluvial ou terrestre, le transport du pétrole brut est dangereux et le Québec a payé le prix fort pour savoir que la sécurité est loin de faire partie des préoccupations de l’industrie.

D’un point de vue économique, Énergie Est a été imaginé par les pétrolières pour les pétrolières. Engluées à l’Ouest, avec le refus de la Colombie-Britannique de donner son feu vert au pipeline Northern Gateway d’Enbridge, les compagnies cherchent toujours une porte de sortie pour leurs barils de brut. Côté américain, malgré le retour d’une majorité républicaine à la Chambre des représentants, le président Barack Obama n’a toujours pas tranché en ce qui a trait à la construction de l’oléoduc Keystone XL, autre projet de TransCanada destiné aux raffineries du Texas et du golfe du Mexique. Cela explique l’acharnement à trouver un débouché à l’est.

De l’aveu même du ministre québécois de l’Énergie, Pierre Arcand, il est pourtant difficile de dire si le projet présentera des avantages économiques pour le Québec.

Va-t-on laisser les compagnies albertaines, appuyées par Ottawa, dicter leurs conditions ? Souhaitons-nous devenir le principal déversoir canadien de pétrole des sables bitumineux ? Le robinet des pétro­lières ? Québec doit se positionner très clairement dans le dossier, le temps presse et s’il ne le fait pas ou donne l’impression de tergiverser, il sera trop tard.

Le pied sur l’accélérateur

Car TransCanada avance vite et sur plusieurs fronts. Fin octobre, elle a déposé son projet auprès de l’Office national de l’Énergie (ONE). Ici encore, l’inquiétude est grande, car les impacts environnementaux ne sont pas la préoccupation première de l’ONE qui a confirmé que les gaz à effets de serre et les changements climatiques ne feraient pas partie de l’évaluation d’Énergie Est, renvoyant la balle dans le camp provincial. Cela a conduit les député·e·s de l’Assemblée nationale à adopter à l’unanimité une motion dénonçant cet état de fait. Ils et elles déplorent par ailleurs l’absence de réglementation des émissions de GES de l’industrie des sables bitumineux de l’Alberta, demandent au gouvernement du Québec d’assumer sa compétence en environnement et d’inclure la contribution globale du projet aux changements climati­ques dans le mandat qu’il confiera au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) afin d’évaluer les impacts d’Énergie Est.

TransCanada accélère par ailleurs son opération de séduction partout au pays. Ses nombreux lobbyistes s’activent. La compagnie tente désormais de rallier la communauté scientifique jusqu’ici très critique. La pétrolière a ainsi proposé de s’associer à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER) afin de financer une chaire d’étude sur le béluga. Un comble. L’ISMER a d’ailleurs rejeté l’offre fin novembre. Quelques jours plus tôt, on apprenait que cette offre s’inscrivait dans le plan de communication élaboré par la firme Edelman pour TransCanada dans le but de vendre le projet de pipeline à la population québécoise.

Il est important de rappeler que ce sont les mobilisations citoyennes qui ont fait en sorte que les projets de pipelines vers l’ouest et vers le sud n’ont pu se concrétiser, nous avons donc le pouvoir de changer les choses. Au Québec, la contestation s’organise, comme l’ont montré les mobilisations de l’automne (lire l’article page 10-11). Il faut aussi refu­ser d’embarquer dans le discours gouvernemental qui veut que comme « parent pauvre » de la fédération canadienne, nous devrions nous charger de ses saletés. Ici aussi, il est important de construire une mobi­lisation telle que nos élu·e·s devront emboiter le pas et boucher le pipeline.

Car il ne faudrait surtout pas laisser le robinet dans les mains du premier ministre Couillard ; nous risquerions d’être salement arrosé·e·s.

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