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Alain-G Gagnon

L’âge des incertitudes

Jean-Marc Piotte

L’ âge des incertitudes ; Essais sur le fédéralisme et la diversité nationale, Alain-G. Gagnon, Québec, PUL, 2011.

Tout en soutenant le droit des diverses nations à l’autodétermination, Alain-G. Gagnon ne voit pas comment la multiplicité des nations à l’échelle de la planète pourrait devenir indépendante. C’est dans ce cadre qu’il propose un fédéralisme pluraliste dans lequel la nation dominante reconnaîtrait et respecterait sur son territoire les nations minoritaires. Or ce qui domine ici et ailleurs est une conception jacobine et centralisatrice de l’État par laquelle ces dernières sont subordonnées de force à la nation dominante. L’auteur étaye ce jugement à l’aide d’exemples tirés de la nation catalogne en Espagne et de la nation québécoise au Canada.

La mondialisation des marchés, la standardisation commerciale, l’uniformisation des pratiques sociales et le rouleau compresseur de l’impérialisme culturel américain affaiblissent les États nationaux qui, en réaction, exigent des minorités nationales de taire leurs demandes jugées particularistes et de serrer les rangs derrière eux. De plus, selon Gagnon, les organisations internationales ont, depuis 1995, « délaissé les revendications formulées par les minorités nationales en tant que groupes (minorités opprimées, minorités en quête de reconnaissance, minorités sous-représentées au sein des institutions dites nationales) pour prendre plutôt la défense des individus au sein de ces minorités. »

L’auteur prend position en faveur des minorités nationales qui doivent à la fois lutter contre les forces uniformisatrices mondiales et celles à l’œuvre dans leur propre État. Il propose trois principes qui pourraient fonder des politiques de reconnaissance et d’habilitation des nations minoritaires dans le cadre d’État plurinational :

  1. la modération comme le soutenait Montesquieu ou le sens de la mesure, au lieu de la force et de la contrainte ;
  2. le respect de la dignité humaine dont l’identité est « intrinsèquement différenciée  » ;
  3. l’hospitalité des petites nations et une culture du « désaccord raisonnable », particulièrement face aux populations immigrantes.

Les politiques pluralistes d’Alain-G. Gagnon s’adressent à l’État central, mais aussi aux nations minoritaires, contrairement aux nationalistes conservateurs du Québec qui, dans la foulée de Jacques Beauchemin, préconisent un repli sur soi.

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