L’homme aux bras de mer

No 73 - février / mars 2018

Thomas Azuélos et Simon Rochepeau

L’homme aux bras de mer

Thomas Azuélos et Simon Rochepeau, L’homme aux bras de mer, Paris, Futuropolis, 2017, 175 pages.

Se jeter à l’eau sans espoir de retour. C’est ainsi qu’il faut comprendre le quitte ou double de cinq Somaliens qui, ensemble, le 4 avril 2009, ont pris la mer sur une embarcation rapide sans même avoir d’essence pour revenir – aucune marge de manœuvre ! Ces anciens pêcheurs, qui crevaient de faim, acculés à ramasser des restes de coquillages laissés par la mer pour calmer leurs ventres vides et contraints d’accepter des expédients pilotés par de petites mafias locales, deviennent, épisodiquement, « pirates » d’un nouveau genre. L’opération a lamentablement échoué. En effet, au lieu du porte-conteneurs prévu, leurs échelles étant trop courtes, ils ont dû se tourner, à court de carburant, sur un voilier français qu’ils rançonnent maladroitement. L’opération tourne mal avec l’intervention d’un commando de la Marine française qui aboutira à la mort d’un skipper français par accident ainsi que de deux pirates en herbe. Les trois autres, incarcérés à Rennes, sont finalement accusés en 2013 et encourent la perpétuité…

Mohamed, l’un d’eux, contre toute attente, parle français et comparaît libre ! Ce livre réalisé au lavis avec du noir et du bleu prend les marées, la mer et transpose avec une fluidité fascinante la trajectoire de cet ex-pêcheur englué dans un procès international. Il témoigne également de cette trame de fond qu’est l’entraide humaine avec comme exemples Maryvonne, une visiteuse bénévole en prison et des organismes tels La Cimade et Emmaüs pour épauler, sans condition, un innocent. La phrase « Dans ma mère j’entendais déjà la mer » ouvre ce récit en nous transportant loin derrière le fait divers et les apparences par les premiers mots d’une communication exceptionnelle. Le livre encourage à se reconnaître frères et sœurs par-delà des tractations politiques qui écrasent le monde ordinaire dépouillé ultimement d’un semblant de justice…

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