Aperçu de l’argumentaire et des enjeux du discours masculiniste

No 08 - février / mars 2005

Aperçu de l’argumentaire et des enjeux du discours masculiniste

par Caroline Pascal

À l’aube d’une nouvelle Politique québécoise d’égalité entre les hommes et les femmes, nous assistons à une montée en puissance d’un discours masculiniste prétendant parler au nom de tous les hommes et dressant un portrait bien sombre de la condition masculine.

Oscillant politiquement du centre à l’extrême-droite, des groupes masculinistes, de plus en plus nombreux, attaquent les femmes et le féminisme et les rendent responsables de leur « désarroi », leur « crise identitaire », leur « infériorisation », des « difficultés scolaires des garçons » et de la « perte de leurs droits parentaux ». Ce phénomène mondial se développe depuis le début des années 1990 dans les pays industrialisés tels que le Canada, les États-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Grande-Bretagne, le Danemark et l’Afrique du Sud.

Selon Pierrette Bouchard, l’émergence d’un lobbying axé sur des « droits » donne une voix aux groupes qu’on décrit comme nouvellement défavorisés, soit les garçons et les hommes. Les promoteurs des droits des hommes, des pères ou encore des foetus représentent quelques-uns de ces groupes. Leur « agenda caché » est de discréditer le féminisme et de remettre en question des politiques ayant accordé des droits aux femmes et auxquelles ont été consacrées des ressources comme la Politique contre le harcèlement sexuel ou encore la mixité scolaire afin, ultimement, de ralentir la progression des filles maintenant majoritaires dans des domaines autrefois réservés aux hommes comme le droit et la médecine.

Le discours des masculinistes non seulement nie les inégalités de genre mais présente de surcroît les hommes comme victimisés en tant qu’hommes. Selon eux, la situation entre les hommes et les femmes se serait maintenant renversée au détriment des hommes et c’est pourquoi ils n’hésitent pas à parler de droits bafoués ou encore de discrimination. D’ailleurs, les lois concernant la famille et la garde des enfants sont leurs cibles privilégiées.

Les groupes masculinistes usent également d’arguments biologiques issus du courant de la différentiation naturelle entre les sexes pour asseoir leur idéologie de complémentarité des sexes donnant primauté à la famille comme noyau de base. Leur discours tend à enfermer les genres dans des rôles traditionnels limitatifs et à revaloriser par le fait même les valeurs patriarcales de l’avant-féminisme.

Enfin, le discours des masculinistes n’est pas exempt de haine et de violence chez les tenants les plus radicaux qui n’hésitent pas à déclarer la guerre contre les droits des femmes ou encore vont jusqu’à prôner la « réhabilitation » de Marc Lépine.

À l’heure où les groupes masculinistes forment une organisation d’envergure se structurant de plus en plus, via l’Internet, en réseaux nationaux et internationaux, le Québec sera l’hôte au printemps 2005 du premier Forum international sur le masculinisme. Rien de bien rassurant lorsque l’on constate l’impact du lobby masculiniste sur le gouvernement, l’écho de son discours dans les médias et enfin son retentissement sur l’opinion publique. Les acquis résultant de plus de trente ans de lutte du mouvement des femmes pour transformer le droit de la famille et les lois qui les discriminent se trouvent, plus que jamais, fragilisés et compromis, surtout pour les jeunes générations.

Thèmes de recherche Féminisme
Vous avez aimé cet article?
À bâbord! vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.
Partager sur        

Articlessur le même thème