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Billet

Le drapeau canadien sur les sacs à dos

Georges A. Lebel

Vous souvenez-vous de ces temps anciens où, pendant plus de 50 ans, le Canada avait patiemment construit une IMAGE efficace de vertueux naïf des relations internationales. Des soldats de la paix (avec bérets et culottes courtes) et des missionnaires des droits de l’Homme identifiaient à ce point le drapeau canadien au boy-scoutisme international que les touristes américains, partout honnis, cousaient un petit drapeau canadien sur leurs bagages et leurs défroques.

Ces temps d’illusion sont finis.

Après que Chrétien eut envoyé des troupes en Afghanistan pour se faire pardonner son refus d’accompagner Bush en Irak, Harper a réussi ce coup formidable qu’aucun État ne veut être vu ou perçu comme associé aux positions du Canada, parce que les politiques proposées sur les changements climatiques en ont fait la bête noire des écologistes et des milliers de groupes sociaux réunis en une assemblée planétaire à Copenhague.

Jamais le Canada n’a été dans une position internationale plus précaire.

Ce qu’on appelle la société civile mondiale a cette particularité de mobiliser la presse. On ne peut ignorer les images fortes des manifestations et des arrestations de Copenhague. Cela donne le ton, un air du temps aux négociations des politiques qui se passent à un tout autre niveau mais doivent protéger les faux-semblants et les apparences.

Parce qu’aucun État occidental, sauf le Canada, ne peut affirmer qu’il ne se préoccupe pas de l’opinion de la société civile internationale, le Canada se trouve privé de toute possibilité d’initiative et d’influence dans les débats internationaux et plus seulement sur l’environnement.

Le même phénomène s’est produit en ce qui concerne la Chine, boudée parce que communiste ; la Palestine, où l’adhésion inconditionnelle aux thèses de l’extrême droite sioniste lui interdit d’avoir quelque crédibilité dans ses rapports avec le monde arabe ; et sans compter la Crise, où pourtant l’hyper concentration de notre système bancaire l’ayant mis à l’abri du choc conjoncturel aurait pu servir de levier pour proposer des réformes du système financier international.

Malheureusement, cette liste noire ne s’arrête pas là. Le Canada s’isole en refusant d’adhérer à la Déclaration de l’ONU sur les droits des Autochtones ; il vote pour faire écarter le rapport Goldstone (juge de la Cour suprême de l’Afrique du Sud) sur les crimes de guerre à Gaza ; il refuse la décision de la Cour Internationale de Justice sur le mur israélien, et vient de couper les fonds aux organismes qui aident les Palestiniens, dont Alternatives au Québec.

Maintenant, plus personne n’est dupe et les touristes devront découdre leur petit drapeau canadien de leur sac à dos.

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