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Éditorial du no 53

Le 8 mars : pas vraiment de quoi fêter !

Le Collectif de la revue À bâbord !

Le 8 mars est usuellement le temps de l’année où l’on se préoccupe un peu plus de la situation des femmes. Cette année, pour les féministes, les temps ne sont pas à la fête. Quelques décennies de gouvernements à la fois néolibéraux et conservateurs à Québec et à Ottawa nous amènent à constater des reculs importants et surtout un mépris à l’égard des droits des femmes, sous prétexte que l’égalité entre les femmes et les hommes constituerait désormais une valeur de base de nos sociétés.

Dès son arrivée au pouvoir en 2006, Harper s’en est pris au programme des garderies qui avait été pensé, mais non mis en place, par son prédécesseur. Plutôt que de mettre en place des services éducatifs pour les jeunes enfants, il préfère donner un crédit d’impôt pour les soins aux jeunes enfants, crédit d’impôt qui ne bénéficie qu’aux mères qui restent à la maison. Les autres n’ont qu’à se débrouiller !

Dans le domaine du travail, ce gouvernement cherche tous les moyens possibles pour ne pas mettre en application les décisions des tribunaux concernant l’équité salariale à l’égard des employées de la fonction publique fédérale. Pis encore, la Loi sur l’emploi, la croissance et la prospérité durable (projet de loi C-38) abolit l’obligation pour les entreprises qui font affaire avec le gouvernement fédéral de se conformer aux principes de l’équité salariale. De plus, les modifications au régime d’assurance emploi touchent particulièrement les femmes qui, en raison des responsabilités familiales de plusieurs d’entre elles, ne peuvent se permettre d’exercer un emploi à 100 km de leur domicile. En outre, le report de l’âge de la retraite de 65 à 67 ans affecte particulièrement les femmes qui sont plus dépendantes que les hommes du régime de pension du Canada, parce qu’elles ne bénéficient d’aucun régime complémentaire de retraite.

En ce qui concerne Condition féminine Canada, sa mission a été transformée par les conservateurs : auparavant, cet organisme promouvait l’égalité entre les femmes et les hommes ; désormais, il se contente de favoriser la participation des femmes à la société canadienne. Bilan : des organismes « pro-vie » et hétérosexistes sont désormais éligibles aux subventions fédérales tandis que des groupes défendant les droits des femmes ont dû fermer leur porte faute de ressources financières, tout comme d’autres organismes de défense des droits.

Sans parler de l’épée de Damoclès qui pèse sur le droit à l’avortement puisque c’est le seul domaine où le gouvernement Harper ne freine pas l’ardeur de ses députés qui peuvent se permettre de présenter des projets de loi pour défendre les droits des fœtus ou pour déterminer « scientifiquement » les débuts de la vie humaine.

Dans le domaine de la violence, les femmes ne sont pas mieux loties. Le registre des armes à feu (une des rares conséquences positives du féminicide de Polytechnique) a non seulement été aboli, mais le gouvernement fédéral cherche par tous les moyens possibles à éviter de transmettre les données les concernant aux provinces qui voudraient mettre en place leur propre registre. La violence domestique est banalisée. Et les tueurs en série du type Pickton ont de belles années devant eux étant donné le laxisme de la police à enquêter sur les meurtres de « prostituées », surtout si elles sont autochtones.

Les femmes autochtones vivant sur les réserves sont confrontées à des situations sociosanitaires plus courantes dans les pays du tiers monde que dans ceux du G8 : logements insalubres, promiscuité favorisant l’inceste et autres abus sexuels, absence d’eau potable, pauvreté, restrictions concernant l’accès à l’éducation. Celles vivant dans les zones urbaines sont surreprésentées parmi la population itinérante, incarcérée ou prostituée.

Nos lois sur l’immigration continuent à être éminemment sexistes, considérant moins les femmes à titre de migrantes indépendantes, tandis que les restrictions des dernières années concernant l’accueil des réfugié.e.s ne permettent pas, par exemple, aux femmes mexicaines menacées de féminicide d’accéder à ce statut puisque le Mexique, un partenaire du Canada dans l’ALÉNA, est considéré comme un pays « sûr », sans compter toutes celles qui se font violer dans les camps de réfugié.e.s un peu partout dans le monde.

Et notre gouvernement provincial, malgré sa Charte visant à promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes, n’est pas en reste : maintien de la « taxe santé » ; volonté de coupes à l’aide sociale sous prétexte (paternaliste) de sortir les femmes de la pauvreté ; indexation infinie des frais de scolarité universitaires ; complaisance à l’égard des groupes masculinistes ; stigmatisation des femmes musulmanes.

En ce 8 mars, c’est plutôt l’indignation et la mobilisation qui sont de mise car la libération des femmes sera l’œuvre des femmes elles-mêmes !

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