Illustration : Marielle Jennifer Couture

Dossier - Syndicalisme : comment

Présentation du dossier

Syndicalisme : comment faire mieux ?

Numéro en kiosque le 25 mars

Isabelle Bouchard, Wilfried Cordeau, Yannick Delbecque, Michel Lacroix, Claude Vaillancourt

Le numéro 91 sera lancé dans le cadre des journées de réflexion sur le syndicalisme québécois « Reconstruire des ponts, remporter des victoires », qui se tiendront les 29 et 30 avril 2022 à l’UQAM. Détails à suivre !

Le syndicalisme se porte plutôt bien au Québec. Nous avons le plus haut taux de syndicalisation en Amérique de Nord, un des plus élevés de l’OCDE, si on exclut les pays scandinaves. L’effectif n’a pas connu les chutes qu’on a observées dans certains pays et la relève est toujours présente. La formule Rand permet une grande solidarité syndicale au sein des entreprises et des services publics puisqu’avec elle, tous les employé·es d’un employeur font partie d’un seul et même syndicat et profitent des mêmes avancées. La situation financière des organisations demeure très bonne et ces dernières restent les mieux nanties dans le mouvement social.

Pourtant, tout n’est pas encore parfait dans ce milieu. Au sein même du mouvement syndical et parmi la population en général, on se questionne sur la portée de l’action syndicale. Les organisations sont-elles devenues trop bureaucratiques, trop technocrates, trop légalistes ? Ont-elles perdu de ce qui faisait aussi leur force : leur combativité, leur force de mobilisation, les rapports de proximité avec leurs membres ? Reste-t-on attaché à des formes désuètes ou rituelles de communication et de manifestation ? Les syndicats doivent-ils lutter pour des changements sociaux ou doivent-ils surtout offrir des services à leurs membres ? En réponse à cette dernière question, il est clair pour nous que le mouvement syndical doit être présent sur la place publique, ne serait-ce que pour obtenir un meilleur rapport de force pour ses revendications. Il doit aussi contribuer à incarner une vision d’avenir, un projet social fondé sur les valeurs de démocratie et de justice sociale, et ancré dans un mode de vie socialement et écologiquement soutenable.

Dans ce dossier, nous défendons un syndicalisme militant, ouvert et ne craignant pas de se remettre en cause. Nous avons cherché à savoir comment il pourrait s’améliorer, mieux répondre aux nouveaux défis posés par les changements en cours (bouleversements climatiques, désordre causé par la pandémie, pénurie de main-d’œuvre, racisme systémique, etc.). Nous nous demandons comment il pourrait devenir plus combatif, dans une société où l’on cherche beaucoup à ne pas perdre des acquis plutôt que de prendre le risque d’avancer – posture défensive que des décennies de néolibéralisme, puis d’austérité ont pu transformer ici et là en « seconde nature ». Nous offrons des points de vue variés d’autrices et d’auteurs de différents milieux (syndical et académique, principalement), dont les réflexions permettront, nous l’espérons, de brasser la cage, en douceur ou avec un peu plus d’énergie, ceci dans l’espoir formulé jadis par Pierre Vadeboncoeur, que le syndicalisme devienne le « véhicule des forces politiques de la démocratie militante ».

Ce dossier a été conçu à quelques mois des journées de réflexion sur le syndicalisme québécois intitulées « Reconstruire des ponts, remporter des victoires », qui auront lieu les 29 et 30 avril 2022, une initiative conjointe d’À bâbord !, du collectif Lutte commune et du Syndicat des professeures et professeurs de l’Université du Québec à Montréal (SPUQ). Il s’inscrit également dans une volonté largement partagée de mettre en œuvre un processus d’états généraux du syndicalisme. Tant ces journées que le présent dossier ont le même objectif de stimuler une réflexion sur le mouvement syndical aujourd’hui.

Un dossier coordonné par Isabelle Bouchard, Wilfried Cordeau, Yannick Delbecque, Michel Lacroix et Claude Vaillancourt

Avec des contributions de Dominique Bernier, Julie Bouchard, Hugo Charette, Thomas Collombat, Michel Côté, Alain Croteau, Yannick Delbecque, Stéphane Dufour, Ramatoulaye Diallo, Jean-Philippe Grenier, Philippe Hurteau, Michel Lacroix, Mélanie Laroche, Karine L’Ecuyer, le collectif Lutte commune et Alain Savard.

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Mot de l’illustratrice

Pour moi, repenser le syndicalisme implique aussi de repenser ses représentations. Poings levés, mains serrées et autres clichés sont bien usés. Comment revoir ces lieux communs ?

J’avais envie de partir de la forêt, source de toute création pour moi. Notre survie dans la forêt dépend peut-être de solidarités encore inconnues ? Mais dans cet écosystème, comment illustrer un changement de paradigme dans nos rapports de pouvoir ?

Je travaille aussi à me réapproprier des mythes pour les ranimer dans une dimension écoféministe et queer. J’ai alors choisi de revisiter un conte bien connu qui parle de rapports de pouvoir, de domination, de fourberies, de naïveté. Je me suis dit : si le Chaperon n’avait pas été seule dans la forêt, si elles avaient été nombreuses et solidaires, le rapport de force avec le loup aurait été tout autre.

Marielle Jennifer Couture

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