Transparentes comme une nappe de pétrole...

No 36 - oct. / nov. 2010

Marée noire et désinformation

Transparentes comme une nappe de pétrole...

Le 20 avril dernier, la plateforme d’exploration pétrolière en haute mer Deepwater Horizon, située dans le Golfe du Mexique, explosait et entraînait la mort de 11 travailleurs. Le puits resté en place, à 1,500 mètres de profondeur sous l’eau, a dès lors laissé s’échapper du pétrole brut, les estimations variant entre 50 et 600 mille barils (8-10 millions de litres) par jour, menaçant l’écologie du milieu marin. C’est de loin le plus grand désastre pétrolier en mer, dépassant le triste record du naufrage de l’Exxon Valdez au large de l’Alaska (1989), après 10 jours seulement. Malheureusement, la fuite du puits sous la responsabilité de la British Petroleum n’a été colmatée que le 15 juillet, après avoir laissé échapper environ 5 millions de barils de brut.

Des mesures de sécurité déficientes

Ce qu’on peut retenir de cet accident, c’est sans doute d’abord le manque de critères de sûreté dans ce créneau de l’industrie pétrolière, les forages en haute mer étant techniquement difficiles à mettre en place, mais aussi difficiles à colmater en cas de pépin. La compagnie BP est à blâmer en premier lieu, mais le sont aussi les organismes de réglementation états-uniens, les gouvernements ayant le devoir de protéger leurs habitants ainsi que l’environnement. Une fois l’accident arrivé, il faut regarder en avant et régler le problème. C’est à ce moment qu’on a pu voir à quel point les plans d’urgence, tant de BP que du gouvernement, étaient déficients, à un point où on peut se demander si seulement il en existait un ! Différentes méthodes se sont succédées pour arrêter la fuite, au cours desquelles les multiples ratés ont donné une impression d’improvisation. Pire encore, les premières tentatives, telles celle du dôme, laissent à croire que BP cherchait non seulement à stopper l’effusion, mais aussi (et surtout ! ) à conserver l’accès au pétrole, histoire de ne pas perdre toutes ses billes...

Désinformation

La compagnie BP, peut-être dans le but de minimiser les amendes qu’elle aura à payer, a tenté, au début de l’incident, de sous-évaluer le volume de pétrole s’échappant du puits à 1 000 barils par jour, la compagnie en refusant même l’accès aux scientifiques gouvernementaux et universitaires qui voulaient effectuer des mesures plus précises. Soucieuse de son image, BP est même allée jusqu’à fournir aux médias des photos truquées, certaines modifiées de façon si grossière que, face à de nombreuses dénonciations dans les médias alternatifs, la compagnie a dû fournir des excuses ainsi que les photos «  originales  », mais en basse résolution dès lors...

Cachez-moi ce pétrole…

Pour atténuer les effets (visuels) de la marée noire, BP a copieusement utilisé des dispersants (8 millions de litres en tout), appliqués par avion à la surface de l’océan, mais aussi injectés directement au site de la fuite. Ces composés permettent de morceler le pétrole en gouttelettes, qui se dispersent ensuite dans l’eau, de la même manière que le détergent à vaisselle dissout les graisses dans nos lavabos. L’utilité de ces dispersants est encore controversée chez les experts, d’abord parce que le pétrole ainsi mélangé à l’eau devient difficile à extraire, ensuite parce que les dispersants sont toxiques à différents niveaux.
BP a utilisé les produits de la série COREXIT – constitués principalement de distillants de pétrole ! – même si ceux-ci sont parmi les plus toxiques, que d’autres composés sont plus efficaces et alors que l’EPA avait demandé que des solutions de remplacement soient utilisées. Le fait que COREXIT ait causé des maladies rénales et hépatiques chez les travailleurs lors du nettoyage de l’Exxon Valdez ne semble pas avoir été considéré. Le fait que l’un des principaux dirigeants de Nalco (qui produit COREXIT) soit également un ancien dirigeant de BP n’est probablement pas étranger à ce choix plutôt discutable au point de vue scientifique. Par ailleurs, d’immenses lacs de pétrole ont été trouvés au fond de l’océan (l’un d’eux atteignant 15 km de longueur, 5 km de largeur et près de 100 m de hauteur !), ce qui pourrait être dû, selon certains scientifiques, à l’utilisation des dispersants. Quoi qu’il en soit, que le pétrole soit au fond de l’océan ou dispersé en gouttelettes, il est toujours là et toujours toxique pour les organismes marins.

Des crevettes bitumineuses de la Gaspésie, c’est pour quand ?

Le Golfe du Mexique c’est loin de chez nous, direz-vous. Mais il se trouve des compagnies qui font de l’exploration pétrolière en mer à moins de 10 km de Gaspé  : les 20 millions de barils de pétrole potentiellement récupérables, d’après les récents forages de Pétrolia et de Junex, permettent d’envisager une exploitation d’ici 2014, ce qui pourrait fournir 5 % des besoins en pétrole du Québec. Saurons-nous tirer les leçons de Deepwater Horizon ?

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