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Joyce Banda

Deuxième femme présidente en Afrique

International

Ghislaine Sathoud

Quelle est la place de la femme sur la scène politique africaine ? Cette question occupe une place majeure dans les débats qu’entretiennent les acteurs sociaux sur toute l’étendue du continent africain. Rappelons qu’en Afrique, les femmes représentent plus de la moitié de la population. Il est donc tout à fait légitime de se préoccuper du rôle qu’il faut assigner à la gent féminine au sein des instances dirigeantes.

Depuis fort longtemps, on assiste à une augmentation des candidatures féminines aux élections présidentielles. Pour ne citer qu’une seule d’entre elles, l’avocate Marie-Élise Gbèdo, faisant montre d’une persévérance exemplaire, brigua à trois reprises (en 2001, 2006 et 2011) la magistrature suprême dans son pays, le Bénin. Au Malawi, un pays situé en Afrique australe, la féministe Joyce Banda vient tout récemment d’accéder à la plus haute fonction de l’État. Qui est donc cette nouvelle présidente ?

Joyce Banda, la femme forte du Malawi 

Née le 12 avril 1950, Joyce Banda, femme engagée est connue surtout comme une fervente militante des droits des femmes et de l’éducation. Elle a été très présente, depuis belle lurette, dans le milieu communautaire de son pays. Cette ambassadrice de la cause des femmes finança d’ailleurs, avec ses propres moyens, un réseau pour venir en aide aux femmes vivant dans les zones rurales. Co-lauréate du prix Leadership Afrique en 1997 avec le président du Mozambique Joaquim Chissano, Joyce Banda est également la fondatrice de l’Association nationale des femmes d’affaires du Malawi. Concernant ses nouvelles responsabilités, il faut dire que la politicienne n’est pas une novice et qu’elle a gravi progressivement les échelons. Elle a déjà occupé les postes importants au sein du gouvernement, notamment ceux de ministre des Femmes et de l’Enfance et ministre des Affaires étrangères, pour ne citer que ceux-là. En mai 2009, elle accède à la vice-présidence de son pays. Après le décès du président, elle le remplaça d’office, inscrivant ainsi un événement historique dans l’histoire du Malawi et dans celle de l’Afrique.

Depuis son entrée en fonction, Madame Banda pose des actes concrets pour relancer l’économie malawite, une économie dans une situation catastrophique à son arrivée au pouvoir. Par exemple, la monnaie a été dévaluée pour encourager et rassurer les investisseurs.

Des Africaines dans les instances politiques

Est-ce pour autant dire que la représentativité des Africaines dans l’arène politique est une bataille gagnée ? Avant toute chose, il importe de faire remarquer que dans ce vaste continent qu’est l’Afrique – composé de 53 pays –, seulement deux nations, le Libéria et le Malawi, sont dirigées par des femmes. En effet, la Libérienne Ellen Johnson Sirleaf, prix Nobel de la Paix 2011, était jusqu’à récemment la première et l’unique femme élue à la présidence d’un pays africain – c’était en 2006. Depuis le 7 avril 2012, date de la prestation de serment de la Malawienne Joyce Banda, on dénombre actuellement deux chefs de gouvernement qui représentent les voix féminines dans une fonction où celles-ci restent encore largement exclues. En clair, on peut en tout cas observer qu’en dépit des difficultés, la donne a considérablement changé.

On peut le comprendre : les Objectifs du Millénaire pour le développement visent, entre autres buts, l’égalité des sexes et l’intégration des femmes dans les instances décisionnelles. Et ce discours est également en vigueur dans les institutions régionales telles que l’Union africaine. L’ancienne ministre de l’Intérieur de l’Afrique du Sud, Nkosazana Dlamini-Zuma, a été élue présidente de l’Union africaine lors du Sommet de l’organisation qui s’est tenu le 15 juillet dernier à Addis-Abeba, en Éthiopie. Un signal fort en faveur du respect des droits des femmes en Afrique, d’autant plus que c’est la première fois que cette organisation, qui fut créée en 2003 à la suite de la dissolution de son ancêtre l’Organisation de l’Unité africaine, sera dirigée par une femme. C’est une bonne chose…

Somme toute, ces dernières années, les Africaines s’impliquent davantage dans la défense de leurs droits. Et naturellement, cette tendance augmente au fil du temps. Il convient également de souligner que les personnes sceptiques – elles sont les plus nombreuses ! – doutent que ces changements soient suivis d’effets dans la vie quotidienne des Africaines. Alors, cette mixité de la classe politique est-elle une ouverture réelle ou s’agit-il simplement de stratégies calculées pour faire bonne figure devant l’opinion publique ? Il ne faut pas se leurrer : il faudra attendre encore longtemps pour savoir ce que sera concrètement la place de la femme sur la scène politique africaine.

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