Le Saguenay se mobilise pour GNL-Québec !

No 85 - automne 2020

Environnement

Le Saguenay se mobilise pour GNL-Québec !

Après les mobilisations contre le projet pétro-industriel de GNL-Québec, ce sont aussi maintenant les gens en faveur du projet qui s’organisent. Voici une rétrospective des derniers événements entourant le projet Énergie-Saguenay.

Depuis le dernier texte qui traitait du sujet dans les pages d’À bâbord ![[Valérie Beauchamp, « Une coalition à la défense du fjord », À bâbord !, numéro 81, p. 29-31.]], on a pu constater une certaine polarisation dans le débat citoyen. En effet, après la mobilisation des groupes environnementaux comme la Coalition Fjord et de partis politiques contre Énergie-Saguenay, différentes initiatives en faveur du projet industriel sont apparues.

« Je crois en ma région »

Effectivement, un regroupement d’associations de parcs industriels et de chambres de commerce a lancé un « mouvement citoyen » appelé Je crois en ma région. Ce faux mouvement, financé à même l’argent public, se dit non partisan et favorable à l’ensemble des grands projets industriels dans la région du Saguenay. Mais certain·e·s observateur·trice·s n’y voient qu’une manière détournée d’appuyer le projet d’usine d’Énergie-Saguenay : il faut savoir que c’est bien le seul grand projet encore actif dans la région.

Plusieurs ont aussi vu dans l’appellation même du groupe une stratégie permettant d’accuser les opposant·e·s au projet d’être contre le développement de leur région. Autrement dit, Je crois en ma région fait croire aux gens qu’être contre le projet GNL-Québec signifie forcément être contre la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Ce détournement en a choqué plusieurs et le nombre d’adhérents (à peine 5 800 personnes au moment d’écrire ces lignes) démontre l’échec des associations patronales de la région.

Elles ont tout de même réussi à obtenir une certaine visibilité, notamment grâce au coup fumant qu’a été le recrutement comme porte-parole de l’ancienne députée néo-démocrate, Karine Trudel, quelques jours à peine après la campagne électorale fédérale qu’elle venait de perdre. Le « mouvement » existe encore aujourd’hui, mais sans la porte-parole qui l’a quitté par la suite.

Pour et contre GNL-Québec

Faute de porte-étendard crédible, des citoyennes et citoyens ont décidé de prendre le relais. En février, un groupe Facebook en faveur du projet de GNL-Québec a vu le jour. Après des débuts plutôt timides, le groupe a fait le plein d’appuis à la suite d’une assemblée publique organisée par des militant·e·s de Québec solidaire de la région. En effet, l’assemblée de QS, qui avait pour thème « Comment gagner contre GNL-Québec », a fait beaucoup de bruit dans les rangs pro-projet et dans les médias régionaux. Pour les instigateurs du groupe Facebook, ce rassemblement était une attaque des gens venus de l’extérieur de la région, qui venaient leur dire quoi penser. Il faut dire que l’événement avait comme tête d’affiche les députées Ruba Ghazal et Catherine Dorion : la venue de la députée Dorion, en particulier, a beaucoup polarisé. Pour les solidaires, l’événement a été couronné de succès, avec plus de 200 personnes présentes. Les organisateur·trice·s ont dû refuser des dizaines de personnes, faute de place. Le lendemain, même le journal Le Quotidien en faisait sa première page. Par contre, le succès des contre-GNL a été l’étincelle qu’il fallait pour galvaniser les troupes pro-GNL. En date d’aujourd’hui, plus de 37 000 personnes ont adhéré au groupe Pour GNL Québec à Saguenay. Une riposte est venue avec la création d’un groupe Facebook opposé au projet, qui a atteint 17 000 membres.

Il serait facile de ne pas prendre suffisamment au sérieux la mobilisation des pro-projets. Malgré leur peu de connaissances en matière de mobilisation, ils et elles s’organisent et se mobilisent bel et bien. Avant le début de la pandémie, ils et elles avaient préparé une manifestation et organisé des événements d’information avec l’Association de l’Énergie du Québec (AEQ), un lobby pro-pétrole, dans le but avoué de préparer leurs « membres » à prendre la parole lors des audiences du Bureau d’audience publique en environnement (BAPE). Avec la COVID-19, leur mobilisation a été chamboulée.

Cependant, même si les pro-projet n’ont pas repris le rythme qu’ils et elles avaient avant le confinement, il faut rester vigilant·e·s. La Coalition Fjord a aussi dû ralentir ses activités, mais elle a tout de même continué les séances d’information, entre autres en organisant des assemblées de jardin qui se sont tenues au cours de l’été. Avec la reprise du BAPE à l’automne, il sera intéressant de voir si les gens en faveur du projet pourront reprendre leur mobilisation, ou si tout cela n’aura été qu’un feu de paille. Au Saguenay, nous sommes plusieurs à espérer que ce « mouvement » manquera d’oxygène et que nous pourrons mettre un terme à ce projet destructeur qu’est GNL-Québec.

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