Dossier : Partenariats public-privé

Partenariats public-privé

L’éducation dans la ligne de mire

par Nicole de Sève

Les PPP n’ont pas encore pris vraiment pied au niveau du réseau de l’éducation au Québec, mais il n’en faudrait pas beaucoup pour que la machine s’emballe. Les généreuses subventions accordées par le gouvernement au réseau des écoles privées témoignent éloquemment du parti pris pour le financement de l’éducation de l’élite aux dépens de la majorité.

C’est au niveau de l’enseignement postsecondaire que le risque de voir s’installer de véritables partenariats est le plus persistant (1). Ainsi il existe dans le milieu collégial une entente entre certains cégeps et la firme multinationale de réseautage informatique Cisco pour le développement d’un programme d’études et la commercialisation des produits informatiques Cisco. La compagnie s’engage à fournir le matériel nécessaire, en échange de quoi le collège est tenu de faire la promotion des produits Cisco.

Au cégep de Bois-de-Boulogne il est possible d’obtenir une Attestation d’études collégiales en animation 2D-3D pour la formation confiée à la firme privée ICARI. Cette dernière embauche des « formateurs », non syndiqués et payés à un taux inférieur aux enseignantes et aux enseignants du cégep. Les cours sont dispensés à l’extérieur du collège et la direction des études de l’établissement n’a pratiquement aucun contrôle sur la qualité de l’enseignement dispensé.
D’autres établissements ont recours à la sous-traitance pour le câblage informatique notamment au cégep Ahuntsic, pour la production de logiciels comme au cégep François-Xavier-Garneau ou encore pour certains cours en joaillerie et en danse au cégep du Vieux-Montréal.

Les universités trouvent aussi les PPP alléchants. L’Université de Sherbrooke souhaitait confier son microprogramme de deuxième cycle en gestion juridique de l’entreprise à Édilex, une compagnie privée. Les frais de scolarité auraient dû être versés à Édilex. En échange, elle aurait fourni les « intervenants » et le matériel pédagogique. Le diplôme aurait été décerné par l’université. Devant les pressions des syndicats de professeurs et de chargés de cours, l’université a décidé de ne pas signer le contrat avec la compagnie privée.

Une autre tentative contrée par les syndicats fut celle des cégeps de la région de Montréal qui avaient signé une entente de collaboration avec Brisson, Legris et Associés inc., une firme privée de conseillères et de conseillers en orientation dont le mandat était de retrouver les élèves qui avaient décroché. Encore une fois, cette initiative fut abandonnée.

Il ne faudrait pas croire que ces « succès » syndicaux barrent la voie aux PPP. Les appétits de l’Université de Montréal dans le cas de la construction du futur CHUM et de sa cité de la santé démontrent de manière éloquente que les grands entrepreneurs de ce monde rêvent de pouvoir faire main basse sur le lucratif marché de l’éducation. Un dossier à suivre...

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