No 07 - déc. 2004 / jan. 2005

Cinéma

Une simple occupation...

par Christian Brouillard

Avi Lewis et Naomi Klein, The Take, Canada, 2004, 87 min, Dist. Vivafilm.

Alors que la critique théorique du capitalisme commence, dans la foulée des grandes mobilisations antimondialistes, à relever la tête, la critique pratique, pour sa part, reste encore bien balbutiante. Nous savons ce que nous ne voulons pas – un monde où la misère et l’injustice assassinent aussi sûrement que les guerres impérialistes – mais nous n’avons pas encore clairement formulé ce que nous désirons. Pourtant, de par le Monde, un oeil un tant soit peu curieux pourrait déceler les germes de nouvelles pratiques tendant à renverser le cours des choses.

C’est en Argentine, ancienne « vitrine » des politiques néo-libérales et dont l’économie s’est effondrée en 2001, qu’on peut sentir les premiers effluves de ce vent de changement. Alors que les entreprises ferment les unes après les autres, les patrons fuyant le navire qu’ils ont eux-mêmes sabordé, les ouvriers reprennent l’outil économique en occupant les lieux et en remettant en marche la production. Selon le groupe de solidarité Workers without bosses, il y a actuellement, en Argentine, 200 entreprises contrôlées par leurs salariés et employant environ 10 000 personnes. Cette expérience d’une mise en œuvre concrète de l’autogestion (voir notre dossier « Sortir du Capitalisme », No. 6) comme réponse positive à la crise engendré par le capital, constitue la matière du documentaire The Take réalisé par Naomi Klein, auteure du célèbre livre No Logo, et Avi Lewis, anciennement animateur du défunt magazine télévisé Counterspin.

Montrant le quotidien de ces collectifs d’ouvriers, regroupés au sein du MNER (Mouvement national des entreprises récupérées), The Take donne un visage et une chair à ce mouvement de résistance. Il est cependant dommage que cette approche axée sur le human interest escamote certaines questions cruciales : Sur quelle base les ouvriers ont-ils pu repartir les machines ? Comment s’opèrent les échanges entre entreprises et le reste du pays ? Quels rapports de pouvoir se nouent au sein des collectifs ? Et, surtout, au niveau légal, comment les collectifs tentent-ils d’assurer à long terme leur récupération d’usine ? Cependant, malgré ces lacunes, ce documentaire constitue une bonne base pour alimenter les débats et la réflexion afin d’aller plus loin.

Alors, une simple occupation d’usine ? Peut-être mais aussi, clairement, le signe que les mentalités peuvent changer, ne serait-ce qu’un peu, en vue de développer une nouvelle production basée sur la démocratie et sur de plus larges espaces d’autonomie.

Thèmes de recherche Cinéma, Amérique latine et Caraïbes
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