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Gagner sa vie sans la perdre

Syndicalisme, solidarité et formation politique

par Jean-Marc Piotte

Jean-Marc Piotte

La fonction première d’un syndicat est de défendre les conditions de travail et le salaire de ses membres. Mais s’il réduit ses activités à cette seule défense – ce qui est malheureusement trop fréquent –, il développe un esprit corporatiste qui isole ses membres non seulement de ceux et celles qui ne sont pas syndiquées, mais aussi de ceux et celles qui sont syndiquées ailleurs. Afin de contrer ce corporatisme syndical, de créer des liens avec des organismes communautaires qui combattent l’injustice sociale et de participer au « réseautage » de ressources alternatives au néolibéralisme dominant, la section 574 du Syndicat des employés professionnels et de bureau (SEPB, FTQ) met sur pied à l’automne 2003 un comité d’action sociale et politique (CASP).

La section 574 regroupe à Montréal 2 700 membres, couverts par 70 accréditations, dont les principales sont celles des employées de Renaud-Bray, de Pages jaunes et de La Presse. TouTEs les syndiquéEs ne sont pas favorables à ce que les syndicats se préoccupent des questions connexes à leur activité première. CertainEs s’y opposent radicalement. Mais les dirigeantEs de la section, jugeant nécessaire cette ouverture aux autres, obtiennent de leurs instances démocratiques la création de ce comité.

Le CASP débute ses activités de façon modeste, en organisant à l’occasion des 5 à 7 où des conférenciers sont invités (par exemple, Richard Desjardins), des films projetés (ainsi Navires de la honte de Michelle Smith et Malcolm Guy, sur les conditions de travail des marins) ou des débats politiques suscités (lors des dernières élections, entre Françoise David et François Cyr de Québec solidaire et Martine Ouellette et Pierre Dubuc du SPQ-Libre). Ces 5 à 7, ouverts à tous, attirent de 30 à 100 personnes, dont certaines proviennent d’autres sections du SEPB. Des syndiquéEs, trouvant stimulants ces 5 à 7, créeront dans leurs propres sections des comités d’action politique et sociale, de sorte qu’en février 2006 le CASP devient un comité permanent du SEPB lui-même.

Des membres de ce comité participent à d’autres organismes dont le Centre international de solidarité ouvrière (CISO) qui, après une certaine période d’hibernation, a retrouvé des énergies printanières et s’est doté récemment d’un plan d’orientation dynamique. Le CASP est aussi présent à la Coalition québécoise contre les ateliers de misère (CQCAM), qui regroupe des représentantes de syndicats, d’ONG et de groupes étudiants, et dont le secrétariat est assuré par CISO. Parallèlement aux campagnes sur le commerce équitable qui s’adressent aux individus consommateurs, la Coalition promeut l’adoption de politiques d’achat responsables (PAR) auprès des institutions, tant publiques et privées, afin qu’elles ne s’approvisionnent qu’auprès d’entreprises respectant les normes fondamentales de travail définies par l’Organisation internationale du travail (OIT).

Le CASP a participé au Forum social québécois de l’été dernier à Montréal, dont s’est malheureusement absentée la FTQ. Durant la prochaine année, il œuvrera avec le Centre des travailleurs immigrants (CTI) à l’organisation d’une semaine d’activités qui lieront arts et luttes ouvrières à l’occasion du 1er mai. Il travaillera également à la mise sur pied d’un camp de formation qui permettra aux membres du syndicat d’approfondir leurs connaissances dans les domaines qui relèvent de son mandat (environnement, mondialisation, politique et économie sociale).

Chacune des 19 sections du syndicat peut envoyer deux déléguéEs au CASP. Elles ne le font pas toutes, tant s’en faut. Mais ceux ou celles qui sont déléguées se réunissent, à toutes les six semaines environ, avec les militantEs intéresséEs, pour recevoir les rapports de ceux et celles qui sont impliquéEs dans d’autres organismes, évaluer les actions entreprises et planifier les actions à entreprendre.

Par ses diverses activités, le CASP permet d’élargir le champ les préoccupations du SEPB et d’attirer, par ses enjeux sociaux et politiques, des jeunes dont certains ont par la suite décidé, ce qui n’était pas prévu, d’assumer des responsabilités syndicales !

P.-S.

Jean-Marc Piotte

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