Pour un plan national de lutte à la pauvreté !

No 70 - été 2017

Éditorial du no 70

Pour un plan national de lutte à la pauvreté !

En kiosque le 16 juin

À l’occasion de la sortie de son numéro portant sur le Saguenay–Lac-Saint-Jean, tout le collectif de rédaction d’À bâbord ! traverse le parc des Laurentides lors de la fin de semaine du 16-17-18 juin. Nous présenterons donc sur place notre plus récent numéro, à Chicoutimi le 16 juin et à Alam le 17. Tous les détails ici.

Au plaisir de vous y trouver !

Le projet de loi visant principalement à reconnaître que les municipalités sont des gouvernements de proximité et à augmenter à ce titre leur autonomie et leurs pouvoirs (PL 122), attendu depuis longtemps, sera vraisemblablement adopté l’automne prochain. Il vient satisfaire une revendication de longue date des municipalités de pouvoir adopter des mesures reflétant leur spécificité et adaptées à leurs conditions afin de mieux répondre aux besoins de leur collectivité. Ce projet de loi donnerait donc aux instances municipales plus de marge de manœuvre.

Or, si l’amélioration de la démocratie locale est souhaitable, on peut s’inquiéter des possibles conséquences néfastes de son adoption, notamment quant à la lutte à la pauvreté. En effet, le PL 122 projette d’accorder aux municipalités la gestion des enveloppes dédiées à cet enjeu. Plusieurs organisations communautaires ont déjà fait part de leurs préoccupations à laisser les municipalités décider des axes prioritaires en matière de lutte à la pauvreté. En comptant simplement sur une régionalisation des lignes directrices et des efforts, la nécessité d’avoir une vision nationale concertée sera complètement élaguée. Dès lors, il pourrait être difficile pour les organismes communautaires de faire reconnaître leurs actions auprès d’une municipalité si celle-ci sous-estime les problèmes d’inégalité et de précarité sur son territoire, par exemple. Sans vision nationale, on peut craindre que certaines mairies ne consacrent pas toutes les ressources nécessaires à cet enjeu.

À cet effet, plusieurs organismes communautaires se questionnent à savoir s’il y aura un transfert de fonds du gouvernement aux municipalités ou si celles-ci devront puiser dans leurs propres coffres. Le ministre Coiteux a annoncé une réforme des mesures fiscales afin d’aider les municipalités à assumer leurs nouvelles responsabilités, mais la possibilité pour les petites villes et les villages de taxer les stationnements ou l’immatriculation des voitures ne comblera pas un potentiel recul sur les sommes engagées. Les municipalités les plus démunies devront se contenter des revenus des taxes foncières, sans plus de ressources pour répondre aux besoins de leur population.

Dans tous les cas, les municipalités ne disposent pas du levier principal pour une réelle lutte aux inégalités sociales : une fiscalité qui permet une meilleure redistribution des richesses. Le PL 122 relève davantage d’un désengagement de l’État en la matière que d’un souci de combattre une trop forte centralisation des pouvoirs... un schéma classique ! Et ce sont les régions déjà fragilisées qui seront les plus touchées, car les villes de Montréal et de Québec sont plus solides financièrement pour assumer désormais complètement cette responsabilité.

* * *

Encore une fois, ce sont les organismes communautaires qui se trouveront à suppléer aux manquements des services publics, car ils représentent le dernier filet social pour les personnes en grande précarité. Déjà, les politiques d’austérité du gouvernement ont entraîné une importante augmentation du nombre de personnes qui leur demandent de l’aide. Dans un contexte de sous-financement chronique qui perdure depuis des années, les organismes communautaires sont à bout de souffle et s’inquiètent que les enveloppes qui seront disponibles dans ce transfert de responsabilités soient insuffisantes.

De surcroît, ces fonds et subventions sont majoritairement accordés sur la base de « projets », laissant de côté le financement à la mission, qui permet aux organisations de travailler sur leur objectif principal : la transformation sociale. En plus de la reddition de compte, cette nouvelle méthode mobilise une grande part du travail des organismes qui, pour survivre, doivent se concentrer sur la recherche de financement. Les projets, quoique intéressants, visent des enjeux très précis et laissent moins de place au travail de mobilisation citoyenne. Ce fonctionnement comporte également le risque que soient sélectionnés uniquement les enjeux « à la mode », laissant de côté des pans entiers de la lutte contre la pauvreté.

Nous sommes donc fortement préoccupé·e·s par cette régionalisation de la lutte contre la pauvreté. Rappelons qu’il est de la responsabilité de l’État d’assurer le bien-être de ses citoyen·ne·s. En ce sens, nous dénonçons ce transfert de poids des responsabilités sur les municipalités et, au final, sur le secteur communautaire, déjà mis à mal par les politiques austéritaires du gouvernement Couillard.

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