L’arme qui n’est pas une arme

No 23 - février / mars 2008

Le taser

L’arme qui n’est pas une arme

par Patrick Bolland

Le 20 décembre 2007, a eu lieu une manifestation à l’hôtel de ville de la Nouvelle Orléans pour protester contre la décision de démolir 4 500 logements sociaux épargnés par Katrina pour construire des appartements plus chics, hors de prix pour les anciens locataires. Les victimes de Katrina contestent, dans le calme, mais à très haute voix. Les policiers arrivent et utilisent le gaz à poivre et leurs tasers pour rétablir l’ordre : cinq victimes de tasers sont hospitalisées, dont deux femmes …

Un fait divers ? Bienvenue dans la nouvelle génération des armes offensives de l’État hanté par la sécurité : « une arme qui n’est pas une arme » nommée Taser. Son fabricant, Taser International, utilise tous les moyens dans son arsenal pour protéger son produit, élargir son marché et développer de nouveaux rejetons, tel qu’un taser robotique tirant dans huit directions à la fois, pour utilisation à l’intérieur d’un groupe… de manifestantEs !

Le taser ressemble à un petit pistolet. Il est muni d’un rayon laser, de deux fils métalliques et d’une flèche qui s’attache aux vêtements ou au corps de la cible. Il émet une décharge électrique de 50 000 volts pendant 5 à 10 secondes. La personne demeure inconsciente durant environ 10 secondes, le temps de la maîtriser. Si la première décharge ne suffit pas, on répète 5 ou 6 fois.

Survol des dernières victimes. Le 18 septembre 2007, Claudio Castagnetta, 32 ans et souffrant de problèmes psychiatriques lourds – il se promène, désorienté, pieds nus, dans les rues de Québec – refuse de quitter un magasin. La police arrive et le tase quatre fois. Il meurt dans une cellule quelques jours plus tard. Le 14 octobre 2007, le Polonais Robert Dziekanski est électrocuté à mort à l’aéroport de Vancouver. Une semaine plus tard, Quilem Registre, Montréalais noir (comme par hasard) est tasé cinq fois : il entre dans un coma et meurt à l’hôpital 48 heures plus tard. Aucune de ces victimes n’était armée, aucune ne représentait une menace physique pour les policiers.

Ces morts seraient inacceptables si les policiers avaient utilisé une arme à feu. Le fait est qu’ils n’ont pas utilisé d’arme « dangereuse », mais un dispositif « non létal ». Un rapport de la Gendarmerie royale du Canada et un autre d’un comité d’experts du ministère de Justice et de la Sécurité publique du Québec parlent d’une seule voix : les décès à la suite de l’utilisation des tasers, comme les 300 autres recensés en Amérique du Nord depuis 7 ans, ne sont pas la faute de l’appareil électronique.

Le fait que 25 des 26 membres 26 du « comité d’experts » du ministère de la Justice et de la Sécurité publique soient des policiers, travaillent au ministère ou au Centre de formation de la police à Nicolet peut soulever quelques sourcils. Tant pis : MacDonald peut aussi enquêter sur le fast food et l’obésité, ou la mafia sur le crime organisé. Les « experts » ont donc confirmé que le taser en soi n’est pas dangereux. Tous les décès sont dus à d’autres facteurs, en particulier le « délire d’excitation » – une maladie inventée pour expliquer les décès subits et « autrement inexplicables » lors de l’arrestation et de la détention des prévenus...

Une coalition contestant l’utilisation des tasers par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) s’est formée au début décembre 2007 pour demander un moratoire sur l’utilisation de ces armes. Elle exige également que le taser soit reconnu comme une arme offensive, au même titre qu’un pistolet, et demande qu’une enquête indépendante soit instituée avant qu’il ne continue à être utilisé.

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