Les services publics en éducation

Six stratégies de destruction

Les connaître et les comprendre pour mieux les combattre !

Marie Pelchat

Dès le début des années 1990, la Banque Mondiale mettait de l’avant six grandes stratégies pour faciliter la déconstruction des services publics. Vingt ans plus tard, à des degrés divers, tous les services publics sont atteints. Dans le présent texte, nous regarderons comment ces stratégies se déploient dans le milieu de l’éducation au Québec.

1. Le défaut de ressources

Il est question de défaut de ressources lorsqu’il y a manque de ressources pour que les moyens soient à la hauteur des mandats confiés aux services publics. On peut distinguer le défaut de ressources financières du défaut de ressources humaines même si les deux sont étroitement liés. Par exemple, il manque 700 millions $ dans le réseau préscolaire, primaire et secondaire pour atteindre la moyenne canadienne et il manque au moins 800 millions $ dans le réseau postsecondaire.

La situation n’est guère plus reluisante au chapitre des ressources humaines. Aux niveaux primaire et secondaire, 2 345 tolérances ont été octroyées par le ministère de l’Éducation, faute de pouvoir combler ces postes par des personnes ayant complété leur formation en pédagogie. Comme il manque plus de 500 étudiants dans les facultés d’éducation québécoises, il est difficile de croire que la pénurie de personnel se résorbera à court terme. Cette pénurie de personnel enseignant – comme toutes les autres dans la fonction publique québécoise – est attribuable aux piètres conditions de travail et aux reculs de la rémunération.

La pénurie de ressources matérielles frise le ridicule. Dans les écoles, on manque de dictionnaires, de livres de références etc. Parfois, même les craies sont rationnées ! On comprendra donc que le défaut de ressources est la pierre angulaire sur laquelle reposent toutes les autres stratégies de déconstruction des services publics.

2. Décentralisation et régionalisation

La décentralisation et la régionalisation ont pour objectif de créer une distance entre le lieu où est décidé le défaut de ressources et celui où il est mis en œuvre. Les conseils d’administration ont de moins en moins de pouvoirs et de moins en moins de moyens. En éducation, de plus en plus de dispositions de la convention collective doivent être négociées localement. Plusieurs responsabilités ont été transférées au niveau local sans les ressources financières adéquates.

3. La communautarisation

Par cette stratégie, le gouvernement confie à des organismes sans but lucratif des mandats relevant de l’État québécois. En éducation, on le voit notamment dans le dossier de la francisation, dans celui de l’intégration culturelle, dans l’aide aux devoirs.

4. La déréglementation

La déréglementation vise à réduire les règles qui pourraient avoir un effet dissuasif sur les entreprises privées. La révision des règles de gouvernance dans les commissions scolaires, les cégeps et les universités relève tout à fait de cette stratégie. C’est aussi dans cette rubrique que l’on peut classer les formations en entreprises, de moins en moins qualifiantes et élaborées uniquement sur la base des besoins des entreprises.

5. La privatisation

La privatisation vise essentiellement à confier au secteur privé ce qui devrait relever du secteur public. Dans le cas de l’éducation, il est facile de constater que le gouvernement soutient honteusement le réseau privé. À preuve, le nombre d’écoles privées augmente d’une dizaine chaque année. Leur budget est passé de 376 M$ en 2005 à 452 M$ aujourd’hui. Et ce, c’est sans compter les subventions pour rénovation et les nombreux crédits d’impôts qui leur sont accordés.

À cause de la pénurie de personnel, de plus en plus de familles avec des enfants en difficulté doivent aller chercher, dans le privé, un diagnostic à 1 500 $ qui leur permettra enfin d’avoir accès à des services.

6. La tarification

Hautement discutée ces temps-ci, la tarification est l’application du principe de l’utilisateur-payeur. C’est travestir l’idée même du service public basé sur la solidarité des mieux nantis envers ceux qui le sont moins, où l’accès doit être déterminé par le besoin et non par la capacité de payer. Certains parents disent aujourd’hui que la gratuité scolaire leur coûte horriblement cher. La multiplication de frais « autres » s’inscrit tout à fait dans cette logique.

Le but de ces stratégies est de faire en sorte que l’éducation et les autres services publics deviennent un bien de consommation comme les autres et non pas un droit de citoyenneté. C’est contre cette marchandisation qu’il faut se battre, peu importe les habits qu’elle revêt.

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