Dossier : Les affres de l’ALÉNA

Au Mexique

« La campagne n’en peut plus »

par Marie-Hélène Côté

Les petits et moyens agriculteurs mexicains ont la vie dure. Dans les années 80, le gouvernement mexicain et la Banque mondiale leur ont imposé une série de politiques d’ajustement structurel et de « modernisation » agricole visant à augmenter leur productivité ou à les faire disparaître s’ils n’y arrivaient pas. Puis, afin d’harmoniser le cadre normatif de l’agriculture mexicaine avec ceux des États-Unis et du Canada en prévision de l’ALÉNA, le président Carlos Salinas de Gortari entreprend, en 1992, des réformes à l’article 27 de la constitution mexicaine concernant la propriété de la terre. Il met ainsi un terme à l’engagement de l’État de fournir des terres aux paysans et ouvre la voie à la privatisation des terres communales dans le but qu’elles soient à nouveau concentrées entre les mains de grands propriétaires. Des acquis de la révolution mexicaine sont ainsi sacrifiés afin de pouvoir concurrencer les entreprises étrangères et inviter des multinationales à venir s’installer.

L’ALÉNA s’est avéré catastrophique pour la majorité des agriculteurs mexicains et il a exercé une pression économique fatale pour des milliers de petits et moyens producteurs. Au cours des 7 premières années de l’ALÉNA, les importations de grains de base ont presque doublé, si bien que le Mexique, pays des « hommes de maïs », importe maintenant des États-Unis le quart du maïs qu’il consomme. Ce maïs est moins cher et il arrive parfois sur le marché avant les récoltes locales. Même s’il est de moindre qualité et souvent génétiquement modifié, il se vend plus que le maïs mexicain.

Les paysans n’ont plus l’autosuffisance alimentaire, ayant dû abandonner leur pratique traditionnelle d’une agriculture diversifiée pour se moderniser, et ils n’ont pas d’avantages comparatifs sur le marché global. On estime que l’ensemble des bouleversements amenés par l’ALÉNA a entraîné la perte de plus de 1 780 000 emplois en milieu rural et un exode effarant qui atteint la moyenne de 600 personnes par jour. Devant cette crise du monde rural, des organisations paysannes ont formé la coalition El campo no aguanta más (la campagne n’en peut plus) pour demander d’urgence des réformes à la politique agricole du Mexique, un moratoire sur le chapitre agricole de l’ALÉNA et une renégociation de celui-ci, entre autres choses. Divers groupes et organismes se sont joints à eux pour une série de protestations qui ont eu lieu en janvier 2003 et qui se sont soldées par l’Accord national pour la campagne. Ne concédant que quelques réformes et aides supplémentaires aux paysans, mais refusant de remettre en question le chapitre agricole de l’ALÉNA, cet accord n’a pas été signé par tous les groupes impliqués dans la revendication. Conséquents avec leurs revendications, les groupes paysans et autochtones du Mexique opposent un refus catégorique à la ZLÉA.

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