Accueil du site > No 42 - déc. 2011 / jan. 2012 > La modernité au Québec

Yvan Lamonde

La modernité au Québec

La crise de l’homme et de l’esprit

Jean-Marc Piotte

Yvan Lamonde, La modernité au Québec : la crise de l’homme et de l’esprit, Montréal, Fides, 2011, 323p.

Pour l’auteur, la modernité de la décennie qu’inaugure la grande crise économique est celle de la conscience d’une nouvelle génération qui veut être de son temps, au lieu de se prosterner devant le maître, le passé. L’abbé Lionel Groulx, l’intellectuel qui dominera le milieu nationaliste jusqu’à la Révolution tranquille, cherchera à s’adapter à ces changements.

L’Action française, fondée par Groulx en 1917, défendait, dans l’ordre, la religion et la patrie, en s’inspirant de la revue française du même nom qui professait des positions d’extrême-droite. Or, celles-ci sont condamnées par le pape. Le néo-thomiste Jacques Maritain, qui a exercé une influence déterminante sur les intellectuels «  modernistes  » du Canada français, justifie philosophiquement cette condamnation. La revue de Groulx disparaît en 1928 et sera remplacée cinq ans plus tard par L’Action nationale avec sensiblement le même leadership. André Lauren­deau, qui succéda à son père à la direction de celle-ci, fut l’intellectuel qui repensa Groulx à la lumière de Maritain et marqua ainsi tout le mouvement nationaliste de cette période.

Henri Bourassa, grand politicien nationaliste et fondateur du journal Le Devoir, change son fusil d’épaule après une rencontre privée avec le pape et devient, en 1926, un antinationaliste au nom de l’unité et de l’universalité de l’Église catholique. Les Irlandais ont conservé leur foi, même en perdant leur langue : l’union de la foi et de la langue défendue par les disciples de Groulx ne serait donc pas indispensable.

La Jeunesse ouvrière catholique (JOC), fondée en Belgique en 1925 par l’abbé Joseph Cardin, fait des petits au Québec : la JOC est créée en 1932 et sera suivie trois ans plus tard par la Jeunesse étudiante catholique (JEC). Or ces associations ne sont pas nationalistes, contrairement à l’Action catholique de la jeunesse canadienne-française (ACJC) mise en place en 1904 et qui conserve tout l’appui de Lionel Groulx.

Enfin, l’encyclique Quadragesimo anno (1931) défend le corporatisme social, l’union des ouvriers et des patrons, contre le capitalisme et contre le communisme. Cette encyclique influence les catholiques de toutes tendances, y compris le père Georges-Henri Lévesque qui attaque férocement le Cooperative Commonwealth Federation (CCF) qu’il associe au communisme. Les Jeunesses patriotes (1935), inspiré par l’extrême-droite française (Ligue des jeunes patriotes, 1924-1936), soutiennent l’indépendance du Québec au nom d’un corporatisme politique à l’image de l’Italie de Mussolini et du Portugal de Salazar. Le journal La Nation (1936-1939) de Paul Bouchard défendra des positions similaires.

L’auteur mentionne plusieurs associations et plusieurs individus qui cherchèrent à moderniser le Québec, dont l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS) créée en 1923 et le frère Marie Victorin qui s’opposèrent à la réduction de l’enseignement aux humanités gréco-latines.

L’ouvrage touffu de Lamonde trace un vaste et superficiel panorama de la nouvelle intelligentsia de cette époque. Il permet ainsi, même si ce n’est pas son propos, de mieux comprendre la nouveauté radicale du nationalisme qu’inaugure le RIN dirigé à l’origine par André d’Allemagne (1960) et dans lequel est absente toute référence à la religion.

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