Dossier - Maintenir le cap !

Dossier : Maintenir le cap !

Merci d’exister !

Amir Khadir, Claude Rioux

Il nous apparaissait essentiel pour ce dossier qui se veut un retour sur les vingt années d’existence de la revue de proposer à des membres fondateurs de témoigner des débuts d’ À bâbord !.

Amir Khadir, membre fondateur de la revue

Déjà 20 ans ! Pour ses artisans·nes d’aujourd’hui ça fait beaucoup de bons coups à célébrer, de brassages d’idées à souligner et de camarades à remercier. 

Remercier celles et ceux qui ont été et sont à l’ouvrage, pour avoir réfléchi, pour avoir écrit et avoir tant donné. Celles et ceux d’aujourd’hui comme la gang des premières heures. Parce qu’À bâbord ! a tant d’ami·es « que no los puedo contar ».

Au printemps 2003, alors que la fondation de l’UFP avait fouetté nos ardeurs et que la revue était en gestation, de bonnes âmes et de belles plumes qui en avaient pris l’initiative s’échangeaient ardemment des courriels pour décider du nom, comme on le fait en famille à la naissance d’un enfant : M’enfin ! MotivéEs, L’épaule à la rue, Versant Gauche, Causes toujours, Parti pris ou Sous les pavés. Puis est venu : À bâbord !

La proposition venait d’Aziz S.-F. en ces mots : « … l’humanité est embarquée dans le même bateau… la direction néolibérale à tribord devrait être inversée vers la gauche donc à bâbord. Pour le Québec terre de l’eau, l’image de l’embarcation revêt encore plus de sens. Pour le parti auquel l’organe sympathise, l’union qui fait déjà la force, et la force de progressistes qui rament vers la gauche demeurent un symbole bien traduit par ce mot. Bref, si on regarde vers l’avant, le futur est à gauche de l’embarcation où nous voulons que tant de monde se joignent pour bâtir un autre monde et un autre Québec.  »

À bâbord !, c’est court, accrocheur avec même une petite tinte d’humour. Vous allez me dire que ce sont de sales temps aujourd’hui pour avoir le cœur vraiment à rire. Mais, il y a des conditions où exister, c’est résister.

L’échelle de nos malheurs n’a aucune commune mesure. Mais la règle demeure : À bâbord  ! continue d’exister. À bâbord  ! continue de résister. 

Claude Rioux, secrétaire de rédaction des numéros 1 à 25

Pour rendre compte de la situation de 2003, on commencera par dire qu’à peine remis des attentats du 11 septembre, nous sommes en plein délire agressif-paranoïaque : invasion de l’Afghanistan puis de l’Irak, hégémonie du discours guerrier et victoire de Stephen Harper qui généralise les certificats de sécurité et les restitutions extraordinaires avec la déportation de Maher Arar vers les geôles syriennes pour y être torturé. Au Québec, ce qui se trouve en face de nous, c’est d’abord le gouvernement libéral de Jean Charest et sa « réingénérie » : thérapie de choc budgétaire, hostilité contre le personnel de la fonction publique sommé de se flexibiliser, priorité à l’entreprise par le biais de partenariats public-privés. Un programme bruyamment soutenu par un aréopage cliquant de bonzes politiques, médiatiques et culturels, réuni autour de Lucien Bouchard et de son manifeste Pour un Québec lucide (2005). Le PQ, avec à sa direction Bernard Landry puis André Boisclair, est alors un parti bêtement néolibéral sans âme ni projet et c’est à une autre force émergente qu’il revient de répondre par le biais du manifeste Pour un Québec solidaire, avec les suites que l’on sait. Mais c’est aussi à ce moment que Mario Dumont rebrasse totalement les cartes politiques avec sa surenchère raciste autour de la « crise des accommodements raisonnables » créée de toute pièce en 2006.

Un certain esprit libertaire antiraciste, un des éléments constitutifs de l’articulation des courants au centre du projet de revue à ses débuts, s’est quelque peu essoufflé un moment. À mon humble avis, le collectif d’À bâbord ! a bien trop tardé à prendre la mesure du virage ethnonationaliste et islamophobe de la classe politique québécoise. Sur un horizon de vingt ans, on peut qualifier de passagère cette faiblesse qui été corrigée par la posture digne et combative qu’on lui connaît aujourd’hui. 

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