Dossier : Saguenay - Lac-St-Jean.

Dossier : Saguenay - Lac-St-Jean. Chroniques d’un royaume

Pour une usine Vaudreuil durable

Conflit social à Saguenay : la multinationale Rio Tinto veut développer un site d’entreposage de résidus de bauxite en plein cœur de la ville. Le comité Citoyens pour un Vaudreuil durable clame cependant haut et fort que ce projet n’est pas acceptable et que d’autres solutions existent.

L’usine Vaudreuil, propriété de Rio Tinto, fabrique l’alumine, utilisée dans la production de l’aluminium. Elle produit ainsi des tonnes de détritus de bauxite accumulés dans des dépotoirs boueux tout autour de l’usine. Au point où, en 2022, la pleine capacité du second site d’entreposage de résidus de bauxite (aussi appelés boues rouges) au cœur de Saguenay sera atteinte.

Pour assurer la continuité des opérations de l’usine Vaudreuil, Rio Tinto changera son procédé de gestion des boues rouges en les asséchant et en les empilant jusqu’à une hauteur de 30m, soit l’équivalent d’un édifice de 10 étages. Lorsque ce site aura atteint sa hauteur maximale, la multinationale ouvrira un troisième site du même genre dans le boisé Le Panoramique. Or, ce boisé est actuellement réservé à la randonnée en vélo de montagne.

Dès que la population du quartier fut avertie de ce projet, à l’automne 2015, une opposition s’est formée : le Comité de citoyens pour un Vaudreuil durable (CVD). Il s’impliqua dans les activités de consultation de Rio Tinto, mais se rendit rapidement compte que la compagnie était inflexible sur le choix du Panoramique comme futur site d’entreposage de déchets industriels.

Le CVD participa alors à l’assemblée du conseil municipal de Saguenay le jour où l’on y tenait un vote sur le dézonage du boisé afin d’en permettre un usage industriel. Pendant la période de questions, le maire Jean Tremblay refusa de répondre à celles du CVD en se disant « ignorant » des expertises en cause, renvoyant les citoyen·ne·sà la consultation publique organisée par Rio Tinto. Le dézonage du boisé fut approuvé à l’unanimité par le conseil municipal.

Faux dilemme et problèmes de santé

Déjà en 1982, Daniel Green, de la Société pour vaincre la pollution, prévenait la population du Saguenay de l’existence de ce qu’il considérait être une véritable « bombe chimique », en parlant des sites d’enfouissement de la compagnie Alcan. Que contiennent exactement ces fameuses boues rouges ? Essentiellement des oxydes de fer, d’aluminium et de titane, mais également du quartz en moindre quantité ainsi que de l’arsenic. Bien que la présence de ces métaux soit préoccupante, le CVD s’inquiète surtout des poussières fines, car ce sont elles qui entraînent des problèmes respiratoires. Comme les boues seront asséchées et par moment exposées au vent, on craint que les résident·e·s des quartiers avoisinants en soient affectés.

Rio Tinto enferme la population régionale dans un faux dilemme : « Ou bien vous acceptez notre projet tel quel ou bien nous fermons l’usine Vaudreuil. » Le maire de Saguenay et Alain Gagnon, le président du syndicat national des employés de l’usine d’Arvida (SNEAA), ont succombé à ce qu’il convient d’appeler du chantage à l’emploi, oubliant la devise même de la ville : « Les citoyens d’abord ».

Pour sa part, le Comité de citoyens pour un Vaudreuil durable a proposé de multiples solutions pour dénouer l’impasse et même permettre de prolonger la vie de l’usine. Il a tout d’abord cherché et proposé un autre site, plus vaste et plus éloigné des habitations, dans une carrière abandonnée derrière la base militaire de Bagotville. La compagnie a refusé cette proposition, prétextant que le transport des détritus par train serait trop coûteux. Le CVD proposa aussi de développer un projet d’usine-laboratoire sur la recherche et le développement de la valorisation des résidus de bauxite. Cela permettrait de recycler les boues rouges en produits réutilisables, comme cela se fait déjà ailleurs. La compagnie se targue d’investir dans la recherche et le développement en général, mais ne semble pas ouverte à des actions concrètes…

Ce projet d’expansion d’un site d’entreposage de résidus de bauxite suscite de vives inquiétudes à Saguenay. Pour retrouver la paix sociale, Rio Tinto devra s’ouvrir à un réel dialogue avec les parties concernées et accepter de reprendre l’étude de localisation du site, tel que l’a recommandé le président de la consultation publique, M. André Delisle, dans le rapport de la consultation publique. Le CVD compte uniquement sur la mobilisation des citoyen·ne·s de Saguenay pour faire pression sur la Ville et le gouvernement québécois afin d’amener la compagnie à trouver une alternative viable et durable qui protégera les emplois et la population.

Les Jeannois et Jeannoises ont réussi à amener Rio Tinto à une gestion participative du niveau du lac, pourquoi les Saguenéen·ne·s ne réussiraient-ils pas à en faire autant pour que l’usine Vaudreuil devienne vraiment une usine durable ?

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