Jazz libre et la révolution québécoise. Musique-action, 1967-1975

No 85 - automne 2020

Eric Fillion

Jazz libre et la révolution québécoise. Musique-action, 1967-1975

Eric Fillion, Jazz libre et la révolution québécoise. Musique-action, 1967-1975, Saint-Joseph-du-Lac, M Éditeur, 2019, 197 pages.

L’histoire de la formation Jazz libre du Québec méritait pleinement d’être racontée. Les amateur·trice·s de musique connaissent surtout le groupe parce qu’il a accompagné Robert Charlebois et Louise Forestier au début de leur carrière. Mais cet ensemble s’est surtout distingué pour avoir combiné la musique d’avant-garde et l’engagement politique comme peu ont su le faire. Le Jazz libre est au départ un groupe de free jazz, l’un des styles les plus radicaux en musique contemporaine. Atonale, polyrythmique, sans progression harmonique, basée sur l’improvisation entièrement libre, la musique du Jazz libre est la continuité de celle jouée par des musicien·ne·s afro-américain·e·s, comme Ornette Coleman, Archie Shepp ou le Art Ensemble of Chicago, qui associaient le jazz à un grand mouvement de revendication et d’émancipation. Au radicalisme formel de la musique, s’ajoute naturellement celui du combat politique.

Ainsi les musiciens du Jazz libre s’impliquent activement dans les mouvements de la gauche au Québec, par des projets comme la commune socialiste P’tit Québec libre ou le centre culturel L’Amorce à Montréal, deux lieux qui seront par ailleurs victimes d’incendies criminels. C’est le Québec qui s’active et bourdonne dans les années 60 et 70 dont il est question dans ce livre. Eric Fillion nous raconte une histoire captivante et inattendue. L’aventure du Jazz libre nous permet de traverser une période mouvementée dont la trame est marquée par l’Expo 67, l’Osstidcho, la percée rock de Robert Charlebois, les explorations de l’orchestre l’Infonie, la contre-culture, la crise d’Octobre, l’expérience des communes. Et la dure répression policière contre la gauche, qui affectera grandement le Jazz libre, pendant une longue période sous surveillance policière.

La « musique-action » du Jazz libre, très difficile d’accès, cacophonique pour plusieurs, s’adressant pourtant à la classe ouvrière, est à l’image des défis très courageux que relevait ce groupe. Le livre d’Eric Fillion a le mérite de parler à la fois d’histoire, de musique et de politique, un amalgame permis par la destinée très particulière du Jazz libre.

Thèmes de recherche Livres, Musique, Histoire
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