Repenser le syndicalisme québécois

No 74 - avril / mai 2018

Lutte commune

Repenser le syndicalisme québécois

Le collectif Lutte commune a tenu son deuxième camp de formation à Montréal du 16 au 18 février dernier. Plus d’une centaine de personnes y ont participé, lesquelles étaient issues d’une quinzaine d’organisations et de syndicats. L’audace du programme présenté, notamment l’atelier-discussion « Préparer la négociation du secteur public en 2020 », confirme son caractère militant, consultatif et inclusif qui le distingue des organisations syndicales traditionnelles.

Le collectif a vu le jour en 2015. Il rassemble des travailleuses et des travailleurs syndiqué·e·s ou non. Elles et ils militent dans le but de favoriser la concertation intersyndicale dans une perspective de lutte sociale pour la défense des services publics. En plus des camps de formation annuels, Lutte commune propose le Rendez-vous syndical du mois, qui favorise les échanges intersyndicaux sur les expériences militantes.

Une initiative parasyndicale

En fait, Lutte commune s’inscrit dans la tradition des groupes parasyndicaux, comme le proposent les politologues Philippe Boudreau et Rachel Sarrasin dans le plus récent numéro des Nouveaux Cahiers du socialisme lancé à l’occasion de la conférence d’ouverture du camp de formation. En effet, le collectif agit de manière indépendante des organisations syndicales officielles et favorise l’autonomie dans l’action. Il s’inscrit dans une perspective critique, ce qui n’exclut pas une complémentarité de l’action et de la réflexion avec les mouvements officiels dont font partie la majorité des militantes et militants par ailleurs.

C’est à Fanny Theurillat-Cloutier, Jean-Phillipe Viau et Marjolaine Goudreau qu’a été demandé d’ouvrir l’atelier de discussion portant sur la prochaine ronde de négociations. Jean-Philippe Viau a présenté les obligations légales et souligné la place prépondérante de la mobilisation aux étapes de la planification, de la consultation, de l’élaboration et du dépôt de la négociation. Fanny Theurillat-Cloutier a mis en perspective l’urgence de revoir les termes des alliances lors des négociations, notamment le rôle réservé aux membres de la base, de même que l’urgence de discuter d’un plan en cas de loi spéciale. Pour sa part, Marjolaine Goudreau a illustré l’importance des actions solidaires intersyndicales, notamment dans les milieux de la santé où s’applique la loi sur les services essentiels.

Les participant·e·s ont quant à eux confirmé de grands pans des communications des panélistes : les structures actuelles ne favorisent pas l’élargissement des luttes et le corporatisme syndical en constitue le principal frein. Ils et elles sont préoccupé·e·s par les limites à l’action que pose la loi sur les services essentiels et ont aussi envie de se mettre à la recherche d’alliances plus larges que celle du front commun. Ce qui doit unir les travailleuses et les travailleurs de la fonction publique, ce sont les revendications communes qui visent les améliorations des conditions de travail et contribuent aussi à l’amélioration des services à la population.

En avant !

Alors que l’on sait que la préparation de la négociation du secteur public est déjà bien amorcée dans les officines des centrales syndicales ; alors que les membres des comités de négociation ne sont pas encore élus ; alors que la négociation n’est pas encore à l’ordre du jour dans les assemblées générales des syndicats locaux ; alors que les bilans de la dernière négociation font état d’un déficit démocratique dans la consultation des membres de la base et d’une grogne manifeste chez les plus militant·e·s, Lutte commune appelle à une assemblée générale commune dédiée à la négociation. La voilà, l’avant-garde !

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