Réflexions sur la campagne palestinienne

No 33 - février / mars 2010

Boycott d’Israël (BDS)

Réflexions sur la campagne palestinienne

Lancé en 2005, l’appel par plus de 150 organismes de la société civile palestinienne à la campagne «  Boycott, Désinvestissement et Sanctions  » (BDS) secoue une société israélienne emmurée dans son refus de faire face à plus de 60 années de vie bâtie sur des mensonges reposant sur une vision fondatrice proclamant « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre ».

La campagne BDS défie la propagande anti-arabe et l’islamophobie occidentales qui imprègnent les positions économiques et géopolitiques nord-américaines et européennes. Celles-ci impliquent qu’Israël joue le rôle de « chien de garde » de leurs intérêts au Moyen-Orient. Un rôle qu’Israël a accepté de jouer depuis 1948.

En dépit des réalités – droits humains des Palestiniens bafoués, non-respect du droit international, fanatisme des colons messianiques –, la campagne BDS suscite malaises, colères et accusations d’antisémitisme. Une campagne de boycott contre Israël représente un choix qui s’impose difficilement en Occident, car la campagne palestinienne défie les assises de deux importants mythes de victimisation dans la mesure où elle incite à :

1. agir contre des Juifs, figure archétypique du peuple victime du XXe siècle et à rompre avec 60 ans de culpabilité occidentale liée à leur massacre ;

2. oser considérer le peuple palestinien non comme un regroupement de victimes exemplaires, mais comme un peuple qui est en mesure de prendre en main son destin.

La campagne BDS est un acte palestinien de refus de la résignation – une tentative d’innover dans l’action, elle démontre la capacité du peuple palestinien de se prendre en main, en dehors des instances politiques, et d’envoyer un message sans équivoque à l’État d’Israël. Elle démontre aussi qu’aucun peuple n’accepte à long terme la domination, l’occupation et la colonisation.

L’apartheid, Israël et la campagne BDS

Israël n’est pas l’Afrique du Sud. À la différence de l’apartheid sud-africain, le mouvement sioniste ne prévoyait aucunement l’établissement de bantoustans pour les Arabes palestiniens. Son objectif était la création d’un État exclusivement juif, d’un foyer national sans présence arabe. Ce n’est par hasard que l’État d’Israël comporte au-jourd’hui les attributs d’un État d’apartheid avec des spécificités qui le différencient toutefois du modèle sud-africain. La « séparation structurelle à l’israélienne » fait cependant ressortir clairement les ressemblances. Il s’agit en effet de :

1. deux pays conçus pour être des « États européens » dans des milieux non européens, considérés comme inférieurs ;

2. deux États fondés sur l’inégalité des droits basée sur l’identité ethnique, renforcée par l’appareil juridique et des pratiques politiques discriminatoires ;

3. deux États dans lesquels la force militaire est primordiale pour assurer la colonisation, l’occupation et la ségrégation sociale et territoriale.

La campagne BDS heurte non seulement la construction historique œuvrant à faire oublier l’occupation antérieure du territoire par les Arabes, mais aussi la thèse selon laquelle le conflit israélo-palestinien opposerait deux mouvements nationaux d’égale légitimité. Elle est menaçante, car son objectif est très clair : forcer Israël à se conformer au droit international. De plus, elle apporte de l’espoir au peuple palestinien comme ce fut le cas lors du boycott contre l’apartheid sud-africain.

La campagne BDS vise à faire reconnaître les droits fondamentaux, individuels et collectifs, des Palestiniens, mettant fin à l’occupation et à la colonisation de leur territoire. Les dimensions discriminatoires des politiques israéliennes sont « ignorées » de la majorité des Israéliens et dissimulées aux communautés juives à travers le monde. En Israël aujourd’hui une majorité de la population ne se perçoit pas comme colonisatrice, ni comme nation occupante.

La campagne BDS est nécessaire car c’est UNE façon de résister à la campagne de relations publiques hautement sophistiquée menée par le gouvernement israélien et par des organismes juifs mondiaux pour contrer les images négatives de la guerre et de l’occupation. Comme le souligne Naomi Klein : « Le gouvernement israélien utilise ouvertement la culture comme un outil militaire [...] Le ministère des Affaires étrangères a donc lancé une campagne intitulée “Israël au-delà du conflit” ; son but est de promouvoir l’image d’un pays normal, heureux, se substituant à celle d’une puissance occupante agressive. Nous avons affaire à une stratégie officielle visant à coopter tout cela pour rendre une occupation brutale plus acceptable [1]. »

Rappelons enfin que la campagne BDS ne vise pas les Israéliens mais un État qui viole systématiquement la loi internationale, ne respecte ni les conventions de Genève, ni les innombrables accords signés au cours des 60 dernières années. Issue de la société civile palestinienne et appuyée par le mouvement contre l’occupation israélien, elle nous incite à regarder le conflit israélo-palestinien autrement qu’à travers nos vieilles lunettes embuées de craintes et de dogmes anciens.

Voix juives indépendantes - Canada


[1Naomi Klein : « Boycotter Israël sans mettre fin au dialogue sur la Palestine », http://ijvcanada.org/israel/naomi-klein-boycotter-israel-sans-mettre-fin-au-dialogue-sur-la-palestine/

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