2008-2013 : À la défense des services publics

Dossier - Maintenir le cap !

Dossier : Maintenir le cap !

2008-2013 : À la défense des services publics

Claude Vaillancourt

La période allant de 2008 à 2013 a été fortement marquée par la nécessité de défendre les services publics. S’il s’agit-là d’une préoccupation récurrente à la revue, le moment était particulièrement propice pour développer une solide réflexion sur la question, alors que le modèle québécois était attaqué de front par le gouvernement de Jean Charest, puis par celui de Philippe Couillard, ceux-ci adoptant différentes formules pour justifier leur offensive : réingénierie, révolution tarifaire, principe de l’utilisateur payeur, rigueur budgétaire.

C’est d’ailleurs le numéro incluant le dossier Nos services publics, un trésor collectif en péril, qui a été le plus vendu de notre histoire. Commandé par le Front commun, en pleine période de négociations du secteur public et parapublic, ce dossier a été rédigé en toute liberté éditoriale, avec la même rigueur et le même sentiment d’indignation qui caractérise une grande partie de notre travail.

Il a été précédé de quelques mois par L’Université entre déclin et relance, qui présentait des menaces concernant nos universités : mauvais financement, type de gestion inspiré du privé, limitations de la liberté académique, etc. Les idées de ce dossier ont d’autant plus circulé qu’on en a imprimé un tiré à part largement distribué. Le texte que nous avons retenu de Normand Baillargeon, tiré de sa chronique sur l’éducation, élabore une réflexion plus générale, et qui reflète bien, en partie, l’essence de débats si bien ancrés dans l’air du temps. La santé n’a pas été négligée et le dossier Santé, état d’urgence l’abordait sous l’ange de la privatisation, une tendance hélas toujours prévalente aujourd’hui.

La bataille pour les services publics a atteint un point culminant avec les manifestations étudiantes contre la hausse des droits de scolarité. La rapidité avec laquelle le mouvement a trouvé un très large appui dans la population et l’ampleur des revendications — qui ont débordé sur la piètre question de la gestion de l’État par les libéraux — tout cela donc, nous a forcé à réagir rapidement. Ce qui n’est pas évident dans une revue, alors que les numéros sont préparés très longtemps d’avance !

Nous avons alors préparé, aussi vite que nous l’avons pu, le court dossier Grève étudiante et lutte sociale, en parallèle à celui qui était prévu sur le sport dans son appropriation citoyenne, puis, dans le numéro suivant, Le printemps érable, ses racines et sa sève, plus élaboré et réalisé en partie avec des acteurs et actrices de la grève. Le texte de Diane Lamoureux sélectionné ici rend bien compte d’un des choix que les étudiant·es et les personnes qui les appuyaient ont faits, celui de désobéir, de refuser de se laisser mater par une loi spéciale mal ciblée et antidémocratique.

Bien sûr, cette préoccupation de défendre les services publics ne doit pas occulter la variété des sujets abordés pendant cette période, surtout ceux portant sur des préoccupations récurrentes chez nous, comme le féminisme, la culture, l’industrie numérique.

Comme toujours, À bâbord ! aime commémorer le passé et les luttes militantes, en présentant des dossiers sur 1968, sur la contribution de « femmes inspirées et inspirantes » et l’œuvre d’un penseur aussi marquant que Noam Chomsky. Et cela tout en plongeant un regard vers l’avenir, en abordant un sujet qui prendra par la suite une grande place, soit l’éthique animale, ou en réfléchissant sur les « promesses et les périls du numérique » sur la « démocratisation de l’économie » ou sur les « mutations de l’univers médiatique ». « Facebook, un ami qui vous veut du bien », de Philippe de Grosbois, l’un des collaborateurs les plus actifs de la revue et membre du collectif, montre que dès le départ, les intentions de cette multinationale ont été bien dévoilées, par une explication de son fonctionnement encore très pertinente aujourd’hui. Relire ces numéros permet de constater à quel point notre revue a su s’intéresser à quelques grandes tendances qui seront largement abordées par la suite.

Nous tenons finalement à signaler deux dossiers intemporels et très particuliers, d’abord Apocalypse et politique, et pour contrer la noirceur de ce sujet, L’utopie a-t-elle un avenir ? Entrevoir le pire (l’apocalypse), puis imaginer le mieux (l’utopie), en toute lucidité, n’est-ce pas en quelques mots une façon frappante de résumer l’orientation d’À bâbord !  ?

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