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Mémoire des luttes

L’enjeu des frais de scolarité dans les années 1980

par Benoit Renaud

Benoit Renaud

Dans les années 1980, les voix se multiplient en faveur d’un dégel, en particulier du côté des organisations patronales et de certaines administrations d’université. Les compressions budgétaires consécutives à la récession de 1982-1983 et au virage néolibéral qui commence se font de plus en plus sentir dans le budget des institutions.

Les idées des économistes néolibéraux comme Milton Friedman commencent à devenir populaires dans certains milieux. La nouvelle vision qu’ils proposent pour l’éducation est celle d’une marchandise, d’un investissement individuel qui devrait être assumé via l’endettement. Mais comme les institutions financières ne sont pas disposées à assumer le risque de l’endettement étudiant à une échelle suffisante pour combler les besoins du marché du travail, l’État doit intervenir en garantissant les prêts et en instaurant un mode de remboursement proportionnel au revenu (RPR).

Quelques mois après son élection, le gouvernement Bourassa tente de revenir sur sa promesse de maintenir le gel, mais la grève générale étudiante de l’automne 1986, dirigée par l’ANEEQ, bloque ces plans et force la main au premier ministre. Bourassa doit alors promettre solennellement à l’Assemblée nationale de maintenir le gel jusqu’à la fin de son mandat. Par contre, des frais « afférents » de 100 $ par année sont autorisés. À noter, que durant cette quatrième grève générale, l’ANEEQ ouvre ses portes à toutes les associations étudiantes, membres ou non, en convoquant des Réunions extraordinaires du mouvement étudiant (REME), où toutes les associations ont un droit de vote. Ce sont les REME qui déterminent la plateforme de revendications et qui élisent le comité de négociation avec le gouvernement.

Le succès de la grève, combiné à l’élection des libéraux quelques mois plus tôt, conduit le RAEU (Regroupement des associations étudiantes universitaires) et la FAECQ (Fédération des associations étudiantes collégiales du Québec), fondés et dirigés depuis le début par de jeunes péquistes (dont André Boisclair), à se saborder plutôt que d’être absorbés par l’ANEEQ ou pris en charge par de jeunes libéraux.

Enivrée par son succès, l’ANEEQ décide de prendre l’initiative et de mener une lutte offensive sur la question de l’aide financière. Cette grève, à l’automne de 1988, n’est pas aussi suivie que celle de 1986, et le mouvement doit battre en retraite avant d’avoir obtenu des concessions formelles de la part du gouvernement. L’ANEEQ, alors seul regroupement d’associations étudiantes, en sort divisée et affaiblie.

À la mi-décembre 1989, quelques semaines après avoir obtenu un second mandat, cette fois sans faire de promesses au sujet des frais de scolarité, le gouvernement Bourassa annonce une hausse des frais de scolarité d’environ 140 % sur deux ans. Les associations étudiantes ont toutes les vacances d’hiver (qui sont longues au cégep…) pour tenter de préparer une riposte. Une réunion extraordinaire de 60 associations étudiantes à l’Université de Montréal, le 10 février 1990, adopte comme revendication le rejet du dégel des frais et comme moyen d’action une grève générale à déclencher lorsque des mandats seront obtenus par la majorité des cégeps (26/50) et des associations étudiantes sur la majorité des campus universitaires (6/11).

Un mois plus tard, seules huit associations étudiantes disposent de mandats. Finalement, l’Université et le cégep de Rimouski décident de partir le bal. Le tiers de l’UQAM, une dizaine de départements de l’Université de Montréal et une douzaine de cégeps participent finalement à cette grève. L’Université de Montréal est fermée au complet pendant trois jours. Plusieurs associations sont en grève pendant un mois. Mais le mouvement ne se répand pas à toutes les régions et affecte très peu la majorité des universités. Au bout d’une mobilisation très créative et parfois spectaculaire, c’est la défaite.

Les déchirements au sein de l’ANEEQ, qui avaient commencé à s’exprimer après la grève de 1988, sont exaspérés par cette défaite. La mort lente de l’association fondée le 22 mars 1975 commence alors. La Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), qui avait été fondée quelques mois avant le dégel, accepte la défaite et « revendique » désormais l’indexation des frais et le Remboursement proportionnel au revenu (RPR). Quelques associations étudiantes de collèges qui avaient refusé de même proposer l’option de la grève à leurs membres décident se donner un regroupement permanent et fondent la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ).

P.-S.

Benoit Renaud

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