Le Québec, une nation imaginaire

No 74 - avril / mai 2018

Anne Légaré

Le Québec, une nation imaginaire

Anne Légaré, Le Québec, une nation imaginaire, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2017, 394 pages.

Dans son plus récent ouvrage, Anne Legaré livre un plaidoyer en faveur de l’indépendance nationale du Québec. Ce faisant, la professeure retraitée de l’UQAM réunit un ensemble de textes qu’elle a fait paraître au cours des trente dernières années et qu’elle commente brièvement au préalable. L’introduction, le dixième chapitre et la conclusion sont cependant inédits.

Sous forme d’essais, le lecteur est invité à comprendre l’évolution de sa pensée face a) à la conception territoriale et inclusive de l’indépendance qu’il importerait aux souverainistes de pleinement embrasser ; b) au rapport conflictuel qu’entretiennent les Québécois·es avec leur américanité ; et c) à la nécessité pour ceux-ci de mieux expliquer à leurs interlocuteurs à l’étranger le projet de société qu’ils portent. L’auteure, appelant le mouvement souverainiste à « faire place à une intelligence renouvelée » et au « pluralisme identitaire », martèle par ailleurs qu’il « importe de penser non en matière de gains électoraux, mais de gains fondés sur un profond engagement sociétal ».

Cela dit, cette présentation de textes pour la majorité déjà parus n’apporte pas de véritable contribution à la production analytique existante sur le sujet — il est d’ailleurs curieux que l’ouvrage soit publié dans une presse universitaire. De même, afin de présenter l’« originalité » de sa vision, l’auteure rejette souvent des positions qui seraient à son sens caractéristiques des recherches actuelles, mais sans toutefois les identifier clairement. Par ailleurs, un nombre impressionnant de « faits » sont avancés pour témoigner de ce que désirent ou ressentent les Québécois·es, mais sans qu’ils soient appuyés sur des sources. En outre, une compréhension pour le moins tronquée des positions évoquées traverse ses interprétations — par exemple, on présente de manière surprenante le juriste Hans Kelsen comme « principal théoricien du fédéralisme ».

Ce livre confortera certes celles et ceux qui sont aussi persuadés que « le poids de l’État canadien tend à faire du Québec une simple région du Canada », mais il décevra nécessairement le lecteur qui est familier avec l’importante production éditoriale qui porte sur le rapport entre les nations minoritaires, le fédéralisme et la paradiplomatie. Enfin, alors que le titre de l’ouvrage semble annoncer l’approfondissement des travaux de B. Anderson concernant l’imaginaire national, on n’y fait qu’une seule mention. L’auteur de ces lignes demeure toutefois persuadé que le présent livre aurait dû traiter du « Québec, une nation imaginée », et non pas imaginaire…

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