Dossier : Vivre en démocratie autoritaire

Pour ne pas conclure...

Philippe de Grosbois, Philippe Hurteau, Ricardo Peñafiel

« What we loved was not enough. Kiss it quick and rise again  », Silver Mt. Zion [1]

Le portrait d’ensemble qui émerge de ce dossier est indéniablement sombre. Néanmoins, les grotesques démons­trations de puissance, dont on retrouve quelques exemples au fil des pages qui précèdent, masquent bien mal la rapide perte de légitimité du système. Si le capitalisme prend un tel virage autoritaire, c’est aussi parce que sa reproduction est de plus en plus difficile. Les inégalités sociales croissantes et le bilan environnemental planétaire constituent des indices éloquents de cela, mais le plus évident est peut-être le fait que de plus en plus de gens ont cessé d’y croire. « Les fourches s’en viennent vers nous, ploutocrates », écrivait le « venture capitalist » Nick Hanaeur l’été dernier [2]. Bref, si nous vivons en démocratie autoritaire, c’est aussi la conséquence d’une profonde crise politique à laquelle nous avons contribué.

C’est pourquoi ce dossier nous apparaît important : non seulement nous faut-il prendre la mesure des menaces qui planent sur nous, mais il nous faut aussi offrir la réponse la plus en phase avec la situation actuelle. Les campagnes axées sur la protection de nos acquis sociaux sont, plus que jamais, politiquement inadéquates : elles nous placent du côté d’une défense conservatrice de l’ordre établi, alors même que nos adversaires ne cachent aucunement leur agenda révolutionnaire et que de larges pans de la population reconnaissent que des changements radicaux sont devenus incontournables.

Au point où nous en sommes, il ne s’agit plus seulement de dénoncer ou de revendiquer, mais de résister activement aux mesures autoritaires et de travailler à la fondation de nouvelles formes institutionnelles. Camper sur le passage des futurs pipelines, manifester sans itinéraire, désobéir aux directives austéritaires, dévoiler des documents confidentiels… Nos actions ne doivent plus seulement faire valoir qu’« un autre monde est possible », mais le faire advenir dès maintenant, en commençant par bloquer les mécanismes mêmes par lesquels la démocratie autoritaire se déploie. Nos mobilisations doivent être conçues de manière à dévoiler ces mécanismes et à les rendre inopérants. Si cette voie de la contestation demeurera toujours incertaine dans ses résultats, la stratégie défensive actuelle est condamnée d’avance. Une chose est certaine cependant : on ne risque pas de s’y ennuyer

P.-S.

Illustration : artactqc

NOTES

[1] Ce que nous avons aimé n’était pas suffisant ; embrasse-le vite et relève-toi.

[2] Nick Hanauer, « The Pitchforks Are Coming... For Us Plutocrats », Politico, juillet/août 2014, politico.com.

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