Dix ans au service de luttes sociales et politiques

No 50 - été 2013

Éditorial du no 50

Dix ans au service de luttes sociales et politiques

À bâbord ! célèbre cette année le dixième anniversaire de sa création. Dix ans pour un individu, c’est encore le début de la vie et ça ne représente rien de très particulier, pas de quoi sabrer le champagne. Pour une revue, et une revue de gauche de surcroît, ça mérite d’être signalé, en raison notamment des conditions adverses dans lesquelles cette entreprise se déploie, tant sur le plan matériel qu’idéologique, depuis les débuts ; cela ne l’a cependant pas empêché de perdurer et de progresser contre vents et marées grâce essentiellement au militantisme de ses artisans et artisanes et au soutien de son lectorat et de ses sympathisantes.

La revue est lancée, on s’en souviendra, dans un contexte social et politique effervescent, qui tranche avec la morosité des deux décennies précédentes. Elle exprime à sa manière l’émergence puis la montée de l’altermondialisme qui atteint un tournant, pour ce qui nous concerne, avec la contestation du Sommet des Amériques et la tenue du Sommet des peuples à Québec en 2001, et qui n’a cessé de s’approfondir depuis lors. Elle coïncide et accompagne la première tentative sérieuse de réunir les forces politiques de gauche dans le cadre de l’Union des forces progressistes (UFP) qui vient tout juste d’être créée et elle se situe, de manière indépendante, dans le sillage de cette organisation.

La nouvelle revue publie un numéro ZÉRO à l’hiver 2003 sous le nom d’Espaces possibles. Elle se définit comme une publication pluraliste, « arc-en-ciel », autonome par rapport à toute organisation sociale et politique, bien que résolument à gauche. Elle se fixe trois objectifs centraux : favoriser de vastes solidarités et convergences sociales et politiques dans le mouvement populaire ; stimuler la lutte contre le néolibéralisme sous toutes ses formes, y compris à l’endroit des politiques péquistes ; encourager les nouvelles façons de faire de la « politique autrement » qu’à travers les pratiques électorales et parlementaires institutionnelles.

Le contenu du numéro reflète cette orientation. Il contient une entrevue avec le sociologue Jacques B. Gélinas sur le virage néolibéral du PQ de même qu’une critique acerbe de l’ADQ signée par Jean-Claude St-Onge qui dénonce le caractère pur et dur de ce courant dont le PQ représente la variante « soft ». Il offre un reportage sur le premier congrès de l’UFP tenu peu de temps auparavant dont il rappelle le projet politique et il évoque les figures de ses principales têtes dirigeantes. À travers une chronique visionnaire d’un collaborateur perspicace, il débat de l’enjeu que représente le « vote stratégique », déjà au cœur de discussions qui ne cesseront de faire retour jusqu’au cours de l’élection de septembre 2012 !

À l’automne 2003, la nouvelle revue, dans son premier numéro officiel, troque le nom d’Espaces possibles, jugé trop sage, pour celui, plus original et frondeur, d’À bâbord ! Et elle met au point sa formule éditoriale, qui demeure essentiellement la même encore aujourd’hui. Autour d’un dossier central – dans ce numéro fondateur : la réingénierie de Jean Charest – qui sert de pivot, on retrouve des reportages sur des sujets d’actualité, des entrevues avec des figures publiques et/ou des militantes impliquées sur le terrain, des chroniques (sur l’économie, l’édiction, etc.) et des analyses de l’actualité internationale et des productions culturelles.

À bâbord ! se présente ainsi comme un magazine d’idées, tant sur le plan du contenu que sur celui de sa fréquence de publication. À proprement parler, il ne pratique pas le journalisme courant, qui suppose une proximité avec l’événement qui lui est interdite par son rythme de parution. Il ne possède pas non plus les ressources financières et les compétences professionnelles nécessaires à une pratique conséquente du journalisme d’enquête, même s’il s’y risque parfois. Son terrain d’élection, c’est celui de l’analyse, de la réflexion sur les tendances d’ensemble qui se dessinent derrière les faits, les événements et les stratégies des acteurs sociaux et politiques auxquels la revue donne souvent la parole et dont elle commente, de manière critique, les discours et les gestes.

Ce travail de réflexion s’inscrit dans une volonté ferme d’agir dans et sur la conjoncture politique. Dès les tout débuts, À bâbord ! s’est fixé comme visée de dégager, avec d’autres, une alternative au néolibéralisme. Les thèmes de nos dossiers traduisent de manière conséquente cet objectif et cet esprit ; nos numéros sur les PPP, la Souveraineté alimentaire, le Plan Nord, Sortir du capitalisme en constituent autant d’illustrations exemplaires. Enfin notre revue, depuis sa fondation, se définit comme féministe et a consacré plusieurs dossiers à diverses facettes de la condition féminine.

Ce combat, toujours nécessaire, se poursuit et s’approfondit dans l’action et la réflexion. À bâbord ! est fière d’en être et de participer à sa manière – celui d’une sorte d’intellectuel collectif – à une entreprise qui nous concerne tous et toutes aujourd’hui autant qu’hier, et peut-être de manière plus urgente encore dans les temps d’obscurité et de régression que nous connaissons.

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