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Éditorial du no 54

Vagues d’homophobie

Le Collectif de la revue À bâbord !

Depuis les années 1970, les droits des personnes homosexuelles ont fait l’objet de luttes et ont été reconnus par plusieurs pays dans le monde, même s’il reste des progrès énormes à accomplir en ce domaine. La libéralisation des mœurs, la montée de l’individualisme, les luttes menées par les mouvements LGBTQIA (lesbiennes, gais, bisexuel·le·s, trans, queer, intersexe, asexuel·le·s), tout semblait concourir à un changement des mentalités, des lois et des institutions. Même l’ONU a établi une journée internationale de lutte contre l’homophobie (le 17 mai) ! Et pourtant...

Offensives des droites morales

On a pu, à une certaine époque, tabler sur l’indifférence du néolibéralisme sur le plan de la morale sexuelle. Certes, dès le début aux États-Unis, à l’ère Reagan, il faisait des adeptes dans la droite chrétienne et se couplait au conservatisme religieux.Ce que l’on aurait pu considérer comme une idiosyncrasie états-unienne n’en était effectivement pas une. Un peu partout à travers le monde, à la faveur de l’expansion néo-libérale, la droite religieuse s’est consolidée et développée. Aucune religion ne semble avoir été épargnée. De l’Inde à l’Arabie saoudite, d’Israël à l’Ouganda, de l’Espagne à la Pologne, du Canada au Nicaragua, la droite morale a le vent en poupe. Deux cibles principales dans son collimateur : le droit à l’avortement et l’homosexualité.

Ces derniers mois, on a vu le durcissement des législations concernant l’homosexualité dans la virile Russie militariste de Poutine, ou en Ouganda, où la délation et le outing ont été érigés au rang de devoir civique. En 2013, en France, on a pu voir une mobilisation de tout ce que le pays compte de forces conservatrices contre le « mariage pour tous ». Des skinheads en Doc Martens et croix gammées défilaient ainsi aux côtés d’aristocrates bon chic bon genre pour revendiquer le droit de tous et toutes à avoir « un papa, une maman ». Aujourd’hui, ce sont les enseignements concernant les stéréotypes sexistes (la « théorie du genre » qui soutient, oh horreur !, que le genre est une construction sociale et non un donné naturel, ce que Simone de Beauvoir écrivait il y a d’ailleurs fort longtemps) qui mobilisent ces mêmes personnes.

Ce durcissement des législations se nourrit des préjugés homophobes, transphobes et sexistes présents dans les sociétés et soutient des comportements violents à l’égard des personnes LGBTQIA, un peu à la manière dont les discours racistes finissent par légitimer des actes racistes. En France, on a assisté à une recrudescence importante des attaques homophobes pendant les mois de mobilisation contre le mariage pour tous. Un peu partout à travers le monde, des lesbiennes subissent des « viols correctifs » pour les ramener dans le droit chemin de l’hétérosexualité. En Europe de l’Est, les marches de la fierté sont attaquées par des néonazis sous l’œil indifférent de la police. Même à Montréal, ville renommée pour sa tolérance, on assiste à une recrudescence des agressions homophobes.

L’affaire de toutes et tous

Les atteintes aux droits des personnes LGBTQIA ainsi que les violences à leur égard doivent être combattues par toutes les personnes éprises de justice, d’égalité et de liberté. Ce sont là des actes inadmissibles en eux-mêmes, car toute atteinte à la dignité d’une personne est une atteinte à la dignité de l’humanité. Mais ce sont également des indicateurs d’une offensive en règle des droites religieuses, morales et conservatrices contre ce qui menace à leurs yeux l’ordre social et moral, incarné dans la famille patriarcale traditionnelle.

Cela concerne les LGTBQIA, mais aussi tous ceux et celles qui divergent de la norme genrée, ou qui la refusent : les femmes à moustache, les mères de famille monoparentale, les couples polyamoureux, ceux qui ont fait le choix de ne pas avoir d’enfants, etc.

Il faudrait donc éviter de laisser aux seul·e·s LGTBQIA le soin de dénoncer cette montée de l’homophobie. Souvenons-nous du poème du pasteur Niemöller, popularisé par Bertolt Brecht, concernant la répression nazie. Cette recrudescence de l’homophobie nous concerne toutes et tous.

Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit. Je n’étais pas communiste

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit. Je n’étais pas syndicaliste Quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit. Je n’étais pas juif

Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai rien dit. Je n’étais pas catholique

Et, puis ils sont venus me chercher. Et il ne restait plus personne pour protester.

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