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Marcel Saint-Pierre

Une abstention coupable : Enjeux politiques du manifeste Refus global

Yvan Perrier

Une abstention coupable : Enjeux politiques du manifeste Refus global, Marcel Saint-Pierre, Montréal, M éditeur, 2013, 122 p.

Nous devons à Louis Gill et à Monique Audet d’avoir pris de leur temps pour que ce texte, rédigé en 1983, voit enfin le jour. Disons-le d’entrée de jeu, le livre de Marcel Saint-Pierre méritait pleinement d’être publié tant il est intéressant à lire.

Nous savons que le manifeste Refus global a provoqué beaucoup de réactions du côté des autorités politiques et des membres du clergé. Borduas a été congédié de l’École du Meuble de Montréal et contraint à l’exil pour avoir rédigé ce manifeste. Ce que nous savons moins, c’est toute la polémique que Claude Gauvreau et Gilles Héneault ont entretenue avec Pierre Gélinas du journal communiste Combat. Ce dernier accusait les automatistes d’être des « soi-disant « révolutionnaires » de la toile » et de se placer « à contre-courant du progrès de l’humanité sur le terrain économique, politique et social, ne serait-ce que par une abstention coupable – quand cela ne va pas jusqu’à des prises de position politique qui s’opposent aux revendications pratiques, aux organisations et aux partis de la classe ouvrière, représentant aujourd’hui la force ascendante du progrès  ».

Il y a quelque chose de fascinant ici : qu’ils soient de gauche ou de droite, les oracles issus du monde politique ou du clergé aiment voir leur point de vue triompher. Il y a chez eux une profonde méconnaissance de ce qui engendre l’œuvre artistique. Ils se posent en moralistes et donneurs de leçons. Leur puritanisme les amène à exercer leur tyrannie par voie de sanctions et d’admonestations. Ils veulent étouffer tout ce qui aspire au plaisir. Comme l’écrivait si bien Jean Cassou (directeur fondateur du Musée national d’art moderne de Paris) : « les dieux sociaux haïssent le plaisir. Ils le redoutent parce qu’ils y voient une manifestation de la vie. Et parce qu’ils sont tristes et que leur plaisir, à eux, est de contraindre les hommes au renoncement. » Certains signataires du Refus global ont réellement démontré par leur pratique qu’ils et elles étaient les moins disposés à renoncer à leur liberté créatrice, et ce, face aux personnes qui se spécialisent dans la production de dogmes.

À la fin de la lecture de ce livre, vous vous direz que nous sommes et restons de singuliers spectateurs et consommateurs devant l’art et les objets d’art. Devant ces manifestations créatrices, il n’y a que des interprétations subjectives concurrentes qui existent.

ARTICLE ÉCRIT PAR
Yvan Perrier

Politologue, professeur au Cégep du Vieux-Montréal

Chercheur-asssocié, Centre de recherche en droit public (CRDP), Université de Montréal

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