Poursuivre la lutte

No 64 - avril / mai 2016

Front commun 2015

Poursuivre la lutte

Début mars, la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) a reeté l’entente de principe intervenue avec le gouvernement Couillard en décembre dernier. Cette entente était insatisfaisante pour les 110 000 travailleuses et travailleurs des syndicats du secteur public de la FSSS.

Le comité de négociation et l’exécutif de la FSSS-CSN se sont retrouvés devant une alternative le 18 décembre 2015 face à l’annonce de l’entente de principe intervenue avec le gouvernement Couillard.

La première option était de reconnaître que nous n’avions pas atteint les objectifs de négociation que nous nous étions donnés, mais tout de même inviter notre monde à recommander l’entente de principe. La deuxième option était d’indiquer à nos délégué·e·s que nous étions prêts à nous battre et à poursuivre la négociation, si nos membres se disaient prêts eux aussi à continuer la bataille. La direction politique de la FSSS-CSN a choisi de présenter la deuxième option aux délégué·e·s, tout en étant très claire que cette décision entraînerait un lot de défis.

Un mandat clair de lutter contre l’appauvrissement

Avant d’aller plus loin, il est important de comprendre le mandat que nous nous étions fixé en juin 2013 concernant la négociation pour le renouvellement de notre convention collective. Nous avions identifié la question salariale comme une priorité. Lors de la négociation de la convention collective 2010-2015, l’élément le plus insatisfaisant pour nos membres, selon le bilan de la négociation, était celui de la négociation salariale. C’est le cas pour les membres de la FSSS-CSN, mais aussi pour ceux des autres organisations syndicales du Front commun.

Ce n’est pas surprenant. Lorsqu’on regarde les chiffres de près, on ne peut que constater un appauvrissement pour la plupart des travailleuses et travailleurs. De 2003 au 31 mars 2015, période de la dernière convention collective, l’augmentation salariale cumulative est de 16,61 %. Pendant la même période, l’inflation, elle, a augmenté de 21,66 %. Cette différence de 5,05 points de pourcentage révèle ceci : l’inflation a progressé davantage de 30,4 % par rapport aux salaires.

Prenons l’exemple d’une salariée qui gagnait 30 000 $ par année en 2003. Au 31 mars 2015, son salaire était de 34 983 $ (+ 16,61 %). Or, pour maintenir exactement le même niveau de vie qu’en 2003, il aurait fallu que son salaire soit de 36 498 $ (+ 21,66 %). Donc en 2015, le pouvoir d’achat de cette salariée avait diminué de 1 515 $. Lorsqu’on est bas salarié, c’est un manque à gagner significatif.

Pour une professionnelle qui gagnait 60 000 $ en avril 2003, les mêmes pourcentages s’appliquent. Dans son cas, cela représente un appauvrissement de 3 030 $ par rapport à 2003.

C’est donc dans ce contexte que le Front commun a convenu de faire de la question de l’augmentation de la rémunération (dont l’essentiel passait par une augmentation salariale) sa priorité dans les négociations avec le gouvernement.

Nous poursuivions ainsi trois objectifs avec notre demande d’augmentation salariale de 13,5 % sur 3 ans. Le premier était de couvrir l’augmentation du coût de la vie (l’équivalent de 2 % par année pendant 3 ans). Le deuxième était d’amorcer un rattrapage salarial par rapport aux autres secteurs d’activités (encore 2 % par année, ce qui permettait de réduire substantiellement cet écart). Enfin, permettre un très petit enrichissement de 0,5 % par année, et ce, sous forme de montant fixe. Notre demande d’augmenter les salaires de 13,5 % sur 3 ans s’explique ainsi sans difficulté. Après plusieurs années de perte salariale, elle est plus que légitime.

Une entente de principe insatisfaisante

La soirée de l’entente de principe, La Presse annonçait en manchette sur son site web la conclusion d’une entente de principe quant à une augmentation salariale de 9 % sur 5 ans. Comme nous le savons maintenant, les choses ne sont pas si simples. Sur les échelles salariales, tout le monde a la garantie d’une augmentation de 5,34 % en 5 ans. Près de la moitié des travailleuses et travailleurs du secteur public ont la garantie d’avoir 7,65 % sur 5 ans. Lorsque La Presse évoquait 9 % d’augmentation salariale, il était question de montants forfaitaires de 1,5 % en supplément, montants qui ne sont pas inscrits dans les échelons salariaux.

Aux augmentations salariales de 5,34 % sur 5 ans, il faut ajouter, pour 2019, la relativité salariale qui vaut 2,4 % en moyenne. Autrement dit, comme il y a des groupes qui auront 10, 12, 14 % et plus, cela veut dire qu’il y a d’autres groupes qui auront moins de 2,4 %. Pour le personnel de bureau, les technicien·ne·s et professionnel·le·s de l’administration que nous représentons à la FSSS-CSN, il y a 40 % de nos membres qui vont avoir moins de 1 % avec l’exercice de relativité salariale. C’est, dans les quatre catégories du secteur public à la FSSS, plus de 40 000 travailleurs·euses avec 6,35 % ou moins sur 5 ans !

Donc, pour la plupart des travailleuses et travailleurs des syndicats du secteur public de la FSSS-CSN, cette entente de principe ne permet aucun enrichissement ni rattrapage par rapport aux autres secteurs d’activité. Pour la vaste majorité de nos membres, il y a de quoi s’inquiéter par rapport aux hausses du coût de la vie.

Divide ut regnes

De plus, le Conseil du trésor a voulu diviser pour mieux régner tout au long de cette négociation. Son comportement sur la question de l’équité salariale est un exemple frappant. Il a exigé de l’ensemble des organisations syndicales qu’elles travaillent ensemble en vue de faire une démarche de conciliation des plaintes de maintien de l’équité salariale de 2010. De bonne foi, l’ensemble des organisations syndicales ont accepté de faire le travail difficile de coordination pour avancer sur ces plaintes.

Or, parallèlement à son exigence que tout le monde travaille de concert, le Conseil du trésor approche une organisation syndicale pour lui offrir de travailler en cachette afin deDébat politique faire avancer ses propres doléances à ce sujet. L’organisation syndicale en question accepte de jouer le jeu du Conseil du trésor sans parler à ses partenaires syndicaux.

Il n’y a pas d’espace ici pour rentrer dans tous les détails et les problèmes provoqués par cette façon de faire, ce qu’il faut surtout retenir, c’est l’hypocrisie de ce gouvernement qui est prêt à tout pour arriver à ses fins. Après avoir exigé que toutes les organisations syndicales travaillent en collaboration, il tente de trouver un règlement avec un groupe, en faisant le pari qu’il peut l’imposer à tous les autres. Nous avons décidé de résister à cette imposition par la force, imposition contraire à l’esprit de la loi sur l’équité salariale.

Des perspectives pour poursuivre la lutte

Au moment d’écrire ces lignes [avant le 8 mars NDLR], 70 % des accréditations de la FSSS-CSN ont voté pour rejeter l’entente de principe. Le rejet a été proposé en informant nos membres qu’il y a des risques importants que le gouvernement veuille jouer dur. Finalement, nous avons aussi indiqué que même si le décret d’une loi spéciale n’était pas inévitable à nos yeux, il était tout à fait possible, surtout avec un gouvernement aussi intransigeant envers les travailleuses et travailleurs.

Le gouvernement indique à la CSN depuis quelques jours qu’il a l’intention de décréter les conditions de travail à la FSSS. En réponse, nous avons invité le gouvernement à s’asseoir à la table de négociations. Devant ce que nous pouvons percevoir comme de la mauvaise foi de sa part, nous évaluons la possibilité d’interpeller une tierce partie afin de forcer le gouvernement à négocier.Avec cette nouvelle ronde de négociations, nous avons un devoir de travailler contre la hausse des inégalités sociales.

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