Le Plan Nord de Jean Charest

No 44 - avril / mai 2012

Editorial du no 44

Le Plan Nord de Jean Charest

Le pillage comme stratégie de développement

Jean Charest est désireux de passer à l’histoire. Pour faire oublier qu’il est surtout reconnu comme la tête dirigeante d’un gouvernement dans lequel gestion rime avec corruption, notre premier ministre entend laisser une image plus positive de son passage à la tête de l’État. Pour la gauche, l’héritage de M. Charest demeurera associé à ses tentatives de « réingénierie » de l’État québécois, à ses politiques en faveur du privé, à sa « révolution tarifaire » et autres legs peu glorieux. À cette liste déjà longue, il faudra ajouter maintenant le dernier né du PLQ, le désormais célèbre Plan Nord.

Chantier d’une génération pour les uns, retour à l’ère duplessiste pour les autres, le Plan Nord promet d’être, pour les années à venir, l’une des lignes de démarcations entre les partisans d’un Québec plus solidaire et ceux d’un Québec résolument converti au néolibéralisme. Ce projet, loin de correspondre aux promesses du gouvernement – la création d’emplois, le développement régional, etc. –, est voué à n’être qu’un outil de plus aux mains des multinationales minières pour se faire offrir des ressources à bon marché sur un plateau d’argent.

Rappelons que la loi sur les mines du Québec donne déjà d’importants droits à ces multinationales, faisant d’elles les propriétaires de facto de notre sous-sol ; elles peuvent de plus compter sur un système de redevances minières qui rabaisse le Québec au rang de pays du tiers-monde.

Le gouvernement du Québec prévoit investir entre 16 et 23 G$ pendant les prochaines années pour faire la promotion de l’exploitation des ressources du Québec et fournir aux entreprises de ce secteur les infrastructures nécessaires au bon déroulement de leurs opérations. Cette position du gouvernement est d’autant plus critiquable lorsqu’on se rend compte que le montant investi par l’État ne risque pas d’être compensé par des retombées équivalentes. Selon les estimations de Desjardins, le Québec pourra obtenir un retour sur investissement d’environ 14,2 G$. En clair, l’État va utiliser l’argent des contribuables pour permettre à de riches entreprises étrangères de venir exploiter à rabais nos ressources.

M. Charest prévoit donc appauvrir le Québec sous prétexte de favoriser le développement économique. De plus, le tout se déroule sans qu’une politique de protection du territoire et de la faune digne de ce nom soit mise en place.

Nous serions en droit de nous attendre à ce que, contre de si généreuses contributions publiques, l’État prenne minimalement des parts dans les entreprises concernées. Que non ! Le développement se fera par et pour les minières. Le gouvernement va même jusqu’à affirmer qu’il serait irresponsable d’exiger que les métaux extraits de notre sol soient transformés en tout ou en partie au Québec. Une telle exigence aurait comme effet de courroucer les investisseurs, ce que notre premier ministre s’évertue à éviter depuis son arrivée au pouvoir. La soumission totale aux humeurs des actionnaires est par ailleurs un véritable credo de ce gouvernement : le ministre délégué aux Ressources naturelles, Serge Simard, a même énoncé un surprenant sophisme selon lequel créer des emplois pourrait faire augmenter la pauvreté ! Le Plan Nord n’est donc pas un projet de développement économique adéquat pour les régions concernées. Pire, il risque de générer des impacts socioéconomiques néfastes comme toute politique de développement trop rapide et mal réfléchi.

En réalité, il faudrait tout remettre sur la table et réfléchir collectivement sur le projet d’exploitation du Nord québécois. Dans quelle optique et pour qui doit-il se faire ? Quelles sont au juste les ressources à exploiter si tant est que cette exploitation est nécessaire ? Comment concevoir ce projet avec la collaboration de peuples autochtones dont c’est le territoire ? Comment assurer une protection efficace de l’environnement ? Comment lier le tout à de véritables objectifs de développement régional ? Aucune de ces questions fondamentales n’est posée par le gouvernement Charest qui, au lieu d’impliquer l’ensemble de la société québécoise dans son projet improvisé, offre un grand buffet, avec bar ouvert, à ses amis.

Heureusement, la résistance s’organise. Si Jean Charest entend entrer dans l’histoire, il faudra faire en sorte que son legs soit autre chose qu’un Québec dévasté. Ce ne sont plus seulement que des organisations progressistes (syndicales, communautaires, écologistes, etc.) qui unissent leurs voix afin de contester ce mauvais plan. À travers tout le Québec, une large contestation se constitue contre les politiques de développement irresponsable du gouvernement Charest. On en appelle à reprendre collectivement possession de ce débat au nom du respect de l’environnement, du bien commun et des générations à venir.

La mobilisation comprend, et c’est une étape importante, une large manifestation prévue pour le Jour de la Terre 2012, le 22 avril prochain, qui pourrait être poursuivie par une dénonciation ferme et systématique des politiques de Jean Charest lors de la prochaine campagne électorale. Le développement économique du Québec doit être pensé sur de nouvelles bases : il ne s’agit plus de chercher à plaire à quelques grands investisseurs étrangers, mais bien de répondre aux besoins de la population québécoise, ce qui implique de ne plus voir notre territoire comme un réservoir de ressources à exploiter, mais comme une terre à habiter.

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