Bombardier fait encore le trottoir

No 08 - février / mars 2005

Subventions

Bombardier fait encore le trottoir

par Gaétan Breton

Bombardier menace encore de déménager ses opérations de fabrication d’avions là où on lui donnera les subventions qu’elle demande. Plusieurs pays ont déjà annoncé leur intention de se mettre sur les rangs et le Canada semble disposé à octroyer ces subventions. Il semble que des milliers d’emplois de qualité soient en jeu et qu’en conséquence, le gouvernement n’ait pas d’autre choix que de céder à cet énième odieux chantage.

Les règles du libéralisme

Dans une économie libérale, comme le réclament les entreprises et leurs actionnaires, l’État se mêle le moins possible de la vie économique. Les entreprises vivent leur vie en créant et en répartissant la richesse tandis que l’État se charge des grandes œuvres collectives et des faiblesses du système. Les employés sont mobiles et se déplacent au gré des emplois. Par exemple, un vrai système capitaliste ne tolèrerait pas les frontières qui bloquent les mouvements de la main-d’œuvre. Un vrai capitalisme ne tolèrerait pas non plus la spéculation.
Quand on nous dit que la concurrence dans le secteur de l’aéronautique est trop grande et que Bombardier a besoin d’une aide directe de l’État, on propose le contraire du libéralisme économique. On propose de remplacer le jeu de la concurrence par un soutien de l’État permettant à Bombardier de ne pas être concurrentielle et de continuer à vivre quand même, et donc, dans la logique du système, de gaspiller des ressources.

Le problème est probablement que les quelques compagnies qui restent dans son domaine sont soit soutenues aussi par d’autres États, comme Embraer au Brésil, ou tellement grosses et recevant tellement de contrats des différents systèmes de défense nationale, qu’on ne peut plus parler non plus de concurrence. La taille de leurs profits en témoigne.

Le nationalisme des compagnies

Tant qu’à payer pour garder les entreprises qui n’ont aucun intérêt pour le pays qui les a engraissées (pourquoi en auraient-elles ?), mieux vaut les laisser partir, car leur chantage n’aura jamais de fin. Quand on pense à tout ce que Bombardier a déjà reçu comme cadeaux et aide de toutes sortes des deux paliers de gouvernement, on est dégoûté devant tant de cynisme. Les entreprises brandissent l’étendard du capitalisme pour exiger de l’État qu’il fasse le contraire du capitalisme, mais seulement dans leur cas. Les autres doivent subir la concurrence.

Nous pourrions appliquer à Bombardier la solution que proposait Omar Aktouf durant la campagne électorale de 2003. On les laisse partir mais, auparavant, on fait les comptes. Et là, on peut craindre que les Beaudoin et autres n’aient peut-être plus rien à se mettre sur le dos pour prendre l’avion (de ligne) qui les amènerait ailleurs. Si Bombardier devait, avant de partir, rembourser tout ce qu’elle a reçu de l’État, il ne lui resterait pas grand chose. Objectivement, Bombardier est une entreprise d’État. Il n’y a plus qu’à s’en rendre compte.

Des gouvernements qui se tiennent à genoux

Maintenant que nous vivons dans un système économique d’une nouvelle sorte qui n’a pas de nom propre, les gouvernements sont devenus des machines à transférer les taxes et impôts des citoyens vers les entreprises. Les entreprises paient de moins en moins d’impôts et elles reçoivent de plus en plus de nos impôts par tout un ensemble de mesures que ce soit les subventions, les réductions d’impôts, les contrats garantis à gros prix, les partenariats et les privatisations. Bombardier a reçu de toutes ces sortes de cadeaux, il est temps qu’elle en rende un peu au lieu de continuer à en redemander. Le gouvernement doit empêcher la sortie des fonds et des actifs et rembourser les peuples québécois et canadien de ce qu’on leur a pris.

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