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Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics

Appel à la création d’un large front social de lutte

Marie-Ève Rancourt

Le budget de Mme Jérôme-Forget (2009-2010) était le premier budget déficitaire du Québec en 10 ans. Il présentait également les intentions gouvernementales à venir, soit un retour rapide à l’équilibre budgétaire par l’augmentation de la TVQ et de l’ensemble des tarifs, mais aussi par une asphyxie progressive du financement des services publics. L’énoncé économique du ministre des Finances en septembre 2009 et son budget qui suivra viendront confirmer les appréhensions. La « crise des finances publiques » venait offrir l’occasion en or pour le gouvernement d’imposer son agenda néolibéral, soulevant du fait même l’ire de la population et les applaudissements des Chambres de commerce et du Conseil du patronat.

Face à cet agenda limpide, la riposte fut rapide. Dès l’automne 2009, des organisations communautaires, étudiantes et féministes ont lancé un appel à la création d’un large front social pour s’opposer à ces orientations. C’est donc ainsi qu’est née la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics (ci-après la Coalition) qui regroupe aujourd’hui près de 120 organisations.

Loin de se voiler les yeux quant à la crise des finances publiques, la Coalition a constamment rappelé que cette crise découlait de choix politiques passés. La crise économique n’est venue que révéler la fragilité des coffres de l’État privés de sommes importantes après une décennie de baisses d’impôts massives pour les particuliers à haut revenu et pour les entreprises. La Coalition insistera sur les alternatives permettant de redistribuer la richesse et de financer, de façon juste et équitable, des programmes sociaux et des services publics universellement accessibles et de qualité, tout en rappelant que de telles orientations sont un des moyens pour assurer la réalisation des droits humains et pour agir efficacement sur les causes de la pauvreté.

Résolument dans l’action, la Coalition a organisé et appuyé, au cours de l’hiver et du printemps 2010, de nombreuses actions régionales, ainsi qu’une manifestation nationale, le 1er avril, qui a rassemblé près de 15 000 personnes dans les rues de Montréal. Plus récemment, elle a lancé la campagne «  Halte à Charest  » qui invite les gens à utiliser le symbole de la main rouge pour exprimer leur désaccord face au dernier budget, exiger le retrait des mesures régressives et réclamer des services publics universellement accessibles et de qualité [1].

Si on peut se réjouir des mobilisations et des actions menées par cette Coalition, il importe de rappeler que d’importants défis devront être relevés au cours des prochains mois afin qu’elle ait la force nécessaire pour renverser la vapeur et effectuer des gains à la hauteur de ses ambitions.

Le premier défi sera celui de l’éducation populaire. Pour faire contrepoids à la désinformation médiatique, la Coalition devra faire passer son message auprès des membres des organisations qui la composent, de leurs alliés et de la population en général et les convaincre qu’il y a réellement des alternatives. Il importe de départager d’une part le discours d’opposition au budget qui est porté par la Coalition et celui, très différent, des animateurs radiophoniques de droite, initiateurs des «  cols rouges  », résolument en faveur d’un État minimal. Ce travail d’éducation populaire se veut mobilisateur et devra canaliser le mécontentement populaire afin d’augmenter la participation aux actions et aux orientations de la Coalition.

Les perspectives d’action unitaire représenteront le second défi. Sans nier leur importance, les luttes sectorielles devraient toutefois s’inscrire dans un contexte plus large et viser les causes profondes des problématiques qui s’inscrivent dans le cadre d’un système capitaliste qui multiplie les attaques néolibérales dans l’ensemble des secteurs. Outre quelques victoires en demi-teintes essentiellement défensives, les luttes sectorielles des 30 dernières années ont rarement apporté les fruits escomptés. Ce constat conduit à penser que l’unification de nos forces et de nos luttes est le meilleur moyen d’obtenir des gains et de remettre en question, de façon beaucoup plus convaincante, les rouages d’un système qui appauvrit la majorité d’entre nous. La Coalition se veut ce véhicule permettant d’articuler un large front populaire.

Or, dans ce dessein, autant les syndicats régionaux que les grandes centrales doivent se joindre aux forces existantes et s’impliquer activement dans cette bataille qui s’amorce, autant au chapitre de l’éducation populaire que de la mobilisation. Par exemple, les syndicats présents dans les différentes régions peuvent travailler de concert avec les «  poteaux régionaux  » de la Coalition afin de sensibiliser leurs membres et les citoyens de leur région et construire collectivement une force de mobilisation régionale menant à des actions régionales et nationales. Les organisations qui sont présentes doivent investir cette Coalition et y associer davantage leurs membres. La lutte pour le maintien de programmes sociaux et de services publics accessibles et de qualité et contre la marchandisation du bien commun et l’imposition du principe d’utilisateur-payeur est prioritaire en plus d’être rassembleuse. Or, pour gagner cette lutte, nous avons besoin d’un lieu commun qui sera le moteur de la création d’un front fort, uni et combatif.

Il importe également de rappeler que ces défis s’inscrivent dans un contexte d’urgence. En effet, au moment d’écrire ces lignes, plus d’une centaine de ministères et d’organismes gouvernementaux ont revu ou vont revoir l’ensemble de leurs services afin d’appliquer la Politique gouvernementale de financement des services publics qui vise notamment à augmenter ou introduire de nouveaux tarifs. Alors que le gouvernement a pour objectif d’indexer l’ensemble des tarifs dès janvier 2011, d’effectuer des compressions budgétaires importantes et d’implanter la politique d’ici à 2012, il est donc fondamental que l’ensemble des forces progressistes s’unissent rapidement afin de créer un large mouvement d’opposition citoyenne à ces mesures qui attaquent directement le modèle de solidarité sociale que nous avons bâti.

Depuis son arrivée au pouvoir, ce gouvernement – et ses prédécesseurs péquistes – ont travaillé d’arrache-pied pour détruire nos acquis sociaux chèrement gagnés. Cela ne peut plus continuer. C’est à cela qu’invite la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics : UNIR nos divers mouve­ments autour d’un même plan d’action unitaire. C’est à la condi­tion de cette profonde solidarité que nous pourrons oser dire, oser affirmer, oser espérer que nous vaincrons.

NOTES

[1] Pour en connaître davantage sur la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics, sur ses campagnes et ses actions, visitez  : www.nonauxhausses.org

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