Accueil du site > No 53 - février / mars 2014 > Les femmes changent la lutte

Marie-Eve Surprenant et Mylène Bigaouette

Les femmes changent la lutte

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Marie Eve Surprenant et Mylène Bigaouette (dir.), Les femmes changent la lutte, Montréal, Éditions du remue-ménage, 2013.

« Ce livre est né du désir de donner une voix aux femmes et aux féministes, de montrer l’apport incontestable et indispensable des femmes au changement social, et de donner du crédit à celles qui ont rendu cette contestation possible. Cette démarche s’inscrit dans une volonté de témoigner de l’apport des femmes au Printemps érable et d’enrichir notre mémoire collective. » (p 16)

Une trentaine de textes aux formes diverses composent ce recueil : analyses, récits au « je », poèmes ou lettres. Le livre retrace la grève telle que vécue par une multitude de femmes, étudiantes, travailleuses du communautaire, porte-parole, profs, infirmières, etc. Toutes partagent l’indignation, la détermination, le courage et la solidarité. Toutes ont contribué à cette lutte, à leur façon.

À travers leur voix, on retrace les événements, les manifestations, la brutalité policière, les assemblées générales, les casseroles, à Montréal, en Gaspésie ou en banlieue, même dans l’Ouest canadien. C’est une formidable mémoire qui se construit au fil des pages, sans redites.

Pourquoi un autre livre sur la grève ? Qu’apporte-t-il de plus ? Il raconte la même histoire, mais d’un autre point de vue, celui de celles qui bien souvent se retrouvent dans les dernières pages des ouvrages collectifs, parce qu’il faut bien avoir un chapitre « femme ».

Ensemble, hommes et femmes ont marché contre la hausse des frais de scolarité, se sont fait gazer par la police, ont participé à des assemblées interminables ou vécu avec les conséquences de la judiciarisation. Les auteures nous le relatent, mais elles racontent aussi la lutte qu’elles ont dû mener, en plus, contre le sexisme dans la société et dans leurs propres milieux. Pour exister dans les médias, qui préféraient les porte-parole masculins. Pour imposer l’alternance des tours de parole ou une répartition des tâches militantes nongenrée. Pour que les auteurs d’agression sexuelle soient dénoncés. Quel courage de dénoncer un show d’humour dont les bénéfices sont destinés à soutenir la lutte étudiante ! Combien se sont faites accuser de « diviser le mouvement »… Mais elles ont brassé la cage, démissionné en bloc, organisé des ateliers et des journées de réflexion, démarré de nouveaux collectifs.

Le livre traite de ces expériences de combats et de solidarités féministes, mais aussi de la diversité des formes que peuvent prendre les mobilisations lorsque ce ne sont plus seulement les « acteurs traditionnels » qui y participent. Le tricot graffiti, le p !nk bloc et ses paillettes, les Mères en colères et solidaires avec leur poussette sont autant d’exemples d’actions collectives qui s’ajoutent au répertoire traditionnel. Exemple marquant : le mouvement des casseroles, auquel Valérie Lefebvre-Faucher donne tout un sens politique, bien que ses acteurs et actrices soient loin de l’image iconique et virile du « militant ».

Il n’y a pas un, mais des Printemps érables, qui doivent être racontés à plusieurs voix afin de conserver la mémoire de ce mouvement complexe et grandiose et écrire ensemble le futur de nos luttes, dont les femmes sont définitivement partie prenante.

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