Écoles inuites. Apprendre sa langue dans sa langue

Dossier : Ouvrir l’école

Dossier : Ouvrir l’école

Écoles inuites. Apprendre sa langue dans sa langue

Avant que le Québec obtienne l’administration du Grand Nord, le fédéral y offrait une scolarisation exclusivement en anglais. Une fois cette compétence obtenue, la province a établi un réseau d’écoles dans toutes les communautés en offrant des classes en inuktitut jusqu’à la troisième année.

Dès le départ, les parents inuits demandèrent que le curriculum d’études assure la transmission de leur culture et de leur langue ainsi que les compétences pour survivre dans le monde contemporain. Citons le président d’un comité de parents inuits en 1970 : « On veut que l’école transmette notre langue et nos modes de vie, mais on veut avoir la possibilité d’aller au collège et à l’université. Nos communautés rêvent que leurs jeunes acquièrent les savoirs exigés pour qu’on gère nous-mêmes nos coops, nos hôpitaux, nos écoles, nos institutions. » Conséquemment, les parents ont exigé que leurs écoles continuent d’avoir une double orientation (inuite et universelle). Outre l’apprentissage de la langue, la survie dans la toundra, la chasse et la pêche sont au programme.

À Ivujivik et à Puvirnituq, on organisa alors la formation des maîtres inuits en collaboration avec l’Université McGill et l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Le personnel enseignant inuit fut syndiqué et bénéficia des mêmes avantages que les professeurs qadlunats (non inuits).

Les classes du primaire sont en Inuktitut jusqu’en troisième année. Par la suite, les élèves ont le choix d’étudier en langue seconde anglaise ou française. Plusieurs communautés ont déjà des écoles primaires. Elles offrent des classes de la maternelle à la troisième année et sont séparées des classes qui enseignent en anglais et en français. Des cours d’Inuktitut sont donnés à tous les niveaux scolaires et le curriculum en histoire et sciences sociales est fondé sur l’histoire et la vie des Inuites et des Inuits au Nunavik.

La Commission scolaire Kativik Ilisarniliriniq élabore un projet de curriculum d’orientation inuite. Toutefois, les difficultés inhérentes aux structures scolaires sont déterminantes pour l’organisation de ces écoles. Pensons au nombre d’enfants, à la grandeur des écoles (15 ou 20 classes avec 20 enfants chacune), aux horaires des professeur·e·s, aux exigences de la certification (ministère et commission scolaire) et à la situation socio-économique des communautés. Les écoles sont devenues très importantes en raison des emplois que détiennent de plus en plus de parents dans les services publics et les commerces.

Les changements dans le régime scolaire ont été incessants depuis les années 1960. Les communautés ont maintenant le pouvoir sur l’administration et l’orientation du système scolaire. Toutefois, elles font toujours face à des obstacles que sont les effets des traumatismes communautaires : entrée radicale dans la modernité, effets des pensionnats, situation économique, habitations surpeuplées et tous les problèmes sociaux qui accompagnent ces réalités.

Mais voilà qu’une nouvelle génération de jeunes, inscrits dans des programmes du collégial, se nourrit de la sagesse et de la détermination des leaders qui ont affronté, à leur manière, les pratiques coloniales sans éducation scolaire, mais avec l’acuité et la sagesse inhérente à leur culture de survie.

 

Vous avez aimé cet article?
À bâbord! vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.
Partager sur        

Articlessur le même thème