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Travail

Le retour au travail des aînés : un geste forcé ?

Léa Fontaine

Au cours de la dernière décennie, la reprise du travail par les retraité·e·s est chose de plus en plus courante. D’ailleurs, plusieurs sites Internet sont consacrés à leurs recherches d’emploi. Les raisons qui motivent cette décision sont très variées et pas toujours roses. Ce retour au travail n’est pas non plus sans effets sur l’économie, notamment sur le régi­me de retraite peu adapté à ce phénomène.

À l’échelle du Canada, en 2009, 13,9 % de la population active était constituée de travailleurs et de travailleuses de 65 ans et plus ; en 2036, cette part devrait atteindre environ 25 %. Au Québec, depuis 2001, le nombre de travailleurs de 65 ans et plus qui sont retournés au travail a crû de manière importante, notamment en raison de changements démographiques ; celui-ci atteindrait aujourd’hui 100 000 personnes.

Le retour au travail est plus fréquent pour les personnes ayant pris leur retraite dans la cinquantaine, étant alors bien intégrées dans le marché du travail, comme professionnel·le·s ou gestionnaires, ayant acquis des expériences et compétences solides, ayant suivi des études postsecondaires et étant en bonne santé. La très grande majorité des travailleurs et travailleuses retournent vers le travail à temps partiel, et cela, rarement par choix : c’est le cas de 22 % d’entre eux seulement.

Motifs et conditions du retour au travail

Les raisons poussant les retraité·e·s à revenir au travail sont principalement le désir de rester actif mentalement, d’être satisfait personnellement, de maintenir une interaction sociale, d’exercer une activité, mais aussi en raison de besoins financiers. Sur ce dernier point, les aîné·e·s reconnaissent un écart de perception de leurs attentes en termes de revenus de retraite et la réalité. En moyenne, ils et elles constatent un manque à gagner de 400 000 $ par rapport à leur objectif d’épargne individuel. Qui plus est, le taux d’endettement de cette catégorie de travailleurs est de plus en plus important. Il existe d’autres raisons de retour au travail, encore moins positives que celle des besoins financiers, par exemple, les pressions familiales ou le fait de ne plus être aidant naturel.

En 2013, une modification législative a imposé à ces ex-retraité·e·s d’opter soit pour la suspension de leur rente et la cotisation à nouveau au régime de retraite, soit pour la réduction de leur rente proportionnellement au temps travaillé. Souvent, le retour au travail des cadres se fait sous le statut d’emploi de « contractuel » ou de « travailleurs autonomes ». La raison en est simple : ce subterfuge leur permet de ne pas cotiser au Régime de retraite personnel d’encadrement (RRPE), ce qui n’est pas sans conséquence sur la santé dudit régime. Le Conseil du Trésor planche actuellement sur un projet de rééquilibrage entre « les besoins des employeurs dans un contexte de départs massifs à la retraite et de pénurie de main-d’œuvre et la santé financière des régimes de retraite  ». On peut douter – quel préjugé ! – qu’il soit favorable aux travailleurs, à l’heure où les travailleuses et travailleurs pauvres sont de plus en plus nombreux.

Popularité des aîné·e·s

Les futurs employés aînés sont ciblés par certaines entreprises, et ce, pour certaines qualités qu’ils et elles posséderaient. À ce titre, Wal-Mart affirme que les aînés sont loyaux, disciplinés, rigoureux et ont le sens du devoir. Cette entreprise occupe la 9e place des meilleurs employeurs canadiens des travailleuses et travailleurs de 50 ans et plus, et la catégorie des personnes âgées entre 63 et 75 ans représente 10 % de sa masse salariale. Home Dépôt et Rona apprécient particulièrement les anciens retraités passionnés du bricolage en raison de leur expérience, fiabilité, maturité, sens du service à la clientèle, flexibilité et diversité. 25 % des salarié·e·s de Home Dépôt ont 50 ans et plus. Tim Hortons tient à peu près le même discours et affirme apprécier le fait que les anciennes et anciens retraités sont flexibles, chaleureux, amicaux et traitent les clients comme des membres de leur famille. Pour maintenir l’intérêt de leur nouveau type de salarié·e·s, cette entreprise leur offre des services de santé ainsi que des bourses d’études pour leurs petits-enfants…

Quel avenir ?

Le retour au travail des aîné·e·s pourrait permettre d’éviter les défis imposés par le vieillissement de la population active. Sans aucun doute, ces « nouveaux » travailleurs pourront contribuer à la communauté et à la société, notamment en transférant leurs connaissances, leurs compétences techniques et leurs savoir-faire.

Cependant, il ne faut pas ignorer que l’un des motifs de retour au travail concerne les besoins finan­ciers, et ce, pour 71 % des aîné·e·s. Il est nécessaire de souligner que ces travailleuses et ces travailleurs, si la réforme législative va en ce sens, pourraient jouer un rôle positif sur l’état désastreux du régime de retraite public. Il convient toutefois de ne pas oublier que les aîné·e·s sont aussi parfois l’objet d’âgisme, voire sont accusés de voler des jobs !

P.-S.

Photo : Simon Pagé

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