Lumière humaine

Normand Baillargeon

Marie-Hélène Montpetit, Dans le tabou des arbres, Montréal, Tryptique, 2007.

Marie-Hélène Montpetit est poète, auteure de chansons et chanteuse. Après 40 singes-rubis (2002), elle a fait paraître Dans le tabou des arbres, un recueil d’une singulière intensité qui fait l’effet d’une bombe à bouleversement. La posture de l’auteure est celle, paradoxale, de qui aurait voulu, simultanément, vivre sans concession une très forte émotion et la décrire avec rigueur et précision. Une telle posture est au fond celle de qui voudrait se tenir à la fenêtre pour se regarder passer dans la rue. Ce livre magnifique témoigne de ce que la poésie, et elle seule, permet à ce miracle de s’accomplir et de dire ce qui se cache, tapi dans le tabou des arbres. Marie-Hélène Montpetit vit dans ces arbres comme chez elle, en oiseau fragile, souverain et apaisé, à la mémoire de feu.

La Callas me berce en l’absolu de son offrande

Sous les rameaux cernés du Cœur Saignant des hommes

Et j’attends la battue du désir

Qui torpillera de fleurs mon corps d’enfant stérile

Ici le temps est lourd stagnant et sans éclat

Comme ces cailloux

Qui refusent de déployer en moi leurs étamines

Le cœur saignant des hommes

* * *

Jacques Roumain, Bois-d’ébène suivi de Madrid, Montréal, Mémoire d’encrier, 2003.

Homme de gauche, engagé et passionné, Jacques Roumain (1907-1944) est cet immense écrivain haïtien que Dany Laferrière a décrit comme le Gaston Miron d’Haïti – ce qui donne une idée de l’importance de Roumain, à condition de souligner qu’il était également un très important romancier. La petite plaquette que publie Mémoire d’encrier pourra servir de porte d’entrée dans cette œuvre, tant elle condense quelques-uns des principaux thèmes qui y sont récurrents : l’amour, la mort, la condition des opprimés de partout et de toujours et particulièrement celle des Noirs, la révolte nécessaire et la liberté espérée. La pièce maîtresse de ce recueil est selon moi ce très beau, très fort, très lyrique et immensément émouvant « Sales Nègres », dans lequel la figure du Nègre se mue en représentant emblématique de toutes les oppressions et de toutes les révoltes nécessaires. Aucune lectrice, aucun lecteur d’À bâbord ! ne sortira indemne de cette lecture.

Et nous voici debout

Tous les damnés de la Terre

tous les justiciers

marchant à l’assaut

de vos casernes

et de vos banques

comme une forêt

de torches funèbres

pour en finir

une

fois

pour

toutes

avec ce monde

de nègres

de niggers

de sales nègres

Sales Nègres

P.-S.

Normand Baillargeon

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