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Dossier : Éthique animale - Les animaux ont-ils des droits ?

Le végétarisme

Un choix éthique envers les animaux

« L’homme est le seul animal qui peut être l’ami de ses victimes jusqu’à ce qu’il les dévore. »
Samuel Butler

Il existe plusieurs sortes de végétarismes, c’est-à-dire de restrictions alimentaires relatives aux produits issus de l’exploitation animale, qu’ils soient motivés par des raisons politiques, économiques, environnementales, sentimentalistes ou encore éthiques. En matière d’éthique animale, deux principaux courants de pensée s’oppo­sent : l’antispécisme et le welfarisme.

Origine du végétarisme

Selon le Littré, le terme végétarien vient du latin vegetus, qui signifie « sain, frais, vivant » et désigne « celui qui ne vit que de substances végétales ». Son emploi est généralisé au cours du XIXe siècle. Le végétarisme est prôné par différents mouvements religieux – bouddhisme, hindouisme – et courants philosophiques – pythagorisme, soufisme. Historique­ment, cette pratique a été soutenue par de nombreuses « personnalités » indiennes – Bouddah, Maharisji Vyasa, Mahatma Gandhi, Rabîn­dranâth Tagore – et grecques – Plutarque ou Pythagore. C’est en Inde que vivent la plupart des végétariens ; dans certaines villes saintes, la législation impose d’ailleurs le végétarisme et interdit toute consommation de viande animale (tout type de viande, incluant les poissons et fruits de mer).

Antispécisme ou welfarisme

Le végétarisme affiche sans conteste une dimension éthique, bien que celle-ci ait tendance à être voilée par les traits classiquement humaniste et ethnocentriste de notre société, dans laquelle la consommation de viande serait un acte traditionnel, commode et épicurien. Le végétarisme constitue une « éthique appliquée », pour laquelle il est possible de distinguer deux courants opposés : l’antispécisme et le welfarisme.

Pour l’antispécisme, tous les êtres vivants seraient égaux au sens moral, les animaux ne pouvant être considérés comme des ressources. Dès lors, le spécisme constitue une discrimination fondée sur l’espèce. Selon les antispécistes, dont font partie les végaliens (voir le lexique sur les régimes alimentaires pour plus de détails), il ne suffit pas de se préoccuper du « bien-être » de l’animal, mais il faut le considérer comme « être sensible », lui offrir un traitement juste, c’est-à-dire moral et équitable, et le laisser vivre « sa propre existence ». Cette approche mène logiquement à l’abolitionnisme, prescrivant l’élimination totale de l’exploitation animale, et flirte avec le mouvement prônant la non-violence.

Le welfarisme, mouvement inspiré par Henry Spira et notamment animé par Peter Singer, impose un traitement correct des animaux impliquant la satisfaction de leurs besoins intrinsèques (par exemple l’espace nécessaire à une poule pour étendre les ailes dans une cage). Les welfaristes tentent d’obtenir une amélioration des conditions de vie – ou de mort – des animaux.

Les antispécistes estiment que les welfaristes participent à la dégradation du sort des animaux en négociant avec les responsables des « mauvais traitements » infligés aux bêtes et, généralement, en se contentant de maigres progrès en matière de condition animale. Les welfaristes jugent que la mise en Œuvre de mesures concrètes à court terme constitue un gain. À titre d’exemple, les antispécistes prôneraient la fermeture des « usines à œufs », dans lesquelles les poules pondeuses en fin de carrière sont affamées et privées de lumière, puis après un certain temps, nourries de nouveau et éclairées, afin de stimuler une nouvelle période de ponte, avant d’être tuées. Dans ces conditions, il est effectivement difficile de défendre la consommation de produits issus de l’exploitation douloureuse des animaux. Selon le Nobel de littérature Rabîndranâth Tagore, si les êtres humains mangent de la viande, c’est uniquement parce qu’ils sont capables d’occulter la cruauté du geste. Les welfaristes, plus « modérés » dans une telle hypothèse, se « contenteraient » de l’amélioration des conditions de vie des poules, par exemple, en diminuant leur souffrance pendant la période de privation, sans rechercher la fermeture des « usines à œufs ». Les antispécistes seraient végétariens et auraient tendance à être végétaliens ou végaliens. Les welfaristes pourraient consommer de la viande si les conditions de vie et d’abattage des animaux répondaient à leurs critères.

La dégradation de la condition animale s’expri­me en termes de « bien-être », mais aussi – de manière plus « radicale » – avance sur le terrain de la « sensibilité animale ». Inévita­blement, le droit s’est saisi de la question, aux niveaux tant nationaux qu’international ; en effet, des législations nationales et des textes internationaux ont été adoptés au sujet de la condition animale. Des centres de recherche avant-gardistes se sont intéressés à la question de la condition animale (p. ex. le Groupe de recherche international en droit animal, GRIDA) et différentes réflexions sont menées tant sur le droit de la condition animale, le droit animal que sur les droits fondamentaux des animaux, au titre desquels se trouveraient, non pas l’équivalent de tous les droits fondamentaux reconnus aux êtres humains, mais les droits à la vie, à l’intégrité (ex. absence de torture) ou encore à la liberté.

Pour en revenir au végétarisme, il est parfois difficile de le pratiquer dans certaines parties du monde, on s’en doute. Certains parlent même de « végéphobie ». À titre d’exemple, le gouvernement français a adopté une mesure prescrivant la consommation de repas avec produits issus de l’exploitation animale dans les cantines scolaires (au moins 20 % des plats principaux doivent contenir de la viande et au moins 90 % des repas doivent contenir des produits laitiers). Face à cette législation, il est permis de s’interroger sur les pressions possibles exercées par les lobbies des industries concernées. Enfin, certains végétariens font de leur régime alimentaire une question davantage éthique que déontologique ; en d’autres termes, ils ne font pas du végétarisme une règle absolue et acceptent de consommer des produits issus de l’exploitation animale si elle est éthique, notamment en excluant la souffrance des animaux.

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