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International

Des barrages qui ne font pas l’unanimité

Marie-Dominik Langlois, Evelin Ledesma

Il existe environ 50 000 grands barrages en opération de plus de 15 mètres de hauteur sur les fleuves de la Terre, estime la Commission Internationale des Grands Barrages (CIGB) [1]. La plupart (71,7 %) ont une seule utilisation : l’irrigation, l’hydroélectricité, etc., pendant que les autres, à usages multiples (28,3 %), voient leur nombre croître.

Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), entre 30 et 40 % des terres irriguées à travers le monde le sont grâce aux barrages. Et l’électricité produite par les barrages représente environ 19 % de la production mondiale [2] . Toutefois, et bien que l’hydroélectricité puisse être vue comme une énergie « verte », l’inondation de terres arables ou de forêts entraîne à moyen et à long termes des conséquences irréversibles, tant sur l´écologie que sur les populations riveraines. Pensons par exemple aux Cris et aux populations du Nord du Québec qui souffrent d’intoxication au mercure.

La construction de méga-barrages hydroélectriques se fait généralement sans consultation des populations locales. Bien que faisant partie des premiers concernés par ce type de projet, elles en sont malheureusement très rarement bénéficiaires. Cette absence de consultation des communautés contrevient à la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et aux principes définis par la Commission Internationale des Grands Barrages (CIGB), auxquels de nombreux pays ont adhéré sans pour autant les respecter, comme c’est le cas de certains pays latino-américains.

Il en résulte des impacts socio-environnementaux négatifs, tels que les déplacements forcés de communautés déjà marginalisées, et des effets sur la santé publique, notamment l’apparition de maladies liées à la pollution de l’eau. La paupérisation de l’économie locale, la disparition de la vie culturelle des peuples autochtones, et bien sûr la destruction de l’environnement, sont d´autres conséquences souvent produites par ces projets.

* * *

Au Québec, il existe des organismes qui travaillent à la sensibilisation des citoyens face à ces enjeux. C’est le cas du Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL) [3], qui, depuis l’année dernière, a choisi de se concentrer sur les impacts des méga-barrages hydroélectriques sur les droits humains en Amérique latine.

Dans le cadre de la Campagne « Des barrages hydroélectriques qui ne font pas l’unanimité », la 5e édition de la Caravane Solidaire prévoit une tournée d’une dizaine de villes au Québec afin de sensibiliser le public québécois à la problématique et de l’inviter à s’engager dans des pistes d’actions concrètes. À cet effet, une délégation composée de deux représentants des groupes de résistance des communautés affectées par ces mégaprojets de développement témoigneront de l’expérience vécue par leur communauté et contribueront à la réflexion du public québécois et canadien.

La Caravane se terminera à Montréal par le colloque « Plan Nord, Plans Sud : même menaces. Mines et barrages hydroélectriques dans les Amériques » portant sur les conflits liés à ce développement et aux luttes pour l’autodétermination des peuples dans les Amériques, qui aura lieu les 26 et 27 mars 2010. Cet événement sera organisé en collaboration avec la Coalition sur les impacts socio-environnementaux des transnationales en Amérique latine, Développement et paix, la Chaire de recherche du Canada en éducation relative en environnement, l’Institut d’Études Internationales de Montréal (IEIM) de l’UQAM, le Réseau québécois d’échange sur les questions autochtones DIALOG et Fondation rivières.

ARTICLE ÉCRIT PAR
Marie-Dominik Langlois

Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL)


Evelin Ledesma

Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL)

NOTES

[1] La Commission Internationale des Grands Barrages (CIGB) est une organisation internationale non gouvernementale fondée en 1928 qui vise à promouvoir l’art et la science des barrages hydrauliques. Elle rassemble 88 pays et environ 10 000 membres individuels.

[2] « Énergies, des économies pour la Terre », http:// www.unep.fr/shared/publicati... energies.pdf

[3] Le CDHAL est un organisme canadien qui existe depuis 1976 et qui surveille la situation des droits humains en Amérique latine. http://cdhal.org/fr/campagnes/barra...

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