Genre et violences dans l’espace public

No 83 - mars 2020

Série d’attaques au bâton contre des femmes à Montréal

Genre et violences dans l’espace public

On apprenait au début du mois de mai que l’homme qui a sauvagement attaqué trois femmes à coups de bâton l’hiver dernier à Montréal a été déclaré non criminellement responsable pour cause de troubles mentaux. À titre de citoyennes du Plateau-Mont-Royal et de féministes préoccupées par les violences de genre, nous sommes d’avis que, dans cette histoire, une violence dirigée contre les femmes doit être mise en lumière.

Simon Coupal Gagnon a frappé trois fois entre décembre 2019 et février 2020. Trois fois contre des femmes. À coups de bâtons de hockey ou de bois. Ses victimes marchaient tranquillement, seules, dans leur arrondissement (Plateau-Mont-Royal et Rosemont-Petite-Patrie). Et puis Coupal Gagnon surgissait de nulle part et frappait, et frappait encore. L’une d’entre elles venait d’accoucher. Elle rentrait chez elle, après une première activité entre ami·e·s depuis la naissance de son enfant.

Accusé de voies de fait graves et d’agression armée, Simon Coupal Gagnon a reconnu ses crimes lors d’une brève audience passée sous le radar le 31 mars dernier dans le contexte de la pandémie de COVID-19. Selon le rapport psychiatrique cité lors de l’audience, l’homme de 31 ans était aux prises avec « un trouble psychiatrique d’un registre psychotique » au moment de commettre ses crimes. Les psychiatres soulignent que « le diagnostic de schizophrénie nous apparaît le plus probable actuellement face à l’importance des symptômes observés. Nous ne pouvons éliminer la présence d’un trouble schizoaffectif dans le symptôme présent. »

Loin de nous l’idée de contester l’avis des psychiatres et de minimiser les enjeux de santé mentale qui ont mené au verdict de non-responsabilité. Selon les journalistes ayant couvert l’affaire, l’accusé traversait des années difficiles, consommait régulièrement et vivait en situation d’itinérance. Or, nonobstant son état de santé mental, ce n’est pas la première fois que Simon Coupal Gagnon s’en prend aux femmes. En février dernier, La Presse nous apprenait en effet qu’il avait déjà été condamné à six mois de prison (y compris une période de détention préventive) en 2017 pour menaces, voies de fait et séquestration à l’égard de son ex-copine. Craintive, celle-ci avait dû se cacher pendant quelques jours pour s’éloigner de lui. Selon le résumé du dossier de cour de l’accusé, que nous avons obtenu au plumitif de la Cour supérieure du Québec, Simon Coupal Gagnon a plaidé coupable sans soulever la défense de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux. Il a donc été déclaré coupable de violence conjugale cette fois-là.

Compte tenu de ce passé de violence conjugale, on peut légitimement se demander s’il relève du hasard que les trois victimes des attaques au bâton soient des femmes. Ces agressions armées étaient-elles vraiment dirigées vers n’importe qui ?

En outre, un rapide survol de la page Facebook de Simon Coupal Gagnon (sous un nom emprunté) donne à voir une objectification de la femme, non seulement à travers des images dégradantes et à forte connotation sexuelle, mais aussi à travers d’autres véhiculant l’idée que la femme est une propriété de l’homme.

La décision rendue le 31 mars dernier met à l’avant-plan les problématiques délicates de santé mentale, mais aurait aussi dû aborder la question de la vulnérabilité des femmes. Que Simon Coupal Gagnon soit criminellement ou non criminellement responsable, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit de violences de genre. Dans l’espace public, le climat de peur n’est pas le même si l’on est citoyen ou citoyenne. Les risques sont plus grands pour les femmes – sans compter que les vulnérabilités s’additionnent.

Encore une fois, on est en droit de se demander jusqu’à quel point le système protège les victimes si celles-ci sont des femmes. Interrogée par les policiers, l’une des victimes se serait fait demander « ce qu’elle portait » ce soir-là – une question qui n’a jamais sa place, qui est intolérable en 2020, et qui rappelle à chaque occurrence que les victimes de violence ne sont pas traitées de la même façon si elles sont des femmes.

Pour recouvrer sa liberté, Simon Coupal Gagnon devra se présenter devant la Commission d’examen des troubles mentaux, qui déterminera s’il ne représente plus un risque pour la sécurité du public ou, inversement, si ce risque ne saurait être atténué même en respectant certaines conditions. Si les fondements du droit criminel empêchaient la prise en compte de ses antécédents dans la poursuite intentée contre l’accusé, la Commission pourra de son côté mettre en relation le précédent épisode de violence conjugale avec l’identité des plus récentes victimes : toutes des femmes. Nous souhaitons que la sécurité des femmes passe en premier plan dans l’évaluation des risques. Dans le cas présent, trop d’indices laissent croire à une violence dirigée vers les femmes et le risque de récidive doit être interrogé plus prudemment que jamais depuis le féminicide de Marylène Lévesque en janvier 2020.

Thèmes de recherche Féminisme, Justice et droits sociaux
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