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Le Danemark, un modèle pour le Québec ?

Geneviève Bois, Benjamin Skov Kaas-Hansen

Geneviève Bois est étudiante en médecine à l’Université de Montréal. Elle a effectué un stage en santé mondiale à Copenhague. Elle s’est entretenue avec Benjamin Skov Kaas-Hansen, étudiant en médecine à l’Université d’Aarhus, pour faire connaître davantage le plus petit des pays scandinaves.

À bâbord !  : Comment décrirais-tu le Danemark en quelques mots ?

Benjamin Skov Kaas-Hansen : Je décrirais le Danemark comme un pays moderne, tranquille, innovateur et ouvert à de nouvelles solutions, mais tout de même prudent. C’est aussi un pays très « compact » et on a beaucoup investi dans l’infrastructure. Par ailleurs, nous avons véritablement une obsession à tout documenter : l’État a des statistiques sur tout. Notre modèle universel d’éducation et de santé nous définit beaucoup, tout comme le concept de « flexisécurité ». Les Danois sont très unis, mais aussi sceptiques par rapport au changement et à la nouveauté dans un premier temps. Nous avons tendance à avoir quelques très bons amis, à être proches de notre famille et à peu investir dans de nouvelles relations.

AB !  : Qu’est-ce qui est documenté ? Comment fonctionne cette base de données nationale ?

BSKH : Au Danemark, tout le monde a un numéro d’identification. Ce numéro d’identification personnel est lié à à peu près toute information imaginable : adresses présente et passées, comptes en banque, parents, dossiers au sein du système de santé, etc. Cela peu paraître un peu intense, mais c’est excessivement utile, cela nous permet d’être très efficaces du côté des services gouvernementaux, par exemple. On peut faire de la recherche sur l’utilisation des services, déterminer ce qui fonctionne bien ou non, et lorsqu’un patient déménage, tous ses dossiers le suivent. Grâce à cet outil, on peut facilement savoir si quelqu’un est aux études, par exemple, et lui verser son aide financière.

AB !  : Comment fonctionne le système de santé ?

BSKH  : Notre système de santé n’est pas parfait... mais nous avons tous un médecin de famille ! Je crois qu’une des différences par rapport aux autres est qu’on a beaucoup investi dans la première ligne. Au Danemark, ce sont des sages-femmes qui suivent toutes les grossesses normales. Même lors de l’accouchement à l’hôpital, la vaste majorité de ceux-ci se déroulent sans qu’un médecin ne soit même dans le département. Les infirmières et les sages-femmes ont une place très importante dans le système de santé. D’ailleurs, pour chaque médecin, on compte en moyenne onze autres professionnels de la santé.

Les médecins de famille sont très bien payés, généralement plus que les spécialistes. La médecine familiale est par ailleurs considérée comme une spécialité à part entière, et la spécialisation est beaucoup plus longue qu’au Québec, soit 5 ans. La qualité de vie en tant que médecin de famille semble bien meilleure aussi ! Ceux-ci et celles-ci travaillent en général de 8 h à 16 h et ne travaillent pas en milieu hospitalier.

On utilise aussi les bases de données pour avoir des programmes nationaux de dépistage et de prévention. Il y a quand même un bon investissement en matière de prévention. Nous avons des infirmières spécialisées en pédiatrie qui effectuent des visites à domicile pour chaque enfant, et ce, plusieurs fois après le retour à la maison. Si c’est une famille particulièrement défavorisée, il y aura plus de soutien, mais à la base tout le monde bénéficie de ce suivi.

AB !  : Comment est la conciliation travail-famille ?

BSKH : En ce moment, les parents ont droit à douze mois de congé, qui peuvent être séparés comme ils le veulent entre eux deux. Par contre, on considère suivre l’exemple de la Norvège et avoir une période qui peut seulement être utilisée par les pères. Il est quand même commun que les hommes prennent des congés de paternité. Ce n’est pas encore la norme, mais ça semble le devenir. Notre système de garderie est très bon, mais assez dispendieux. Par contre, si les parents sont aux études, les prix sont réduits et leur aide financière est bonifiée.

AB !  : Comment fonctionne le système d’aide financière, le système d’éducation en général ?

BSKH : Nous recevons de l’aide financière pour toute la durée normale de nos études ainsi que pour l’année qui suit. En entrant en médecine par exemple, dont la durée du programme est de six ans, on m’a accordé 84 mois d’aide financière comme maximum. L’aide financière mensuelle est accordée à tous, sans égard au salaire des parents, mais est réduite de moitié si l’étudiantE habite chez ses parents. L’aide financière mensuelle est l’équivalent d’environ 1 000 $ canadiens par mois. Pour voir son aide financière réduite, il faut avoir un salaire de plus de 16 000 $ par année, aide financière exclue. Si l’aide financière n’est pas suffisante, il y a généralement des possibilités de prêts.

Le système d’éducation est gratuit de la maternelle jusqu’à l’université. Par contre, il y a une limite de temps pour terminer un programme. Si l’on veut changer de programme, on ne pose pas de question au premier changement, mais si je voulais changer de programme une deuxième fois, il faudrait que je justifie ce changement à l’université.

AB !  : Comment est-ce que tous ses services sont financés ? Les impôts sont-ils aussi élevés qu’on le dit ?

BSKH : Nos impôts sont assez élevés, de 40 à 60 % environ. Les entreprises doivent payer 25 % d’impôts. Les taxes sont aussi de 25 %, avec une taxe particulière pour les voitures de 180 %. C’est énorme, mais nous sommes habitués. C’est ça le prix d’une voiture pour nous. Les gens jugent cela normal ; c’est là notre « normal » : on grandit en ne payant pas pour nos services alors qu’on les utilise, parce qu’on considère les avoir déjà payés. Nous sommes en général très contents parce qu’on considère avoir de bons services grâce à nos impôts. Par contre, nous avons des attentes élevées envers ceux-ci.

AB !  : Pourquoi est-ce que l’on devrait vouloir tendre vers ce « système scandinave » ? Et comment peut-il être amélioré ?

BSKH : En danois, on dit « les épaules larges devraient porter le poids  ». Je crois qu’en tant que société moderne, on devrait s’assurer de ne laisser personne à la marge et de donner à chacun ce dont il a besoin. Du point de vue d’un étudiant en médecine, je pense que d’avoir un système redistributeur est nécessaire pour réduire les inégalités sociales et les problèmes de santé qui en découlent. Je crois – tout comme la vaste majorité des Danois – que notre système est plus juste, mais aussi plus efficace que les autres. Il n’est pas parfait. Mais en continuant d’innover, on peut trouver des façons d’améliorer la façon dont on gère nos services publics, par exemple.

P.-S.

Photo : Scarlet O’Haha

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