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Yasmine El Rashidi

Egypt : The Rule of the Brotherhood

Gérald McKenzie

« Egypt : The Rule of the Brotherhood », Yasmine El Rashidi, The New York Review of Books, février 2013

Dans ce court mais dense reportage, Yasmine El Rashidi brosse un portrait de la situation politique de l’Égypte de Mohamed Morsi, le président élu, et du « coup de force » (power grab) des Frères musulmans.

Morsi parlait avant et après les élections « des deux côtés de la bouche » : création d’emploi, islam, renouveau économique, opportunités pour les jeunes, islam, etc. Tout paraissait bien vague, puis tranquillement, une fois au pouvoir, il a pris des mesures audacieuses et insidieuses : il met ainsi à la retraite deux généraux importants, impose une constitution tordue en faveur de l’islam et décrète des élections (annulées par la Cour suprê­me). Il place également des membres des Frères musulmans à des postes cruciaux au sein des forces armées et de l’État, autrefois chasse gardée des militaires. Plusieurs théories circulent pour expliquer la réussite de cette prise de pouvoir, notamment l’appui en sourdine des États-Unis et des millions d’électeurs anti-Moubarak ayant voté pour Morsi contre le candidat de l’armée.

Lors de son inauguration, il repousse ses gardes du corps et s’avance devant la foule : « Inutile, le gilet pare-balles, je suis l’un de vous. » Il gagne les cœurs. ­Un des premiers décrets de Morsi révèle toutefois les vraies couleurs des Frères musulmans selon l’opposition regroupée dans le Front national du salut (dont fait partie Mohamed El Baradei). Morsi s’accorde alors encore plus de pouvoirs que Moubarak. Ainsi est décrété que « le pouvoir judiciaire ne peut dissoudre le Conseil de la Chourah ou l’Assemblée constituante » dominées par les Frères ; et aussi que «  le président peut prendre toutes les mesures et actions nécessaires pour protéger le pays et les buts de la révolution »… mais laquelle, se demande-t-on.

Au sein de l’opposition, on parle de plus en plus de « Morsilini », en référence à Mussolini. Lors des manifestations contre le nouveau régime, les Frères musulmans dénoncent ceux qui incitent au chaos et à la violence pendant que les vidéos montrent bien que ce sont les partisans des Frères qui ont provoqué les incidents violents.

Les premières lois que le Conseil de la Chourah (la Chambre haute) s’apprête à passer incluent des articles ayant trait aux manifestations et aux grèves. Les islamistes grugent de plus en plus de pouvoirs au sein des corps législatifs et exécutifs. Les Frères musulmans s’organisent déjà pour les prochaines élections pendant que l’opposition semble toujours blême. Une rumeur court voulant que les Frères cherchent à faire donner une partie du Sinaï aux Palestiniens. Pendant que le ministre de la Défense décrète que la péninsule restera «  au sein de l’Égypte bien-aimée ». On voit donc poindre à l’horizon des dissensions entre les Frères et l’armée.

À la fin de son article, Yasmine El Rashidi rapporte les propos d’un homme d’affaire bien en vue : « Ce n’est plus seulement Morsi, ce sont les Frères musul­mans qui s’infiltrent partout. Ils présentent même un candidat au Conseil d’administration de la Marina, un centre de villégiature renommé. […] En réalité, ils tentent de prendre le contrôle de tout. L’Égypte, pour eux, est secon­daire, ce qui compte c’est leur vision plus large d’un Califat islamique. »

À la faveur du Printemps arabe, les islamistes ont su manœuvrer politiquement pour s’emparer du pouvoir. Les forces démocratiques se mobilisent, mais sont divisées. Enfin, pour les islamistes selon plusieurs observateurs, la « démo­cratie est réduite au processus électoral, point. On est loin d’un concept plus large d’une culture démocratique liée aux droits et aux libertés  ».

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