Mauvaise presse. Une sociologie compréhensive du travail journalistique et de ses critiques

Dossier : Médias, journalisme (...)

Cyril Lemieux

Mauvaise presse. Une sociologie compréhensive du travail journalistique et de ses critiques

lu par Philippe Corcuff

Cyril Lemieux, Mauvaise presse. Une sociologie compréhensive du travail journalistique et de ses critiques, Paris, Métailié, 2000

Cyril Lemieux, maître de conférences à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris, s’efforce dans cet ouvrage de « contribuer à une critique du travail journalistique qui, lorsqu’elle mérite d’avoir lieu, soit à la fois moins caricaturale dans ses attendus et plus difficile à relativiser pour les intéressés », ce qui supposerait de passer par ce qu’il nomme « un détour compréhensif ». Cette « critique interne et située », ou critique compréhensive, du journalisme prend alors au sérieux les « grammaires » du juste et de l’injuste à l’œuvre dans le milieu journalistique, ses propres repères déontologiques, permettant de pointer des « fautes grammaticales ». Ces fautes, multiples dans l’activité journalistique ordinaire, apparaissent donc critiquables à partir des propres critères éthiques du milieu, et non d’une dénonciation globale extérieure. Le livre s’appuie sur plusieurs années d’enquête dans différentes entreprises de presse (le journal Le Monde, le quotidien régional Sud-Ouest, la chaîne publique France 2, etc.), et donc s’intéresse à la façon dont les journalistes travaillent pratiquement, fabriquent les informations, alors que les mises en cause traditionnelles des médias ont tendu à se focaliser sur le contenu idéologique des messages diffusés.

A partir des points forts de sa démarche, une question peut toutefois être posée à Lemieux : une critique « interne », à partir des traditions morales développées dans un univers social donné, ne passe-t-elle pas à côté d’une partie des sources de la critique sociale, c’est-à-dire des visées utopiques non encore thématisées dans une tradition ou oubliées des traditions vivaces ? C’est une interrogation qui prolonge [1], mais qui n’invalide pas les analyses stimulantes proposées par Lemieux, dans le sillage de la sociologie pragmatique française initiée par Luc Boltanski et Laurent Thévenot à la fin des années 1980. Luc Boltanski et Eve Chiapello avaient déjà marqué le débat scientifique et politique en 1999 avec Le Nouvel esprit du capitalisme (Paris, Gallimard).


[1Voir, pour des développements, mon texte « Pour une nouvelle sociologie critique : éthique, critique herméneutique et utopie critique », dans Les Sociologies critiques du capitalisme, sous la direction de Jean Lojkine, Paris, PUF, coll. « Actuel Marx Confrontation », 2002.

Thèmes de recherche Médias et journalisme, Livres
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