Accueil du site > No 36 - oct. / nov. 2010 > L’avenir est notre poubelle : l’alternative de la décroissance

Jean-Luc Coudray

L’avenir est notre poubelle : l’alternative de la décroissance

Christian Brouillard

Jean-Luc Coudray, L’avenir est notre poubelle : l’alternative de la décroissance, Sulliver, 2010, 137 p.

On connaît, sans doute, la répartie cinglante de Humpty Dumpty à la petite Alice qui, troublée par les jeux linguistiques de celui-ci, s’interroge sur son pouvoir de faire en sorte que les mots puissent avoir diverses significations. Et notre sympathique personnage ovale de répondre : « Le problème est de savoir qui commande, c’est tout ! » Le sens des mots n’est donc pas donné, naturel, mais il se construit dans le sillage des pratiques des pouvoirs. On peut donc, en résistance aux pouvoirs dominants, déconstruire le sens des mots et c’est ce que fait, entre autres, Jean-Luc Coudray dans son livre L’avenir est notre poubelle. Dans une suite de chapitres brefs où l’auteur, pour reprendre ses propres termes, cherche « à démontrer comment la folie productiviste s’exprime dans la forme des objets, dans les décors urbains, dans le choix des mots… », nous sommes conviés à remettre sur pied ce monde insensé. Conviés, nous le sommes à plus d’un titre car, délaissant l’arsenal des chiffres qui prouvent, oh combien, que notre planète ne va pas bien écologiquement et socialement, Coudray utilise un style d’écriture qui allie l’humour (« la publicité est la mendicité des riches  ») et la sensibilité, fouillant au cœur même de notre subjectivité et de nos expériences quotidiennes. Que ce soit les feux rouges de circulation, le libéralisme, le travail, la bêtise, la télévision, la publicité ou la croissance économique, le livre met à nu ce qui se cache derrière ces mots ou ces objets et qui, surtout, pervertissent notre rapport au monde. À une identité factice et marchande, l’auteur affirme d’emblée «  Je m’identifie à la nature que l’on agresse. Chaque fois qu’elle est détruite, j’ai le sentiment d’un dommage personnel. » Ce sentiment débouche, en bout de ligne, sur la prise en compte de la nécessité pratique d’une décroissance consciemment assumée. La décroissance est un terme provocateur et, pour beaucoup, misérabiliste mais qui a le mérite de déchirer le voile de l’optimisme béat des chantres, de gauche comme de droite, de la croissance économique infinie. Surtout, pour l’auteur, la décroissance consciente permet d’anticiper les réductions inéluctables sur notre mode de vie en Occident qui seront la conséquence des destructions environnementales en cours. « Anticiper cette réduction afin de l’organiser paraît plus raisonnable que de subir une décroissance brutale avec ses conséquences… » Rendu ici, il est clair que « le problème est de savoir qui commande.  »

P.-S.

Lu par Christian Brouillard

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