Dossier : Maintenir le cap !
2013-2018 : Austérité et crise démocratique
Un an après la grève étudiante de 2012, les impacts de ce mouvement social historique continuent de se faire sentir. Riche d’une expérience politique qui a permis à plusieurs citoyen·nes de se familiariser avec le fonctionnement de la démocratie directe, la rue demeure un lieu actif de prise de pouvoir pour revendiquer des changements sociaux.
Par contre, plusieurs sont sorti·es de cette grève désabusé·es du système de démocratie représentative : l’élection de septembre 2012 aura mis fin à la grève sans apporter de changements significatifs. Les cinq années présentées ici sont porteuses de cette tension qui émerge entre les revendications des mouvements sociaux exprimées dans la rue et un désabusement face à l’état de notre système démocratique qui n’arrive pas à donner un sens à cette grogne populaire contre le néolibéralisme. Cette réflexion sur l’état de la démocratie en Occident est un thème important à À bâbord ! entre 2013 et 2018, avec plusieurs dossiers qui se penchent directement sur l’enjeu du déficit démocratique. La question est posée à savoir comment la rue et les urnes peuvent apparaître aussi déconnectées l’une de l’autre.
De fait, autant au Québec qu’à l’international, les mouvements sociaux s’organisent contre les attaques au filet social portés par des régimes autoritaires. Au Québec, les années 2015 et 2016 sont marquées par une forte mobilisation contre les mesures d’austérité du gouvernement Couillard. À chaque numéro paru durant cette période, plusieurs articles font état du saccage de nos services publics et la revue a organisé en avril 2016 un colloque sur notre système de santé. Dans cette période, des dossiers d’À bâbord ! abordent directement ce repositionnement de l’appareil étatique qui délaisse sa mission de protection sociale sous l’excuse de l’austérité.
Les années 2013-2018 représentent aussi une période de luttes contre les hydrocarbures, particulièrement contre des projets de pipelines sur le territoire. Rappelons que c’est en 2013 que TransCanada a proposé le projet d’oléoduc Énergie Est dont une des composantes centrales était la construction d’un port pétrolier à Cacouna, à un endroit réputé pour être la pouponnière des bélugas. La modification du projet en 2015 représente une victoire marquante pour la justice climatique et la mobilisation des groupes de la société civile autour de cet enjeu. Finalement, cette période est marquée par une mobilisation historique des peuples autochtones au Canada qui s’organise autour de revendications pour leurs droits territoriaux ainsi que pour la protection de l’environnement. Parallèlement, c’est en 2015 que la de Commission vérité et réconciliation conclue au génocide culturel des peuples autochtones par l’État canadien. En mai 2014, À bâbord ! se penche spécifiquement sur ces luttes avec un dossier consacré aux résistances autochtones, bien que plusieurs articles publiés entre 2013 et 2018 font état de leurs revendications et stratégies de mobilisation.
Les deux textes choisis pour illustrer cette période témoignent de la continuité de certaines luttes. Le premier, publié en 2015 et écrit par Nadine Lambert et Jean-Pierre Larche, porte sur la réforme Barrette du Parti libéral du Québec (PLQ) en démontrant en quoi il s’agit d’un virage vers la privatisation de nos services sociaux et de santé. La nouvelle réforme qui nous sera imposée dans le système de santé par le projet de loi 15 apparaît en continuité avec cette tendance. Nous nous retrouvons devant le même constat, soit une place toujours plus grande accordée au privé dans l’organisation de notre filet social. Le deuxième texte fait écho au mouvement #MeToo qui marque un tournant sur la notion de consentement, notamment pour le harcèlement de rue que subissent les femmes au quotidien. Martine Delvaux, dans sa chronique féministe d’hiver 2014, s’interroge sur les réactions suscitées par les propos de Judith Lussier qui a dénoncé, dans un numéro d’Urbania de 2013, les micro-agressions qu’elle subit dans la rue. Ce texte est inspirant, car il montre le changement de ton qu’il est possible d’observer aujourd’hui dans la réception de ces témoignages. Bien qu’il reste des luttes à mener pour faire en sorte que l’espace public soit un lieu sécuritaire pour toutes, ce texte témoigne des changements sociaux que le mouvement #MeToo a provoqués.




















































































































