L’évolution, la révolution et l’idéal anarchique

No 83 - mars 2020

Élisée Reclus

L’évolution, la révolution et l’idéal anarchique

Élisée Reclus, L’évolution, la révolution et l’idéal anarchique, Montréal, Lux Éditeur, 2019, 186 pages.

Élisée Reclus est un auteur anarchiste essentiel mais méconnu. Il est dans l’ombre des Michel Bakounine, Pierre Kropotkine et Pierre-Joseph Proudhon. Il a pourtant été un des penseurs anarchistes les plus actifs de son temps, impliqué, entre autres, dans la Commune de Paris, dans la Fédération jurassienne en Suisse et dans la création de la première université laïque de Belgique. Nous le connaissons aujourd’hui davantage parce qu’il a été un grand géographe et un auteur prolifique avec une production monumentale d’ouvrages et d’articles, dont Géographie universelle (19 volumes) et L’Homme et la Terre (6 volumes).

Dans L’évolution, la révolution et l’idéal anarchique, paru en 1902, Reclus expose pour la seule fois sa conception de l’anarchisme. Il explique notamment sa vision de l’évolution et de la révolution qui ne sont pas pour lui antinomiques. L’évolution serait un « mouvement infini  » constitué de « transformation[s] incessante[s] » de tout ce qui existe dans l’univers incluant la société. De son côté, la révolution fait elle-même partie du mouvement d’évolution et serait de légers soubresauts. Son intention première est de critiquer la conception généralisée à l’époque, et encore aujourd’hui, que les révolutions seraient par définition violentes et que l’évolution ne serait qu’un mouvement pacifique vers le progrès. Il dénonce les mouvements réactionnaires au sein de différents événements historiques d’importance. Partout dans l’ouvrage, il est possible de sentir la passion de l’auteur et son dégoût profond de l’injustice. Certes, certains passages ont moins bien vieilli. Avec le recul d’aujourd’hui, il faut constater que Reclus a un espoir exagéré envers la science et le progrès. Comme bon nombre de ses camarades de l’époque, il est persuadé que les masses se soulèveront sous peu et que le pouvoir de la religion s’estompera bientôt.

Le livre reste un essentiel dans la bibliothèque d’une personne libertaire. Les critiques qu’il fait de l’oppression et de la domination, mais aussi de différents systèmes politiques (libéralisme, centralisme, bureaucratisme, républicanisme, autoritarisme et nationalisme), restent encore aujourd’hui très pertinentes. Reclus était un idéaliste et un rêveur. Son livre permet ainsi de continuer d’espérer.

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