La pandémie comme catalyseur d’inégalités

No 85 - automne 2020

Éditorial du numéro 85

La pandémie comme catalyseur d’inégalités

La pandémie a mis en lumière toutes les failles d’un système public mis à mal depuis des décennies par des coupes drastiques. À un fragile point d’équilibre où l’on arrivait tout juste à répondre aux besoins avant la crise, une grande part des services publics ont été rapidement submergés par l’ampleur des demandes d’aide de la population et d’adaptation pour les travailleurs et travailleuses.

Or, cette pandémie n’a pas créé de nouvelles inégalités : elle n’a fait que révéler au grand jour celles que nous refusons de voir au quotidien. Maintenant qu’elles sont exacerbées et bien visibles, il n’est plus possible de faire l’autruche. Nous voilà surpris par des écoles publiques qui ne parviennent pas à assurer leur enseignement tandis que les écoles privées tirent leur épingle du jeu (pipé), par des CHSLD où règnent l’isolement et la détresse, ainsi que par les centaines de personnes itinérantes dans l’espace public.

Pourtant, ces écoles et ces CHSLD ont toujours été là, constamment sur le point de s’effondrer, et ce sont en fait les travailleurs et travailleuses des services publics qui réussissaient, jour après jour, à préserver ce système à bout de souffle. Ces personnes, encore aujourd’hui, travaillent d’arrache-pied pour assurer son fonctionnement, sans réelle reconnaissance. La situation des personnes sans-papiers s’étant vu refuser une régularisation de leur statut après avoir mis leur vie en danger dans le système de santé pendant la pandémie démontre bien le peu de gratitude accordée à ce travail.

Par le passé, les centaines de personnes en situation d’itinérance étaient faciles à ignorer car elles se fondaient dans la masse. Plus maintenant. La ville s’étant vidée de sa foule, il ne reste dans la rue que ces gens qui y habitent. Les organismes communautaires qui réussissent chaque jour à maintenir tant bien que mal des services à ces populations avec des financements dérisoires sont tout aussi débordés par la crise actuelle que les services publics. Faute de moyens, plusieurs personnes en situation d’itinérance n’ont eu d’autre choix que de s’installer sur des terrains vacants, rendant encore plus visible leur réalité dans plusieurs villes du Québec. À Montréal, la réponse à ces campements a été d’appeler au démantèlement et de proposer aux personnes d’aller dans les refuges d’urgence qui ne répondent pas du tout aux besoins exprimés. Tout cela est totalement insuffisant ! Avec l’hiver qui arrive, ce sont la moitié des places d’hébergement qui sont fermées pour assurer la distanciation physique, laissant présager une grave crise. Chaque hiver, les organismes communautaires devaient déjà refuser l’accès à leurs services, faute de place. Qu’en sera-t-il avec la moitié des lits disponibles ? Cette situation est intolérable et À bâbord ! appuie avec solidarité les revendications du milieu de la rue pour l’accès au logement social et abordable !

Tous ces exemples appellent à une réelle réflexion collective sur les moyens que nous nous donnons comme société pour assurer le bien-être de tous et toutes. Le chômage endémique qui se profile avec un fond de crise économique nous place encore une fois dans l’urgence. Avec les dépenses additionnelles qu’a nécessitées la pandémie, les pressions seront fortes pour relancer les compressions budgétaires, ce qui serait une logique autodestructrice. Or, cette crise a rendu visible notre système inégalitaire, mais a aussi créé des occasions de grandes solidarités. Le capitalisme néolibéral est clairement à bout de souffle ; il y a là une opportunité de revoir en profondeur notre économie et nos priorités. Il est temps de réfléchir à ce que nous voulons pour que ce que nous vivons présentement ne se reproduise plus. Luttons ensemble pour mettre fin aux coupes dans les services publics et financer substantiellement les services sociaux, par l’abolition des paradis fiscaux ou encore la hausse des impôts aux plus riches. Il nous faut surmonter ce tourbillon mortifère si néfaste pour nos droits et nos vies, et profiter de la tempête pour rêver encore qu’un autre monde est possible.

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