Reprendre parole. Entrevue avec la maison d’édition Diverses Syllabes

No 86 - Décembre 2020

Reprendre parole. Entrevue avec la maison d’édition Diverses Syllabes

Nouvelle maison d’édition fondée à l’été 2020, Diverses Syllabes a soulevé un grand intérêt dans le milieu littéraire et au-delà. À bâbord ! a rencontré trois des co-fondatrices.

Version intégrale de l’entrevue parue dans le numéro 86 de la revue.

Avec Sayaka Araniva-Yanez, Brintha Koneshachandra et Paola Ouedraogo

Propos recueillis par Alexis Ross

ÀB !  : Pourriez-vous d’abord nous parler un peu de vous ?

Brintha Koneshachandra : Je suis doctorante en histoire à l’Université de Montréal, je suis tamoule française, arrivée ici en 2017, et je travaille en histoires urbaine, afro-américaine, et afro-canadienne. À côté de ça, je suis artiste illustratrice, j’écris des textes et je fais de la traduction de temps à autre. Et maintenant, je suis aussi co-fondatrice de Diverses Syllabes.

Paola Ouedraogo : Je suis doctorante en études littéraires depuis le mois de septembre [2019], à l’UQAM. Je travaille principalement sur un corpus afro-caribéen, donc ça fait un moment que je me spécialise sur les littératures africaines et antillaises francophones. Ça fait six ans maintenant que je suis là [au Canada]. Mon but dans la vie, c’est de faire connaître cette littérature que j’affectionne particulièrement. Il y a là-dedans une dimension personnelle, puisque je viens des Antilles et que j’ai des origines africaines : j’essaie d’aligner ça dans mes recherches. Depuis août, je suis dans le projet de Diverses Syllabes, comme co-fondatrice.

Sayaka Araniva-Yanez : Je finis mon bac en études littéraires à l’UQAM. Je suis d’origine salvadorienne, mes deux parents viennent du Salvador, mais moi je suis née ici. Toute mon éducation a vraiment été québécoise. Je suis aussi artiste multidisciplinaire. Je m’intéresse surtout au numérique, aux dispositifs médiatiques, à l’influence des algorithmes qui peuvent venir cloisonner des personnes racisées ou en minorité de genre. Je suis depuis août à Diverses Syllabes, mais j’avais déjà eu accès à des petites bribes de projet, parce que j’ai connu Madioula [Kébé-Kamara, fondatrice et directrice générale de la maison] pendant mon parcours au bac. J’étais déjà au courant de ce rêve, qui maintenant est réalité, heureusement.

ÀB ! : Ce rêve devenu réalité, comment le définiriez-vous ?

Paola : Diverses Syllabes est une maison d’édition par et pour les femmes racisées et les personnes minorisées dans le genre. On part d’une perspective féministe intersectionnelle et queer, qui veut permettre plus de parité dans le milieu littéraire. C’est un projet qui vise à s’opposer aux discriminations qu’il peut y avoir, à contrer l’homogénéité en diversifiant, en incluant davantage de voix. Des voix qu’on n’entend pas, pas seulement parce qu’elles sont invisibilisées, mais aussi parce qu’elles ne vont pas se donner le droit d’accéder à la littérature. Madioula aime dire que nous sommes des créateurs et des créatrices d’opportunités. L’idée, c’est de donner la parole directement aux personnes marginalisées, au lieu de se contenter simplement de récupérer cette parole.

C’est important aussi de mentionner que dans notre équipe, il y a des personnes issues des minorités de genre, que Diverses Syllabes est une maison qui est par et pour les femmes racisées et les personnes minorisées dans le genre. On se veut un environnement inclusif, donc ces voix-là aussi doivent se reconnaître dans nos discours.

ÀB ! : Dans une publication faite sur les réseaux sociaux de Diverses Syllabes, votre camarade Emanuella Feix affirmait qu’il ne fallait pas parler d’inclusion, mais de normalisation [1] . Vous voulez donner à voir des choses qui existent déjà ?

Paola : Oui, tout à fait. On ne voulait pas parler à la place d’Emanuella, donc on lui a demandé ses précisions là-dessus. Elle parle de normalisation en partant de son expérience personnelle durant ses études de lettres, au Brésil. Elle explique qu’elle a étudié seulement deux autrices pendant son parcours, et qui étaient des autrices blanches. L’argument invoqué était que le canon littéraire s’impose par sa qualité et son universalité. Emanuella souligne que c’est une drôle d’expérience pour elle, en tant que femme racisée originaire des milieux marginalisés, parce que ses références et ses valeurs littéraires en venaient à être basées sur un univers auquel elle n’a jamais appartenu, qu’elle ne connaissait pas, et qu’elle contestait, finalement. Ça lui a pris pas mal de temps avant d’avoir accès à d’autres voix, vécus et sentiments qui ressemblaient aux siens. Et finalement, ça lui a pris du temps avant qu’elle puisse carrément se reconnaitre en tant que sujet, et comprendre que ce qu’elle avait à dire était tout aussi valide.

Pour Emanuella, et je pense que c’est un peu la vision qu’on partage toutes dans la maison, ces voix-là existent, parce que les personnes existent. Et, simplement, il faut se battre contre le manque de représentation qui devient un discours dominant, homogène, qui colonise les terres, les corps, les savoirs. Notre mission est de promouvoir un espace où ces voix puissent être diffusées et partagées. Pour Emanuella, ou encore pour Madioula, l’enjeu est d’inspirer les futures générations à s’engager en littérature et à remettre en question le statu quo. C’est vraiment une démarche de normalisation de ces voix-là, et non pas d’inclusion à proprement parler. Il s’agit de mettre en avant ce qui existe déjà. C’est ce que voulait dire Emanuella. Sa posture est celle d’une femme noire au Brésil, et ces enjeux-là sont aussi importants là-bas.

ÀB ! : Qu’est-ce qui vous a amenées à vous dire que le projet de Diverses Syllabes était nécessaire, et que c’était le temps de s’y lancer ?

Brintha : On a tous et toutes eu des discussions, lors des événements [de l’été 2020, avec les mouvements de dénonciation d’agressions sexuelles], et c’est à suite de ces discussions qu’on a compris qu’il y avait un manque. Le constat était que le mouvement même de dénonciation n’est pas assez diversifié, qu’il reste assez mainstream. Il y a encore des voix qui ne sont pas entendues. Ce n’est pas qu’elles n’existent pas, c’est qu’elles sont invisibilisées. Il y a certaines voix qui vont émerger et d’autres qui vont rester encore silencieuses. Ce qu’on a voulu faire, avec le projet, c’est de déplacer le regard vers des réalités qui ne sont pas nécessairement représentées par la majorité, notamment dans les portraits qui sont faits dans les médias. On veut donner une plateforme à ces personnes-là pour qu’elles puissent s’exprimer directement, sans courir le risque de voir leurs propos déformés de manière à justifier un récit qui ne leur appartient pas.

D’un point de vue personnel, ce qui m’a poussée à rejoindre Diverses Syllabes (je pense qu’on s’accorde aussi un peu toutes sur ça), c’est que j’ai toujours été une personne active dans la dénonciation de différentes formes d’injustices sociales, que ce soit par des textes, des illustrations ou même en essayant de confronter les propos problématiques tenus dans différents cercles. Je me suis aperçue qu’en fait, moi, avec mes petites initiatives de dénonciation ici et là, même si c’était important, ça n’apportait pas forcément une solution concrète à un problème qui est concret et profondément ancré dans nos sociétés. C’est cette situation d’urgence, couplée à mes expériences personnelles de discrimination, qui m’a poussée à rejoindre Diverses Syllabes. Le besoin d’avoir une réponse concrète à des problèmes concrets.

Sayaka : Diverses Syllabes, comme je l’ai dit, c’est déjà un projet dont j’avais discuté avec Madioula. Je me souviens qu’on discutait de ce qui faisait qu’on ne pouvait pas se lancer déjà. On se disait qu’on n’avait peut-être pas la légitimité qu’il fallait. Étant des femmes racisées, au bac, avec un manque d’expérience, on se disait que c’était impossible de conduire ce projet, peu importe à quel point il reposait sur des bonnes intentions ou des injustices réelles. Et puis [avec les mouvements de dénonciations des violences sexuelles, mais aussi raciales], on s’est rendu compte qu’il y avait une urgence, en fait. Ce n’est pas un problème qui est né du jour au lendemain, c’est un problème qui est toujours resté là, mais à un moment donné l’urgence est déclenchée par l’accumulation. C’est comme ça qu’avec Madioula, on s’est rendu compte que c’était le bon temps pour démarrer des conversations.

Comme Brintha le dit, il faut encourager le dialogue, il faut que tous et toutes puissent se voir et se parler, sans avoir peur de voir leur expérience réappropriée, ou qu’il y ait une certaine capitalisation de leur souffrance ou de leur colère. Ce qui m’a le plus frappée [lors des dénonciations de cet été], ça a été de voir l’instrumentalisation des expériences par le dispositif des médias, de voir que dans ces vagues et ces mouvements politiques, il y avait comme une valeur utilitaire qui avait été accordée à certaines expériences. Et dans cette valeur utilitaire, pour moi, il y a une violence, parce que c’est comme ça qu’on invisibilise l’essence de l’expérience. On ne va pas se cacher le fait que les luttes sociopolitiques, souvent, ça parait bien sur un CV de personnalité. De dire qu’on mène des luttes, ça nous rend politiquement corrects. C’est pour ça que ces luttes sont instrumentalisées : elles deviennent des accessoires pour certaines personnalités.

Tandis que pour les personnes qui sont aux marges, qui sont en état de minorité, ce n’est pas une question d’accessoire : c’est une question de survie, c’est un combat qui est mené à tous les jours, qui a été mené par les gens avant nous. Il y a un choc entre l’instrumentalisation et la survie. Nous, on n’a pas le luxe de dire qu’on mène des luttes socio-politiques tout simplement pour les mener, ou pour nourrir un CV de personnalité. Ça fait partie de notre quotidien, de qui nous sommes.

Je pense que la mission de Diverses Syllabes, c’est de réitérer l’importance des luttes pour chaque individu ou chaque groupe qui est en état de minorité, et de participer à ces combats plutôt que de les idéaliser.

Paola : On a pu le constater, avec la montée des mouvements Black Lives Matter (BLM) notamment : il y a cette espèce de performance sur les réseaux sociaux (certains parleront d’activisme de réseaux sociaux) qui fait que des personnalités publiques vont se sentir obligées de prendre position par rapport aux débats. Certes, c’est important de prendre position, mais il y a une volonté de se donner un certain crédit, comme un ethos en prenant ces positions-là. Ce sont des prises de positions qui ne sont pas toujours désintéressées, alors que justement les personnes concernées, elles, le font parce qu’elles n’ont pas le choix, parce que c’est une question de vie ou de mort, littéralement.

Je me suis jointe au projet de Diverses Syllabes parce que c’était pour moi la solution concrète qui s’imposait dans le moment, c’était la continuité de choses qu’on pensait depuis longtemps, de prises de positions que j’avais personnellement. Je me suis toujours insurgée contre les injustices sociales. J’ai toujours conçu ma résistance personnelle comme passant à travers ce que j’étudie, ce que je choisis de mettre de l’avant dans mes cours. Dès que j’en avais l’occasion, j’étudiais des auteurices racisé·e·s qui avaient des choses à dire. J’ai fait un travail, dans un cours, sur le Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire, des choses comme ça. Je pouvais me dire : ces personnes-là, on ne les étudie pas, mais moi je vais les étudier. C’était ma petite résistance personnelle. J’aime dire que je fais un peu de la propagande d’auteurices, de la propagande positive : dès que j’ai l’occasion de parler des autrices que j’étudie, je le fais. D’ailleurs si tu veux lire Gisèle Pineau, je t’invite à le faire ! [rires] Tout ça, c’était au plan personnel, les actions que moi je posais, les discussions que je pouvais avoir dans mon quotidien pour essayer de faire évoluer certaines mentalités.

Et là, Diverses Syllabes, c’était pour moi le summum, une action concrète, quelque chose qu’on peut faire pour changer les choses dans le milieu. Je pense que [cet été,] c’était une période où tout le monde a été ébranlé, tout le monde avait vraiment la rage d’agir, de faire quelque chose. C’est pas mal autour de ça qu’on s’est retrouvées.

Sayaka : La rage venait aussi de constater que pour certaines personnes c’était un éveil, tandis que nous, on vit ça depuis longtemps.

Brintha : Oui !

Sayaka : Les gens, souvent, me disent que le mouvement ou la mobilisation ont commencé à l’été avec BLM, mais le mouvement BLM ça fait longtemps qu’il est là ! Ce n’est pas cet été qu’il est apparu de nulle part. Donc je pense que cette rage est très justifiée.

Paola : Même pour les mouvement de dénonciation des agressions sexuelles, ça n’a pas attendu #metoo pour se faire, c’est juste qu’on n’entendait pas ces voix-là avant. Les voix ont toujours été là, BLM a toujours été là, mais il a fallu George Floyd pour que beaucoup de gens réalisent que ça continue d’exister, que ça existe. Comme tu dis, c’est l’éveil contre le vécu.

ÀB ! : Quand le projet de Diverses Syllabes a été rendu public, ça a suscité un certain engouement. Est-ce que ça vous a surpris, est-ce que ça vous a plu ?

Brintha : Au début, même si pour moi c’était un projet essentiel, j’ai été surprise par le nombre d’allié·e·s qui se plaçaient derrière le projet. C’est positif, parce que ça montre à quel point les gens commencent à comprendre les dynamiques et les problèmes qui sont ancrés dans nos sociétés, et que nous on est là pour apporter une solution.

Sayaka : Il y a de la bienveillance, il y en a. De voir tout le support, ça fait du bien. On se dit qu’il y a de la place pour le changement, qu’on est accompagné·e·s et qu’il y a un mouvement de solidarité. Avec Diverses Syllabes, on ne veut pas juste pointer les problèmes, mais apporter des solutions concrètes. Donc, de voir que les personnes sont non seulement à l’écoute des problèmes, mais aussi ouvertes aux solutions qui sont proposées, c’est ce qui fait vraiment du bien.

Jusqu’à maintenant dans mon bac, chaque fois que je suis dans un cours et que je me rends compte que je suis la seule personne racisée, c’est violent. Alors en voyant que les gens sont capables de poser un regard sur ce problème-là, je me rends compte que c’est une réalité et que ce n’est pas à moi de me sentir bizarre parce que je suis la seule personne racisée dans ma classe : au contraire, c’est ce phénomène qui est bizarre.

Paola : Ça m’a aussi agréablement surprise de voir l’engouement suscité par le projet, de voir aussi qu’autant de personnes étaient prêtes à participer d’une manière ou d’une autre, de voir que cette performance dont on parlait n’était plus présente et que c’était vraiment de la bienveillance. Il y a eu énormément de soutien, ce qui fait qu’on en oublie aussi qu’il y a des gens que ça dérange, finalement. Mais le positif prend le dessus sur le négatif.

ÀB !  : On parle beaucoup de racisme systémique ces temps-ci, et ça fait un certain temps que toutes les violences sexistes et patriarcales sont dénoncées. Comment tout ça se traduit dans le monde littéraire ?

Paola : De l’extérieur, on peut avoir une vision un peu idéalisée. Le monde universitaire, ou littéraire, c’est un peu le monde qu’on convoite quand on débute. Et quand tu t’y retrouves, tu réalises que la vie n’est pas rose.

C’est vrai, déjà au bac, j’avais réalisé qu’il y avait ce problème-là de représentation – de présence, carrément – des personnes racisées dans le milieu universitaire, dans l’institution. Personnellement, en tant que femme antillaise, j’ai constaté très rapidement qu’il y avait peu de personnes comme moi autour de moi. Comme le disait Sayaka, quand on se retrouve à être les seules personnes racisées dans nos cours (ce sont des cours où il y a beaucoup de monde), c’est symptomatique d’un problème.

Tout ça part aussi du fait que le domaine littéraire, il faut le dire, reste un domaine élitiste, peu accessible à toutes sortes de personnes qui ne vont pas s’autoriser à entrer en littérature. Elles vont plutôt se tourner vers des domaines où on les attend, que ce soit l’actuariat, les finances, la santé – tous ces domaines qui ne sont pas des domaines artistiques. C’est le constat que fait Madioula aussi. Elle explique qu’elle s’est privée de son rêve littéraire pendant des années, parce qu’elle ne se sentait pas à sa place. D’un côté, il y a donc ce manque de présence de certaines personnes dans le milieu, qui part d’un problème systémique, mais qui se joue aussi au niveau personnel.

D’un autre côté, il y a dans le milieu littéraire une tendance évidente à fermer des portes aux femmes, aux personnes minorisées dans le genre ou racisées, et ainsi de suite. Le racisme, le sexisme se cristallisent dans les institutions mêmes qui supportent le monde littéraire. C’est pour ça aussi que c’est important de reconnaitre qu’il y a quelque chose de systémique là-dedans, que ce ne sont pas juste des événements isolés, pas juste des micro-agressions, pas juste du racisme ordinaire. Ce sont des choses qui sont soutenues par un système, et en l’occurrence par des institutions. Par exemple : les personnes racisées, les femmes et les minorités de genre sont peu ou pas enseignées dans nos classes, c’est un constat. Sauf dans des cours qui vont être dédiés aux corpus dans lesquels on va les inscrire : littératures des femmes, francophone, latino-américaine, etc. C’est très bien, parce qu’il faut qu’on les enseigne quelque part, simplement s’il y avait une inclusion qui était faite dans tous les cours, on n’aurait peut-être pas besoin de créer des cases comme ça. Ça ferait qu’on étudierait ces personnes-là peu importe les cours, et de diverses manières, aussi.

Ensuite, ces mêmes personnes sont peu publiées. Elles ne vont pas non plus forcément avoir le financement pour progresser dans les milieux littéraire ou universitaire. Et finalement, ce ne sont pas souvent elles qui vont rafler les prix littéraires, même quand elles sont en lice. Et, on le sait, dans le milieu littéraire, il faut avoir une certaine reconnaissance pour avoir accès au financement, pour progresser, pour être lu, étudié. Or, le prix littéraire, c’est l’instance de consécration ultime. Je pense par exemple à Maryse Condé : cette année, elle était en lice pour le prix Nobel, qu’elle n’a pas eu. Il a fallu qu’on crée un prix Nobel alternatif pour qu’elle l’ait !

Ce sont tous ces constats qui font que je parlais de cristallisation. Les personnes en question sont là, elles ont des choses à dire, il suffit de tendre l’oreille, de tendre la main, d’écouter. Tout ça va avoir des conséquences sur leurs vies, aux plans personnel, financier, symbolique, mais aussi sur la société en général : finalement, on va juste se refermer sur un discours monolithique, au lieu de valoriser une pluralité de voix qui existent et qui demandent seulement à être écoutées.

Sayaka : Avec les questions qui se rapportent aux minorités raciales ou de genre, on parle souvent de statistiques. Il y a des statistiques qui reviennent, sur combien de personnes minorisées se retrouvent dans le milieu littéraire, ou culturel. On a tendance à oublier à quel point cette quantification de la vie et des individus peut nuire. Nous, on vient répondre que ce n’est pas le nombre de personnes racisées qui compte ; pour Diverses Syllabes, ce sont les personnes racisées. On n’a pas à se défendre avec un certain nombre, un certain pourcentage, certaines statistiques, parce que les écritures sont déjà valables, en elles-mêmes.

Paola : Il faut sortir des quotas, finalement.

Sayaka : Exact. C’est une transformation qui passe par la réappropriation des récits et de l’écriture. Diverses Syllabes, c’est vraiment la résistance par la survivance.

Paola : On réduit les discours qui ont trait à ces personnes-là à des questions statistiques, on rattache la question de la représentation à des chiffres, parce que ça donne une crédibilité scientifique. Les gens ont besoin de ça pour comprendre qu’il y a un problème. Sans ces chiffres, c’est comme s’il n’y avait pas de compréhension ou d’appréhension, pour certaines personnes, de l’ampleur du problème. Mais si tu leur dis : « voilà, il y a tel pourcentage de personnes qui sont publiées ou non publiées », là, tout de suite, ça prend une ampleur différente. Mais il faut effectivement, comme le dit Sayaka, sortir de ça, parce qu’on parle d’une réalité : elle n’est pas obligée d’être chaque fois appuyée sur des chiffres pour être réelle.

Sayaka : La question à se poser, c’est celle de la frontière entre celleux dont on donne une représentation quantifiée et celleux qui ont droit à des représentations individualisées. Je me demande souvent qui a le contrôle de ces frontières-là, à quoi elles servent, et comment elles délimitent des différences dans les représentations littéraires. C’est complètement déshumanisant, délégitimant et invisibilisant de limiter la représentation des minorités racisées à des statistiques ou à des nombres. Après, on a ce sentiment de surveillance généralisée, et c’est pour ça qu’on peut avoir le syndrome de l’imposteur dans le milieu littéraire. La manière donc nous on se voit dans le milieu littéraire, c’est un chiffre, une statistique qui est tout le temps dans la minorité, donc on va toujours se sentir comme si on n’avait pas notre place, puisque la majorité ne nous ressemble pas.

Brintha : Ça vient avec la charge raciale.

Paola : Le syndrome de l’imposteur touche tout le monde, mais il prend une tournure différente si tu te situes dans une minorité : tu ne te sens doublement pas à ta place. C’est comme les oppressions, elles s’exacerbent.

Sayaka : Ce ne sont pas seulement des comportement internalisés, ce n’est pas juste que toi, tu te vois ne pas être à ta place…

Paola  : On te renvoie cette image-là, aussi ! Il faut se faire sa place, et c’est complexe. Il faut avoir des allié·e·s pour se faire cette place-là, des gens qui sont derrière toi. Je ne pense pas que je serais là, maintenant, si je n’avais pas eu un directeur d’études fantastique, qui m’a donné des expériences, tendu la main. Ce n’est pas tout le monde qui a la chance d’avoir quelqu’un derrière, qui pousse vers les expériences, qui réaffirme qu’on a notre place. Quand tu arrives dans le domaine littéraire ou universitaire, si tu n’as pas ces allié·e·s-là, tu n’avances pas.

ÀB !  : Comment voyez-vous le rôle de la littérature dans la transformation sociale ?

Sayaka : Je trouve que la littérature est un excellent dispositif pour diffuser des informations, des outils de réflexion critique pour contrer des systèmes comme le patriarcat ou le racisme systémique.

Brintha : La littérature, comme toutes les formes d’art, devrait être représentative de nos sociétés. Et si nos sociétés sont multiculturelles, pourquoi a-t-on une forme de narration qui domine le paysage littéraire, avec quelques exceptions ? Est-ce qu’en multipliant les voix, les réalités, les histoires dans le paysage littéraire, en offrant un meilleur accès à tous les visages de nos sociétés, à toutes les histoires, on ne combattrait pas en même temps le racisme et le patriarcat ? Est-ce qu’une partie de la solution, ce n’est pas aussi d’exposer notre société multiculturelle à toutes les histoires, toutes les voix, pour se connaitre et en fait se découvrir ? Est-ce qu’en se lisant les un·e·s les autres, on ne se rapprocherait pas de façon plus humaine ?

Sayaka : Il faut aller vers un mouvement d’opposition, ne pas partir de ce qui a déjà été construit, mais de quelque chose de nouveau. Cette opposition n’est pas contre les individus, mais bien contre des dispositifs contraignants. Comme Brintha le dit, il faut un mouvement collectif, et la littérature peut servir à illustrer nos témoignages, les témoignages de celleux qui ont été pendant trop longtemps écarté·e·s, stratifié·e·s ou complètement hachuré·e·s du paysage littéraire ou culturel par ces mécanismes statiques.

Paola : La littérature peut participer comme les autres formes d’art à une démarche de réappropriation des réalités, et permettre aux personnes qui vont dans leur vie quotidienne subir le racisme, le sexisme ou toute forme d’oppression, de devenir des sujets du discours, et non plus seulement des objets de discours. Il y a une volonté de n’être plus seulement analysé·e·s en tant qu’objets du fait littéraire, mais de devenir le sujet qui écrit.

Ce faisant, ces personnes peuvent aussi sortir des questions politiques : puisqu’elles deviennent des sujets du discours, qu’elles se réapproprient le discours, elles peuvent traiter de ce qu’elles veulent. Il s’agit d’une littérature qui a certes un aspect politique important, qu’on ne peut pas lui enlever, mais ça reste de la littérature, ça reste dans le domaine fictionnel – et finalement les personnes marginalisées ont aussi le droit de traiter de questions qui n’ont rien à voir avec toutes les luttes sociales qui les préoccupent quotidiennement. Cette démarche de réappropriation est très importante pour moi, pour nous, je pense. Elle contribue à faire avancer les luttes, mine de rien.

ÀB ! : Vous avez décidé de lancer un projet autonome à l’égard des grandes maisons d’édition existantes, mais aussi à l’égard des petites maisons par et pour les personnes racisées ou minorisées dans le genre (comme Mémoire d’encrier ou Remue-ménage). Pourquoi ?

Sayaka : Je me le suis fait demander tellement souvent ! C’est une question que les gens se posent. Pour moi, trop ce n’est pas assez ! Il y a déjà une dizaine, une quinzaine, une vingtaine de maisons d’édition qui publient majoritairement des auteurs et autrices blanches, ou des personnes qui ne sont pas en état de minorité, donc je me demande : pourquoi il y aurait un problème, une particularité à une troisième maison d’édition, qui vient avec la simple volonté de diversifier le paysage littéraire, les tablettes des librairies ?

Brintha : On veut construire du nouveau, pas seulement travailler à partir de ce qui existe déjà. On veut donner de la place à des voix nouvelles. On a plein de jeunes auteurs et autrices qui sont peu publié·e·s ou qui n’ont jamais été publié·e·s, qui n’ont pas cet espace-là.

On veut vraiment décloisonner ces frontières dans lesquelles les auteur·trice.s racisées, les femmes, les minorités de genre sont cantonné·e·s à des genres et à des sujets spécifiques. C’est ce qu’on disait : on veut sortir du misérabilisme, que les gens se sentent à l’aise de publier ce qu’ils veulent, sans devoir se limiter aux questions politiques qu’on leur attache. Par exemple, une personne immigrante n’est pas obligée de parler des défis de l’immigration ; une personne noire n’est pas obligée de parler du fait d’être noire ou du racisme. On veut vraiment sortir de l’exotisation et de la fétichisation des auteurs et autrices, qui sont en fait réduites à leurs caractères ethniques, raciaux, de genre. Il faut renouveler ce paysage littéraire qu’on a, et sortir des catégories et des modèles qui nous sont projetés et qui sont consacrés.

Paola : Il existe déjà des maisons spécialisées, oui, mais c’est important de mentionner qu’on ne s’inscrit pas dans une optique de compétition, qu’on ne vient pas marcher sur leurs plates-bandes. Il existe déjà énormément de maison d’édition qui publient d’abord des auteurices issu·e·s de la majorité ; nous on veut simplement offrir un nouvel espace pour qu’il y ait davantage de gens issus des minorités qui soient publiés, pour laisser place à des voix nouvelles, à des jeunes auteurices. Mais ce n’est pas une volonté de s’inscrire en compétition avec toutes les maisons qui existent, de pointer du doigt, ou quoi que ce soit. On serait un peu à la croisée des maisons qui sont plus spécialisées, pour offrir une autre alternative, tout simplement, parce qu’elles ne peuvent pas publier toutes les auteurices qui existent.

On ne veut pas non plus créer davantage de séparation entre les gens. Diverses Syllabes se présente comme une maison par et pour les femmes racisées et les personnes minorisées dans le genre, oui, parce que c’est important de mentionner d’où on part, quelles personnes on cherche à publier, mais notre perspective est quand même intersectionnelle : on veut intégrer toutes les voix qu’on n’entend pas au sein d’un système, ce qui va avoir pour effet de le renouveler – on l’espère en tout cas – en mettant l’accent sur la pluralité des parcours, des identités, des paroles. Mais on ne veut pas créer de nouvelles divisions ou niches ; on ne veut pas de nouveau cantonner les gens, les mettre dans des cases ; on ne veut pas être dans le séparatisme, le communautarisme, etc. Il s’agit d’offrir un nouvel espace pour qu’il y ait plus de voix qui s’expriment, justement.

ÀB ! : Quels genres de projets, de formes littéraires croyez-vous que Diverses Syllabes pourra porter ?

Sayaka : On est ouvert·e·s à tout. On ne va pas prioriser une forme littéraire plus qu’une autre, ni pousser les gens à écrire à partir de leur expérience en tant que personnes en état de minorité. Le projet, c’est vraiment d’accompagner les personnes dans le parcours littéraire de leur choix, celui qui leur semble le plus approprié. Si on parle de genres littéraires, ça pourrait être autant de la poésie que de l’essai, même de la littérature jeunesse, ou des romans graphiques. Il n’y a pas de limites, parce que ce sont justement les limites qui viendraient cloisonner les personnes, ou les pousser de façon directe ou indirecte à opter pour, disons, un essai qui parle de l’immigration.

Moi-même, je me suis questionnée longtemps dans mon cheminement créatif, à me demander s’il fallait nécessairement que je parle juste de l’expérience que mes parents m’ont transmise, par rapport à leur immigration au Canada. Est-ce que c’est seulement de ça que je dois parler, ou est-ce que je peux parler, par exemple, d’une jeune personne d’origine latino-américaine qui vit un breakup  ? On ne veut pas pousser les gens à écrire juste à partir de leur expérience. C’est sûr que l’expérience, elle va être présente, mais on ne veut pas poser des limites à l’écriture des personnes, seulement les accompagner du mieux qu’on le peut – que ce soit par le financement, le care, etc.

Paola : Puisque maintenant Natasha Kanapé Fontaine est dans notre équipe, il va y avoir de la poésie aussi. Comme le disait Sayaka, ça va être vraiment varié, on ne va pas se limiter à des genres particuliers. Le but, c’est de publier – c’est pas mal ça, je pense !

ÀB !  : Les inégalités autant que la lutte contre elles, cela implique toujours une dimension matérielle, des défis économiques, notamment : quelles sont vos réflexions là-dessus ?

Brintha : En fait, dans les institutions et dans le paysage littéraires, c’est surtout une question de volonté. Les moyens existent, mais les initiatives, elles, ne sont pas venues. C’est qu’il y a une hiérarchisation de la littérature et des voix narratives : on va mettre en avant un récit dominant qu’on pense être vendeur – parce que disons-le, c’est ça –, avec ici et là quelques voix d’auteurs et d’autrices racisées, qui deviennent supposément les quelques voix représentatives de l’ensemble des personnes racisées, dans le marché littéraire. On pense que les histoires et les voix des personnes racisées et des minorités de genre ne seront pas lucratives, et du coup on ne veut pas miser sur ces voix. C’est donc une question de volonté si, par le passé, nous sommes resté·e·s absent·e·s de ces espaces : c’est parce qu’il n’y a pas une volonté d’inclure davantage ces voix-là.

Bien évidemment, nous, en tant que nouvelle initiative, on fait face à des défis économiques et financiers. C’est pour ça qu’en ce moment, on a une campagne de sociofinancement : on a récolté un peu plus de 15 000$ sur les 60 000$ qui nous permettront, c’est important, d’être indépendant·e·s sur deux ans. On compte beaucoup sur tout le mouvement de solidarité, parce que cette initiative est aussi née d’un mouvement de solidarité. On est une organisation à but non lucratif, et on maintient une volonté de ne pas dépendre des institutions.

Si on veut tenir sur la longueur, il faut aussi qu’on ait accès à certains fonds publics, et donc il y a des conditions qu’il faut qu’on respecte dans tout ça. On a pour objectif de publier cinq livres par au moins trois auteurs ou autrices différent·e·s, pour ensuite avoir accès aux fonds gouvernementaux.

ÀB !  : Voyez-vous des limites ou des dangers au fait d’éventuellement vous appuyer sur les subventions, avec les conditions que cela impose ?

Sayaka : Non. Parce qu’on sait qu’au fond, ça reste une entreprise qui nous appartient. C’est-à-dire qu’on va être prêtes à investir dans ce projet à partir de nos propres poches. Il ne faut pas avoir peur, parce que l’indépendance, c’est aussi de pouvoir subvenir à nos propres besoins par nos propres moyens ; c’est de ne pas seulement dépendre des campagnes ou des fonds gouvernementaux, mais d’être prêtes à prendre ce risque. C’est un grand risque, mais tous ces projets de grande envergure ont leurs risques. C’est toujours dans l’idée de garder le projet vivant.

Et comme Brintha le disait, on a toujours une perspective qui reste réaliste. On a des personnes qui travaillent dans le but d’optimiser le financement, de s’assurer qu’on ait des marges, pour que chaque niveau soit réaliste et qu’il y ait des étapes à suivre pour se rendre au prochain.

Paola : Si on a cette campagne de sociofinancement, c’est parce qu’on veut rester indépendantes, ne pas dépendre des banques, de prêts, etc. Mais c’est aussi parce qu’on se donne pour mission de rémunérer nos auteurs et autrices à leur juste valeur. On sait que la situation des écrivains et écrivaines au Québec est assez précaire : c’est un statut qui rapporte peu, qui ne permet pas de vivre de la littérature (il faut avoir un emploi à côté) ; c’est un cercle vicieux de précarité chez les auteurices, et encore plus chez les personnes issues de populations marginalisées. On veut contrer ce système-là, dans lequel les personnes racisées, minorisées dans le genre, et les femmes sont souvent poussées à faire du travail gratuit.

C’est un problème qu’il faut souligner : il y a dans le milieu littéraire beaucoup de travail invisible, gratuit, du bénévolat qui prend du temps et qui fait qu’on ne peut pas forcément investir ce temps-là dans d’autres choses, et donc qu’on n’a pas assez de revenus. C’est un problème qui se pose pour tous et toutes, mais c’est important de mentionner quand tu es en situation de minorité, on va plus facilement te demander ça. Les écarts salariaux sont là, il faut le dire.

On veut essayer de contrer ce cercle vicieux. Le mandat qu’on a, c’est d’assurer une rémunération plus intéressante, pour que ces personnes puissent se consacrer à leur activité littéraire sans se retrouver dans la précarité en fin de mois. Ça sera un peu notre apport, notre pierre à l’édifice.

Sayaka : Souvent, les auteur·trice·s sont idéalisées : on pense que ces personnes-là n’ont pas une vie qui se détache de leur carrière d’écrivain·e·s, qu’elles n’ont pas des familles, des enfants, d’autres occupations. Ce sont des êtres humains, et donc je pense qu’il faut rester attentifs et attentives aux besoins de chacun·e, dès qu’on le peut.

ÀB !  : Ce n’est donc pas qu’une question symbolique, il est question de donner les moyens d’écrire à celles et ceux qui veulent écrire ?

Paola : Ça n’a rien de symbolique. Ce sont des engagement qu’on prend maintenant, mais pour y parvenir, il faut qu’on ait ce financement nécessaire. Ça ne dépend pas que de nous, mais on s’engage à donner les moyens de créer et le temps de se consacrer à la création. C’est le problème du temps : on dit que le temps, c’est de l’argent, et malheureusement, c’est une réalité dans nos sociétés. Le temps est monétisé. Et donc, il faut trouver une manière de faire marcher ça.

ÀB !  : Quand on est critique des rapports de pouvoir dans l’institution, j’imagine que ça implique d’autres manières de fonctionner à l’interne, sur le plan de l’organisation, de l’édition, etc. Quelles sont les manières de faire qui sont importantes pour vous, et qui représentent un changement significatif ?

Brintha : Ça concerne le pouvoir décisionnel. On décide ensemble des étapes à suivre, on est toujours consultées. Madioula Kébé-Kamara est la fondatrice et la directrice générale de Diverses Syllabes, mais il reste qu’on travaille en équipe, ensemble, et que les décisions passent par toutes les co-fondatrices : on a aussi notre opinion à donner sur tout ce qui est décidé, on se concerte. Ce n’est pas rien.

Paola : C’est un fonctionnement horizontal. Bien sûr, il y a une certaine hiérarchie dans la mesure où on a une directrice, mais chaque personne a sa voix au chapitre. On ne fait pas des choses sans consulter les autres membres, tout passe par le comité.

Sayaka : On n’a pas une surveillance internalisée, on n’a pas cette peur d’être constamment surveillé·e·s dans chacun des pas qu’on entreprend, individuellement ou collectivement, et ça nous assure une liberté de création, la possibilité de s’épanouir en tant qu’individus au sein de Diverses Syllabes. Autant on souhaite que les auteurs et autrices puissent s’épanouir, autant nous-mêmes on s’épanouit.

Paola : On met chacun·e de nous dans ce projet-là, ça nous touche personnellement. C’est donc important qu’on soit sur un pied d’égalité ; qu’on se sente à l’aise de communiquer certaines craintes, de discuter des choses ensemble ; qu’il y ait de la conversation, une communication interne, pour qu’on relève tous les défis qui vont se mettre sur notre route.
Sayaka : Le fait qu’on soit plusieurs c’est bien, parce que on se complète. Même si on est toutes et tous sur un pied d’égalité, on a tou·te·s des compétences différentes. C’est bien de savoir que, par exemple, Brintha est artiste, et donc qu’on peut compter sur elle pour des pages couvertures. D’autres personnes sont peut-être plus dans l’organisation, la production, la coordination, la comptabilité, etc. C’est bien de savoir que dans cette pluralité-là, on peut retrouver une richesse de compétences.

Pour contribuer
On peut faire un don sur GoFundMe en vue de soutenir l’indépendance de Diverses Syllabes.

Suggestions de lecture
Brintha Koneshachandra suggère :

  • Kama La Mackerel, Zom-Fam, Montréal, Metonymy Press, 2020.
  • Aimee Nezhukumatathil, Miracle Fruit, North Adams, Tupelo Press, 2003.

Paola Ouedraogo suggère :

  • Maryse Condé, Moi, Tituba, Sorcière… Noire de Salem, Paris, Gallimard, 1988.
  • Gisèle Pineau, Mes quatre femmes, Paris, Philippe Rey, 2007.

Sayaka Araniva-Yanez suggère :

  • Gloria Anzaldúa, Borderlands/La Frontera : The New Mestiza, San Francisco, Aunt Lute Books, 1987.
  • Alejandra Pizarnik, Les travaux et les nuits, Paris, Ypsilon éditeur, 2013 (1965).

[1En référant à une phrase de la réalisatrice et scénariste Shonda Rhimes.

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