De gré ou de force - Les femmes dans la mondialisation

No 26 - oct./nov 2008

Jules Falquet

De gré ou de force - Les femmes dans la mondialisation

Lu par Elsa Beaulieu

Jules Falquet, De gré ou de force - Les femmes dans la mondialisation, Paris, La Dispute, 2008, 214 p.

D’un style direct et passionné, De gré ou de force est probablement la synthèse francophone la plus radicale et accessible des rapports entre les inégalités de sexe (ainsi que de classe et de « race ») et la mondialisation néolibérale. Falquet offre une réflexion à la fois documentée et ouverte, fondée sur les études sociologiques disponibles autant que sur l’expérience de nombreux mouvements sociaux d’Amérique latine, où elle a vécu et milité. Un livre incontournable pour qui veut comprendre et déjouer les pièges et la récupération des luttes féministes et progressistes par les institutions internationales et les promoteurs de la mondialisation.

À travers les figures emblématiques des « hommes en armes » et des « femmes de service », l’ouvrage montre de manière originale précisément et en quoi les rapports inégalitaires entre les hommes et les femmes sont un des piliers du capitalisme mondialisé. Le livre montre les liens entre les restructurations économiques et l’accroissement des diverses formes de violence, de répression et de surveillance, incluant la militarisation et les violences envers les femmes. Certes, en 2008, les femmes sont très présentes sur le marché du travail et les luttes féministes ont acquis une ampleur et une légitimité mondiales, mais, paradoxalement, les femmes en général – et les femmes pauvres et racisées en particulier – sont plus durement exploitées et violentées que jamais.

Falquet décortique les stratégies des institutions internationales qui neutralisent les mouvements sociaux et récupèrent au profit du projet néolibéral la légitimité et la force transformatrice du mouvement féministe en le purgeant de ses propositions radicales. Enfin, l’auteure interpelle plusieurs mouvements sociaux progressistes et féministes parmi les plus « prometteurs » d’Amérique latine et des Caraïbes et appelle à une réflexion approfondie sur les stratégies de lutte et sur certaines contradictions internes, notamment l’erreur stratégique fondamentale que constitue la reproduction de dynamiques patriarcales au sein de certains de ces mouvements. De gré ou de force démontre qu’une intégration véritable des analyses et des pratiques féministes est essentielle pour contrer le capitalisme et la mondialisation néolibérale. La division sexuelle du travail, tant sur le marché de l’emploi, dans les familles que dans les mouvements sociaux, doit se trouver au cœur de la réflexion.

En somme, ce livre exprime de manière accessible une pensée politique et sociologique très avancée. En cela, il sera extrêmement utile tant aux activistes qu’aux chercheures. Malgré ses sombres constats sur l’état du monde, il démontre que la lutte et la pensée critique sont non seulement nécessaires, mais possibles.

« L’heure n’est pas au repli, à l’angoisse ni au pessimisme désabusé. Au contraire, il est temps de reprendre l’initiative. Car […] même dressé sur son char de guerre et paré de sa plus imposante couronne, s’il perd sa reine et ses servant-e-s, le roi est nu et il ne survivra pas une semaine. »

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